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Blanchiment d’argent

Vers une commission rogatoire pour enquêter sur Mamy Ravatomanga

12 février 2026

Maurice se retrouve au centre d’une affaire internationale de blanchiment d’argent impliquant Mamy Ravatomanga, influent homme d’affaires malgache proche de l’ancien président de Madagascar. Pour clarifier cette enquête complexe, une commission rogatoire devrait être mise en place afin de coordonner les investigations entre Maurice et Madagascar, rassembler les preuves et transmettre rapidement les dossiers au Directeur des poursuites publiques (DPP). Arrestation, gel d’avoirs et procédures judiciaires en cours font de ce dossier un scandale sans précédent.

La ministre malgache de la Justice, Farinisoa Ernaivo, en visite officielle à Maurice, a fait de cette affaire un point central de son agenda. Lors d’une conférence de presse à l’ambassade de Madagascar, à Floréal, elle a abordé l’affaire Ravatomanga, puis, elle a rencontré le Premier ministre Navin Ramgoolam pour discuter de la coopération judiciaire entre nos deux pays. Selon nos informations, les autorités mauriciennes travaillent actuellement à la mise en place d’une commission rogatoire présidée par un magistrat pour enquêter sur l’homme d’affaires malgache.

Cette démarche s’inscrit dans un contexte international complexe, impliquant plusieurs pays, dont Madagascar, la France et les États-Unis. Elle vise à coordonner les investigations autour de soupçons de blanchiment d’argent international et de transferts financiers jugés irréguliers.

Les premiers contacts entre enquêteurs mauriciens et malgaches remontent à plusieurs semaines. Des officiers de la commission anti-corruption malgache ont travaillé pendant trois jours avec ceux de la Financial Crimes Commission (FCC) à Maurice. Ces sessions ont permis de partager des informations sensibles concernant des flux financiers suspects et des avoirs considérables liés à Ravatomanga. Les enquêteurs mauriciens multiplient les efforts afin de finaliser rapidement les dossiers à charge pour les transmettre au DPP.

Dossiers au DPP

L’affaire a éclaté à la fin du mois d’octobre 2025 et s’est rapidement transformée en un dossier tentaculaire mêlant blanchiment présumé, gel d’avoirs et batailles judiciaires. L’arrestation de Mamy Ravatomanga à Maurice a marqué le début d’une enquête financière parmi les plus sensibles de ces dernières années.

Tout commence lorsque la FCC détecte des transferts financiers suspects impliquant plusieurs sociétés liées à Ravatomanga. Le 24 octobre 2025, ce dernier est interpellé dans une clinique, alors qu’il se trouvait à Maurice depuis le 12 octobre, après avoir fui Madagascar discrètement.

Placé en détention provisoire par un magistrat, Ravatomanga fait l’objet de plusieurs comparutions et hospitalisations successives pour des raisons médicales. Ces déplacements entre hôpital et centre de détention ont alimenté un débat public sur les conditions de détention et le respect du droit aux soins. Parallèlement, ses avocats contestent la procédure, dénonçant des vices constitutionnels et remettant en cause l’autorité de la FCC.

En décembre, un juge autorise le gel de ses avoirs et de ceux des sociétés qui lui sont liées, incluant les comptes bancaires, biens mobiliers et immobiliers, ainsi que des participations dans plus de 40 entreprises. Ces mesures visent à empêcher toute dissipation de fonds le temps que l’enquête se poursuive. L’affaire a également pris une dimension diplomatique, l’arrestation de Ravatomanga suscitant de vives réactions à Antananarivo.

Encadrement juridique

Dans ce contexte, la coopération judiciaire entre Madagascar et Maurice se renforce. Une délégation malgache, conduite par la ministre Farinisoa Ernaivo, échange actuellement avec l’Attorney General Gavin Glover et la FCC. La mission vise à transmettre de nouvelles preuves, dont des informations sur un mandat d’arrêt international, et à coordonner les investigations sur des faits présumés de blanchiment de plus de Rs 7,3 milliards, ainsi que sur d’autres infractions présumées, comme le trafic de bois de rose ou la vente d’avions Boeing iraniens.

La mise sur pied d’une commission rogatoire permettrait de formaliser et d’encadrer juridiquement ces échanges internationaux, de sécuriser la collecte de preuves et de garantir que les enquêtes menées à Maurice puissent être utilisées devant les juridictions malgaches ou internationales. Cette procédure, appuyée par des accords de coopération judiciaire, est considérée comme essentielle pour démêler la complexité des opérations financières de Ravatomanga et assurer la transparence des investigations.

L’affaire Ravatomanga reste au cœur de l’actualité judiciaire et économique, tant à Maurice qu’à Madagascar. La création de la commission rogatoire pourrait constituer un tournant décisif dans le dossier de blanchiment d’argent le plus médiatisé de ces dernières années. Alors que les investigations continuent, l’attention reste focalisée sur les conclusions financières de la FCC, les contestations judiciaires de la défense et la coopération internationale qui pourrait sceller l’avenir juridique de l’homme d’affaires malgache.

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