Si la reprise du Parlement était très attendue par la population, surtout pour connaître les mesures gouvernementales visant à contrer les implications de la guerre au Moyen-Orient pour notre pays, entre autres sujets, l’actualité du leader du MMM Paul Bérenger concernant sa position au sein du gouvernement a éclipsé cette rentrée parlementaire. Et d’ailleurs, celui-ci a brillé par son absence.
Toutefois, malgré les turbulences au sein de l’alliance gouvernementale, la guerre en Iran était à l’agenda de cette rentrée parlementaire. Le Premier ministre Navin Ramgoolam a ainsi précisé que le gouvernement met en œuvre des mesures d’urgence alors que le conflit au Moyen-Orient menace la stabilité économique. Le Premier ministre a averti que l’escalade du conflit au Moyen-Orient fait peser des risques importants sur la stabilité économique de Maurice, tout en rassurant la population sur le fait que le gouvernement avait déjà mis en place un dispositif de réponse complet pour protéger les citoyens, garantir l’approvisionnement en produits de première nécessité et protéger l’économie contre les chocs extérieurs.
Répondant à une question, Navin Ramgoolam a qualifié la situation de «crise mondiale» susceptible d’avoir des «répercussions économiques dévastatrices» pour les petites économies dépendantes des importations telles que l’île Maurice. Il a souligné qu’il suivait personnellement l’évolution de la situation depuis le début des hostilités et qu’il était en contact permanent avec les ministères locaux et les partenaires internationaux afin de coordonner des interventions rapides.
En ce qui concerne l’impact économique, Navin Ramgoolam a rappelé que le pays restait très vulnérable en raison de sa dépendance vis-à-vis des importations de carburant et de denrées alimentaires. Il a cité la flambée des coûts d’importation, la hausse des frais de transport et d’assurance, ainsi que le recul potentiel du tourisme et des investissements comme principaux vecteurs de la crise. En matière d’énergie, le Premier ministre a donné des garanties précises quant à la disponibilité des carburants, soulignant que Maurice dispose actuellement de stocks suffisants de produits pétroliers, notamment d’essence, de diesel et de kérosène, correspondant à environ deux à trois semaines d’approvisionnement. Il a ajouté que des livraisons supplémentaires sont prévues dans les jours et les semaines à venir afin de reconstituer les réserves.
Concernant le gaz de pétrole liquéfié (GPL), largement utilisé pour la cuisine, les stocks actuel, a précisé Navin Ramgoolam, correspondent à environ 23 jours d’approvisionnement et de nouvelles livraisons sont déjà prévues. Les autorités ont également diversifié leurs sources d’approvisionnement afin de minimiser leur vulnérabilité face aux perturbations au Moyen-Orient.
La sécurité alimentaire reste une autre préoccupation centrale, a déclaré le Premier ministre. À cet égard, il a indiqué que les prix mondiaux des matières premières avaient déjà augmenté de près de 3 %, une hausse aggravée par les fluctuations monétaires. En réponse, le gouvernement maintient un contrôle strict des prix sur un large éventail de produits de première nécessité et continue de soutenir les consommateurs grâce à un fonds de stabilisation des prix de Rs 10 milliards, qui subventionne des produits essentiels tels que le lait en poudre, l’huile alimentaire et les denrées alimentaires de base.
L’activiste Dave Kissoondoyal n’a pas manqué de commenter l’intervention du Premier ministre au Parlement. «Le discours prononcé mardi par le Premier ministre devant le Parlement sur les conséquences économiques de la guerre au Moyen-Orient a été long, détaillé et truffé de chiffres. Il a évoqué le ralentissement de la croissance, la hausse, les pressions sur le tourisme et l’augmentation des coûts du carburant et des denrées alimentaires. Il a décrit la tempête avec précision.» Mais pour lui, les attentes de la population à ce sujet sont tout autres. *«Ce que le pays attendait, ce n’était pas une description de la tempête. Il attendait un leadership pour savoir comment la traverser. Les Mauriciens ont écouté attentivement. Ils ont entendu que la croissance pourrait tomber en dessous de 3 %, que l’inflation pourrait atteindre 6 %, que le déficit budgétaire pourrait se creuser et que les pressions extérieures s’intensifiaient. Ce ne sont pas là des signaux mineurs. Ce sont des indicateurs d’un environnement économique qui se resserre et qui affectera chaque foyer, chaque entreprise et chaque secteur de l’économie.» *
Dave Kissoondoyal estime qu’au-delà de ces avertissements, un élément essentiel faisait défaut : une réponse économique claire et structurée. «Comment les familles vont-elles faire face à la hausse des prix ? Comment les petites entreprises vont-elles absorber la hausse des coûts ? Quels mécanismes permettront de protéger le pouvoir d’achat si l’inflation s’accélère ? Quelle est la stratégie budgétaire pour gérer l’augmentation des déficits tout en maintenant la stabilité ? Ce ne sont pas là des questions théoriques. Ce sont les réalités quotidiennes du peuple mauricien. Et elles restent sans réponse.»
Par ailleurs, le conflit au Moyen-Orient tient plus que jamais en haleine. Selon des informations rapportées par le Wall Street Journal et citées par des médias internationaux, l’Iran aurait tiré deux missiles balistiques en direction de la base militaire stratégique de Diego Garcia dans l’océan Indien ce samedi 21 mars. Les tirs n’ont pas atteint leur cible, l’un ayant échoué et l’autre ayant été intercepté, signalant une escalade majeure avec une portée de missiles supérieure aux estimations.