Dès les premières minutes passées devant le snack mahébourgeois, on comprend vite que l’endroit ne désemplit pas. Ici, les habitués comme les curieux viennent des quatre coins de l’île pour savourer ce qui fait la réputation des lieux : un bon alouda et des chana puri. Des incontournables de la cuisine mauricienne. À peine sommes-nous installés que le parfum des gato delwil fraîchement préparés vient chatouiller nos sens, nous mettant l’eau à la bouche.
Derrière le comptoir, un homme fier de son parcours mais aussi reconnaissant envers l’héritage de ses proches. «Mon oncle a bâti le Palais de la Soif en 1993, puis mon père a pris la relève en 1998. Moi, je venais de temps en temps lui donner un coup de pouce», confie Rwyn Duggada, 40 ans. À seulement 18 ans, cet habitant de Mahébourg a fait un choix déterminant, celui d’arrêter l’école pour se consacrer pleinement à la vente. Un pari risqué, mais porté par la volonté d’aider sa famille et de faire perdurer un héritage. En 2011, il a repris officiellement les rênes du snack, alors que son père se consacrait à un autre établissement non loin de la localité.

Aujourd’hui, Rwyn ne compte pas ses heures. Avec ses cinq employés, la journée commence bien avant le lever du soleil. À 5 heures du matin, les lumières du Palais de la Soif sont déjà allumées. À 6 heures, les premières odeurs de gâteaux piments, d’alouda et de douceurs chaudes envahissent les lieux. Tout est prêt pour accueillir les premiers clients. «C’est un rythme dur, mais on le fait avec le cœur», nous partage Rwyn. Situé à deux pas de la gare, le snack est devenu un passage obligé pour ceux qui filent au travail. Un thé brûlant dans une main, une crêpe encore chaude dans l’autre, les habitués défilent. Certains sont pressés, d’autres prennent le temps d’échanger quelques mots. Mais tous repartent avec quelque chose en plus : le ventre bien rempli et le sourire aux lèvres.
«Très attirants»
Fidèle vendeur de 5-Plus dimanche également, Rwyn perpétue une tradition qui remonte à plusieurs décennies. «Le Palais de la Soif vend des journaux depuis 1998, soit l’époque où mon père en a pris les commandes. Ici, à Mahébourg, près de la côte, on est les seuls à proposer les journaux. Chaque jour, dimanche compris, les fidèles lecteurs se précipitent pour avoir leurs exemplaires… c’est presque une tradition», raconte-t-il, avec une certaine fierté. Le ton est simple, mais le poids des mots est là. Derrière ce geste quotidien, tendre un journal à un client, se cache une habitude profondément ancrée dans la vie du quartier. Certains arrivent tôt, parfois même avant l’ouverture, juste pour être sûrs de ne pas repartir les mains vides. C’est aussi ça, l’identité du Palais de la Soif.
Rwyn nous confie que, lui aussi, se laisse parfois happer par les pages des journaux. Une pause qu’il s’accorde quand le rythme ralentit, ne serait-ce que quelques minutes. «Je suis souvent les infos autour du sport. Les journaux de 5-Plus sont très attirants… même la couverture donne envie de jeter un coup d’œil à l’actualité», dit-il. Dans ses paroles, on sent un attachement sincère. Pas seulement celui d’un vendeur, mais aussi celui d’un lecteur. Quelqu’un qui, au fil des années, a vu défiler les éditions, les titres, les histoires. Quelqu’un qui comprend l’importance de ces pages que ses clients viennent chercher chaque semaine. Car ici, le journal ne reste pas longtemps sur l’étagère.

Rwyn entretient aussi une relation particulière avec sa clientèle. Ici, il n’est pas seulement le gérant. Il est «Ramoutee». Un surnom qu’on lui a attribué, car on le confond souvent avec son oncle. «On me confond souvent avec mon oncle… En tout cas, mon père et moi, nous lui sommes reconnaissants pour tout ce qu’il nous a transmis. Le savoir-faire, la préparation de l’alouda, et bien d’autres choses encore.» Au fil de la conversation, Rwyn revient justement sur ce nom qui intrigue : Palais de la Soif. Un choix qui n’a rien d’anodin. «C’est mon oncle qui a choisi ce nom. À l’époque, il était surtout connu pour ses boissons : l’alouda et les jus de tamarin qu’il préparait lui-même», raconte-t-il.
Rwyn, de son côté, ne compte pas s’arrêter là. Derrière son comptoir, il nourrit encore des projets. Agrandir le snack, renforcer son équipe… Mais au-delà de ses propres objectifs, il pense aussi aux autres. À cette nouvelle génération qui hésite, qui doute parfois de se lancer dans ce métier exigeant. «Mo krwar bann zenn bizin krwar dan zot mem. Azordi, pena bokou ki anvi fer sa metie-la… Pourtan, li enn bo metie. Pa dekouraze, avanse», conclut-il.