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14 mars 2026 16:11
Lorsque nous nous étions rendus à St-Hubert en 2021, c’était pour découvrir ce village du Sud en marge de l’arrivée de nouvelles familles dans les logements NHDC après de longues années d’attente. Niché entre Riche-en-Eau et Le Val, ce coin de verdure nous avait alors frappés par son calme et son atmosphère presque hors du temps. Les habitants parlaient d’entraide, de tranquillité… et déjà d’un problème qui revenait dans toutes les conversations : celui du transport public. Quatre ans plus tard, nous sommes de retour. Le décor n’a pas changé : les routes étroites, les champs à perte de vue, ce sentiment d’être loin de l’agitation du pays. Mais cette fois, le ton est différent.
Le 22 février dernier, des habitants ont décidé de marcher pacifiquement dans les rues du village pour dénoncer un manque d’autobus devenu, selon eux, insoutenable. Étudiants, travailleurs et personnes âgées racontent un quotidien rythmé par l’attente, l’incertitude et, parfois, l’obligation de marcher de longues distances pour rejoindre un arrêt… dans l’espoir qu’un bus s’arrête. En raison de ce problème, beaucoup ont l’impression d’être coupés du reste de l’île. Sur place, nous avons rencontré des habitants à bout, mais aussi Nitin Jeeha, conseiller du village, qui mène ce combat depuis plusieurs années. En 2022, déjà, il avait observé une grève de la faim pendant huit jours pour attirer l’attention sur la situation. Entre colère, fatigue et espoir d’être enfin entendus, immersion dans un village qui ne veut plus rester silencieux.


Lorsque nous rencontrons Vikraj Callachand, il est déjà à pied d’œuvre : séance de désherbage sur un terrain en friche pour préparer l’espace de vente de gâteaux pour les 40 Heures et élagage dans la cour de l’école primaire du village. Toujours prêt à donner un coup de main, ce gardien est aussi membre du Conseil de St-Hubert et reste très impliqué dans la vie de la localité. «C’est un endroit calme où il fait bon vivre. Nous sommes entourés de nature. À proximité, la vallée d’Oserlog attire de nombreux marcheurs qui traversent les sentiers du village. Non loin se trouvent aussi Le Val Nature Park et l’usine où sont embouteillées les eaux Valspring. C’est un plaisir de voir des visiteurs venir jusqu’ici. Il y a tellement de potentiel à développer. Me si ou pena enn moyen transpor, ou maye !» Certains habitants se sont même endettés pour acheter une voiture. «Les parents ont peur de laisser leurs enfants livrés à eux-mêmes pendant longtemps, surtout avec ce qu’on entend sur la drogue qui circule de plus en plus dans le pays.» Il dit aussi avoir été témoin de nombreuses situations difficiles : des habitants qui ratent leurs rendez-vous à l’hôpital, d’autres qui reçoivent des avertissements au travail à cause de retards répétés. Certains ont même quitté leur maison pour aller vivre chez des proches dans d’autres régions afin de faciliter leurs déplacements quotidiens. «Kan NLTA dir nou ki bann bis pe roule, mo dir zot : eski nou pou kit nou lakaz pou denonse si tou korek ? Certains opérateurs d’autobus individuels affirment que desservir St-Hubert n’est pas rentable. Mais pourquoi garder la patente pour opérer ? Mieux vaut laisser la place à ceux qui veulent travailler. La solution, il faudra une vraie mobilisation de tout un chacun, autorités, opérateurs et gouvernement, pour que notre quotidien devienne plus vivable. Peut-être qu’un tarif réduit, au lieu du gratuit, pourrait encourager davantage les opérateurs à assurer les trajets.» En attendant : «Koze wi, me bizin aksion. Nou ankor pe soufer.»

Nous rencontrons Coumari et Demetrios Doolar chez eux, à Cité St-Hilaire. L’accueil est chaleureux. «Mo enn zanfan landrwa mwa, ek nou viv bien isi ! La mo vwazin pe met so lamizik, monn bes mo radio», lance Demetrios avec un sourire. Mais derrière cette convivialité, le couple déplore les difficultés liées au transport public. «Depi ki finn met transpor gratis pou bann dimounn aze, linn vinn pli difisil. Sa pa afekte zis nou, me osi bann zanfan lekol», explique-t-il. Leur fils de 15 ans, qui fréquente un collège à Beau-Vallon, en fait souvent les frais. «Ena zour li atann ziska 7h30 pou gagn enn bis, alor ki lekol koumanse 8h. Dan tanto li bizin pran de bis pou retourn lakaz ek li rantre ver 17h15.» Passionné de football, l’adolescent ne peut même pas rejoindre les écoles de foot des environs, faute de transport. Les trajets deviennent parfois une véritable épreuve. «Parfwa mo atann lor bis stop depi 9h30 ziska 11h15 pou gagn enn bis», raconte Demetrios, 61 ans. Une situation d’autant plus difficile pour son épouse Coumari, qui souffre d’une hernie et ne peut rester debout longtemps lors des rendez-vous à l’hôpital. «Nitin fer boukou pou bann dimounn isi, mais les autorités doivent aussi prendre leurs responsabilités», affirme-t-il. En attendant, la famille doit souvent payer des taxis entre Rs 300 et Rs 500 pour se déplacer. «Nou zis anvi ki bann bis roul dan ler. Nou pa kapav kontinie viv koumsa.»

Nitin Jeeha, conseiller du village de St-Hubert depuis 2020, est l’une des voix les plus actives pour dénoncer le manque de transport public dont souffre la localité depuis des années. La situation avait pourtant connu une amélioration pendant un temps. «Entre août 2022 et septembre 2023, la CNT opérait seule avec une fréquence d’environ 40 minutes. Là, c’était un vrai soulagement pour les habitants. Mais depuis, la situation s’est de nouveau dégradée. Avec les bus individuels qui desservent Curepipe et Mahébourg, les passages sont rares, les horaires imprévisibles et certains trajets vers Curepipe s’arrêtent à New Grove, obligeant les passagers à changer de bus», explique-t-il. Résultat : des attentes interminables et une impression d’abandon pour de nombreux habitants. Dans cette région de la circonscription no 11, les usagers patientent souvent longtemps aux arrêts, sans certitude de voir un bus arriver. Nitin Jeeha accueille néanmoins favorablement l’introduction annoncée d’un système de GPS Fleet Management, qui devrait permettre un meilleur suivi des autobus et davantage de transparence dans le service. Mais selon lui, il faudra encore du temps avant que ce dispositif ne soit pleinement opérationnel. «C’est une bonne initiative, mais en attendant, la priorité reste la mise en place d’un service plus régulier afin de désenclaver St-Hubert et les localités voisines comme St-Hilaire et Riche-en-Eau. Je me souviens qu’au début de cette année, une dame enceinte a attendu à Curepipe de 10h30 à 13h pour avoir un bus en direction de Saint-Hubert. Elle a malheureusement perdu connaissance et nous avons dû nous organiser pour aller la récupérer.» Face à ces difficultés, il n’hésite pas à donner lui-même un coup de main lorsque cela est possible. «Il m’arrive de prendre ma voiture pour déposer des habitants qui doivent se rendre à l’hôpital de Rose-Belle, plutôt que de les voir payer jusqu’à Rs 700 pour un taxi, ou de fer navet pou bann zanfan lekol. Beaucoup préfèrent même prendre un congé pour aller à un rendez-vous médical, faute de transport régulier.» Pour lui, la coopérative des autobus individuels doit accorder davantage d’attention au respect des trajets et des horaires. Malgré ces difficultés, Nitin Jeeha souligne que la vie à St-Hubert reste marquée par une forte solidarité. «Ici, nous vivons en harmonie. Bien sûr, on entend parfois dire que la drogue s’infiltre un peu partout, mais St-Hubert reste un endroit paisible où toutes les communautés vivent bien ensemble. Ce dimanche, il y aura les 40 Heures à la chapelle Saint-Henri. Avec l’aide de ma famille et de mes amis, je vais préparer des rotis et quelques currys pour la vente organisée par les paroissiens.»
Du côté de la NLTA…
Nous avons tenté de joindre la National Land Transport Authority (NLTA) afin d’obtenir une réaction. Un officier contacté par téléphone nous a indiqué ne plus travailler dans cette section et ne pas être en mesure de répondre à nos questions. Par ailleurs, nos tentatives répétées pour obtenir un interlocuteur au Head Office de la NLTA, à Cassis, sont restées sans réponse.
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