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Démission du Deputy Prime Minister

Un séisme qui ébranle la scène politique

21 mars 2026

Après des mois de tensions et une semaine explosive, Paul Bérenger a claqué la porte du gouvernement. Si les 16 élus mauves ont choisi le camp gouvernemental, quitte à abandonner leur leader, ce dernier n’a pas dit son dernier mot. Alors que cette rupture plonge le MMM dans une profonde fracture, le Premier ministre affirme, lui, que l’Alliance du Changement continuera son travail malgré l’absence de Bérenger.

Un leader seul contre tous

En un an et quatre mois, les Mauriciens auront tout vu : un 60-0 historique, mais aussi une cassure qui restera dans les annales de la politique mauricienne. Ils promettaient de changer la vie des Mauriciens, mais la réalité politique a rattrapé leurs promesses, prouvant que cette alliance n’a pas résisté à l’épreuve du pouvoir. Après plusieurs mois de menaces, d’incertitude et d’instabilité, suivis d’une semaine particulièrement tendue, Paul Bérenger a finalement tranché. Il s’en va, envers et contre tous.

Le vendredi 20 mars, il a annoncé avec effet immédiat sa démission en tant que Deputy Prime Minister. Une issue attendue depuis plusieurs jours et qui, au final, n’a surpris personne. «J’ai mes raisons», affirme-t-il, sans s’étendre sur les motifs de son départ. «Je déciderai et j’annoncerai dans les jours à venir ce que je ferai au sein du MMM.» Interrogé sur son état d’esprit, il lâche, sans détour : «Mo leker kase.»

Derrière le chagrin affiché, les Mauriciens devinent aussi sa colère, sa déception, sa frustration. Il affirme avoir bien «manz kou» depuis 2024, accuse Navin Ramgoolam d’avoir «bien fer dominer ek MMM» et pointe même «une ou deux personnes» du MMM qu’il qualifie de «pourries», «infectées» par le «gang des 5» qu’il dénonce depuis plusieurs semaines. Ses différentes tentatives d’en parler au PM, dit-il, sont restées vaines. «Ki ou le mo dir ou ? Kan mo koz li koripsion, li dir ou li pena prev. Kom si kan dimounn fer koripsion li pou dir "kit enn resi" !» Derrière les rideaux, les tensions n’ont eu de cesse de s’accumuler au sein du MMM. Les spéculations se multiplient autour de la direction du parti, certains évoquant même sa succession à la tête du MMM ou la création d’un nouveau parti.

Le dernier épisode remonte au lundi 16 mars. Après un Bureau politique houleux, il annonce qu’il ne sera pas présent à la rentrée parlementaire. Le lendemain, lui, Joanna Bérenger et le député Chetan Baboolall sont absents de l’Assemblée nationale. Tous les autres députés mauves, sauf Reza Uteem et Veda Balamoody en voyage, sont présents, laissant peu de doute sur l’état des relations internes au parti.

Dans les rangs mauves, c’est le branle-bas de combat. À l’extérieur, les bruits de couloir évoquent un MMM au bord de la rupture. Plusieurs figures influentes auraient lâché le leader, qui se retrouve pour la première fois esseulé. Les tentatives pour le faire revenir sont restées vaines. Pour les militants, sa place, comme la leur, est au gouvernement. La confiance de la population et les 20 années passées dans l’opposition sont autant d’arguments pour le convaincre. Mais Paul Bérenger ne flanche pas, fidèle à lui-même.

Le Comité central du 18 mars marque un tournant. Isolé, Bérenger fait face à une fronde interne. Rajesh Bhagwan et Ajay Gunness prennent publiquement position contre lui. «Si mo swiv Bérenger, mo pou nepli kapav mars dan Beau-Bassin», lance le premier, tandis que le second tranche : «La loyauté va au pays, pas à Paul Bérenger.» Les discussions n’aboutissent à aucune issue. Bien qu’un nouveau Bureau politique ait été fixé pour lundi 23 mars, Paul Bérenger choisit finalement de ne pas attendre et prend tout le monde à contre-pied.

Bérenger et le MMM : la fin d’une ère ?

Qui un jour aurait pu envisager un MMM sans Paul Bérenger ? Depuis les années 60, l’homme et le parti sont indissociables et pourtant, ce scénario plane aujourd’hui depuis que les événements ont pris une tournure inédite. Selon les rumeurs qui circulent, il se pourrait qu’une motion soit présentée au Comité central ce mercredi pour pousser Paul Bérenger à la sortie si celui-ci ne démissionne pas de lui-même.

Face à la tournure que prennent les choses, Paul Bérenger ne cache pas sa déception et sa tristesse face à ceux qui étaient encore récemment ses plus fidèles lieutenants. Confronté à ce désaveu, il annonce qu’il ne compte pas se rendre au Bureau politique de lundi et évoque même une probable démission du MMM. Une déclaration choc qui, pour beaucoup, renforce encore l’image d’un homme ayant inexorablement marqué l’histoire politique du pays. Dans une déclaration à l’express en début d’après-midi de ce samedi, il s’est confié sur les propos de ses anciens compagnons de route. «Li depas tris. C’est triste de voir des personnes qui ont longtemps fait l’honneur du MMM dégringoler ainsi. Enfin, c’est la vie.» Interrogé quant à son avenir au sein du MMM, il s’est montré évasif. «Je vais commencer à m’organiser. On va voir ce qu’ils vont faire. Si bizin rekoumans MMM, ava rekoumanse.»

Selon lui, il y actuellement un désir de continuer avec une politique propre et digne, et «ene degou kont sa bann-la». «Li ava bien difisil me lavi kontinie.» Au milieu des critiques acerbes qui lui sont adressées, des voix s’élèvent de plus en plus pour saluer son intégrité, sa conviction et son courage de se tenir seul contre tous, récusant toute idée d’un MMM sans Bérenger qui marquerait sans conteste la fin d’une ère.

Tous les regards tournés vers le prochain «move» de Joanna Bérenger

Depuis la conférence de presse à l’issue d’un Comité central spécial du MMM mercredi dernier, Joanna Bérenger n’a fait aucune déclaration publiquement. Nos tentatives de la joindre au téléphone pour un commentaire sont restées vaines. Son absence de réaction alimente les spéculations sur sa position au sein du parti et sur son rôle dans la suite des événements. Entre la démission de son père et la rencontre des élus mauves avec le PM, suivie de la conférence de presse incendiaire des 16 élus du MMM, elle reste dans l’ombre, laissant planer le doute sur son avenir politique.

Si pour l’heure, elle reste Junior Minister de l’Environnement, des questions se posent sur son engagement futur au sein du gouvernement et sur la manière dont elle compte naviguer dans cette période de turbulence au sein du MMM. Les observateurs se demandent si elle suivra la ligne de son père ou si elle tracera son propre chemin. Interrogée mercredi dernier sur une possible succession à la tête du MMM, elle avait fermement rejeté toute dynastie – «Zame mo pa'nn pas par linpos ek zame mo pou fer li non pli» –, avant d’affirmer qu’elle n’avait ni l’ambition ni l’envie de reprendre le leadership du MMM ni d’être leader de l’opposition.

**Navin Ramgoolam peiné, mais rassurant **

«Li bien tris ki nou'nn ariv ziska-la. Mo pa ti anvi ki sa arive.» Ce sont les premiers mots du Premier ministre après la démission de Paul Bérenger et les propos qu’il a tenus. Ce départ, a-t-il assuré lors d’une allocution télévisée vendredi soir, il aura tout fait pour l’éviter. Malgré les critiques et les menaces répétées du leader du MMM depuis novembre dernier, il affirme avoir fait preuve de patience : «Les points de désaccord n’étaient pas majeurs», même s’il lui était «impossible» d’accéder à certaines requêtes du dirigeant mauve. Malgré cette secousse politique, Navin Ramgoolam a voulu rassurer : même si Paul Bérenger ne fait plus partie de l’équation, l’Alliance du Changement, elle, reste «intacte». «Travay-la pou kontinie parski nous ena enn responsabilite. Nous ena enn kontra sosial avek la popilasion, ek mo konfian ki si nou res ini ek solider, nou pou arive.»

Interrogé ce samedi matin sur la possibilité de nommer un nouveau Deputy Prime Minister dans les prochains jours, le chef du gouvernement a déclaré ne pas être «pressé» de trouver un remplaçant. Revenant sur sa relation avec Paul Bérenger, il a ajouté : «Je suis peiné parce que malgré le fait que nous ayons été adversaires et alliés, nous avons une longue amitié. L’amitié reste l’amitié. Sa démission aurait pu être évitée.»

Les 16 élus mauves : rupture ou trahison ?

Après la conférence de presse de Bérenger annonçant sa démission comme VPM, la situation a atteint un point de rupture. Les 16 élus mauves ont choisi, en fin d’après-midi d’animer un point de presse à leur tour pour justifier leur choix de se dissocier de Paul Bérenger et répondre aux critiques. Pour eux, «le MMM reste au gouvernement» et l’Alliance du Changement reste «intacte». Plus tôt, une rencontre avait eu lieu entre eux et le PM qui a été, disent-ils, rassurant et à l’écoute. Le ton est réprobateur et offensif. Ils reprochent à Paul Bérenger d’avoir fait fi du souhait de la majorité des militants, voire de les avoir trahis, en allant à l’encontre de leur choix de rester au gouvernement. «Li tris parski Paul Bérenger pe abandonn MMM, li pe abandonn bann militan… Li pa’nn pran an konsiderasion se ki ban militan finn dimann li fer» balance Rajesh Bhagwan, qui évoque même une tentative de créer un special purpose vehicle pour une succession entre père et fille.

Les critiques formulées par Paul Bérenger concernant ces «pourries» au sein du MMM passent très mal. Ajay Gunness rétorque : «Li pa ti ena gang dan so biro li ? Qu’il vienne avec des preuves au lieu de lancer de telles accusations.» Adil Ameer Meea, de son côté, a signifié son intention de soumettre une motion au Comité central de mercredi pour un vote secret, afin d’acter et de légitimer leur décision de rester au sein du gouvernement. S’ils pensaient se défendre, c’est l’effet inverse qui se produit. Ces déclarations surprennent et alimentent les critiques à leur égard. Beaucoup les accusent de «traîtres» et de «Judas» qui veulent s’accrocher au pouvoir.

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