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Étoile d’Espérance

28 ans d’accompagnement et de résilience face à l’alcoolisme féminin

17 avril 2026

Une équipe dévouée et bienveillante entourent les bénéficiaires de l'association.

Depuis près de trois décennies, Étoile d’Espérance accompagne des femmes engagées dans un difficile combat contre l’alcoolisme. Entre réhabilitation, suivi thérapeutique et sensibilisation, l’association poursuit sa mission avec détermination, tout en appelant à un changement de regard sur cette maladie encore grandement stigmatisée.

28 ans à être là. 28 ans de présence, d’accompagnement et de soutien, pour offrir une épaule sur laquelle s’appuyer, un espoir pour avancer et la force de se relever. Depuis près de trois décennies, Étoile d’Espérance éclaire le chemin de celles qui mènent un véritable combat pour se défaire de l’emprise de l’alcool, prouvant qu’avec écoute, solidarité et humanité, il est toujours possible de retrouver la lumière. Alors que l’association célèbre ses 28 ans d’existence, elle continue plus que jamais de porter un message d’espoir et de résilience. D’ailleurs, le mercredi 15 avril, l’association a célébré la victoire de six femmes sur la maladie de l’alcoolisme.

Des femmes, de véritables combattantes, souligne Micaëlla Clément, la directrice, arrivées au centre totalement désemparées et perdues, mais qui ont pu, grâce au soutien et à l’accompagnement d’Étoile d’Espérance, dire non à la dépendance et à l’enfer de l’alcoolisme. Une victoire qui mérite d’être saluée et célébrée après un parcours aussi difficile. «C’est une maladie souvent difficile à comprendre. Pour les proches, elle s’accompagne d’incompréhension, de disputes, de reproches et parfois de séparations. C’est la maladie de l’âme, le cri silencieux de traumatismes non traités, souvent liés à l’enfance, qui continuent de peser à l’âge adulte. Des schémas se répètent sur des années, et avec l’alcool, rien ne s’arrange, bien au contraire. Au départ, il agit sournoisement comme un calmant, un faux “ami”, donnant l’illusion d’apaiser le stress, les tensions et les pensées négatives. Mais avec le temps, ce faux soutien devient une véritable prison, éloignant la personne de la réalité et installant une dépendance marquée par la culpabilité et la souffrance.»

Parmi ces six graduées, une se distingue. «Ces six femmes ont toutes des parcours différents. L’unique graduée, qui recevra un pin symbolique, est Fabiola, avec plus d’un an et demi d’abstinence. Les cinq autres sont également en aftercare, mais comptent moins d’une année d’abstinence. Fabiola a suivi le programme de réhabilitation en 2024 et, en raison de son histoire, de ses complexités, du travail en profondeur sur elle-même ainsi que des traumatismes associés, elle a passé huit mois en résidentiel. Après son séjour, elle est passée à l’aftercare. Les programmes de suivi sont indispensables pour assurer une transition en douceur vers la vie à l’extérieur, là où les combats commencent et se poursuivent. Ils incluent des rencontres hebdomadaires de thérapie de groupe, parfois des ateliers de formation ou encore des sorties.»

Ce passage, indique notre interlocutrice, a toute son importance. «En effet, cette transition d’un environnement contrôlé, comme le résidentiel – avec ses règles, sa discipline de vie, le réapprentissage du quotidien et du vivre-ensemble – vers la vie de tous les jours peut être intimidante. Les ex-résidentes doivent faire face à de nombreux défis susceptibles de compromettre leur rétablissement et, parfois, d’entraîner des rechutes.» Retrouver sa place dans la société après un séjour en réhabilitation demande de la force, du courage et de la détermination. «Les patients peuvent se sentir isolés, stigmatisés ou incompris. La réintégration sociale nécessite le changement de regard de la famille, un soutien continu et des stratégies pour reconstruire les liens sociaux et familiaux.»

Un soutien et un encadrement thérapeutique que l’association offre depuis maintenant 28 ans. Première association dédiée aux femmes souffrant d’alcoolisme à Maurice, elle propose un accompagnement dans le respect vers une vie libérée de l’addiction, en aidant à comprendre les origines de la dépendance et à briser le cycle de consommation. Sa mission principale est la réhabilitation, à travers un travail en profondeur sur le passé, les traumatismes et les déclencheurs. Centre à but non lucratif, elle peut accueillir gratuitement jusqu’à 15 femmes en résidentiel, au sein d’une communauté thérapeutique.

Sensibilisation et prévention

Lorsqu’elle regarde en arrière, Micaëlla Clément ne peut s’empêcher de ressentir de la fierté face au chemin parcouru : «j’ai un regard rempli d’admiration et de fierté pour tout le chemin parcouru, pour toutes ces femmes qui ont croisé la route de l’Étoile. En 28 ans, nous avons accompagné de nombreuses femmes malades de l’alcool. Une maladie bien réelle, souvent cachée, mais profondément préoccupante. Pour la plupart, elles ont réussi à reprendre le contrôle de leur vie, loin des substances, dans une abstinence durable. Pour d’autres, le combat a été plus difficile, chaque parcours étant unique.»

Pour Étoile d’Espérance, rappelle notre interlocutrice, tout a commencé en octobre 1997. «À l’époque, le constat a été brutal : l’alcoolisme au féminin existe bel et bien à Maurice, sans structure pour accompagner ces femmes. Touchée par leur détresse, Véronique Marrier d’Unienville décide d’agir. De rencontres en engagements, malgré le tabou de l’époque, le projet prend forme. Inspirée notamment par son échange avec Laure Charpentier, fondatrice de S.O.S Alcool Femmes en France, elle crée l’Étoile en octobre 1997. L’association, première du genre à Maurice, est officiellement inaugurée en avril 1998.» Et en près de trois décennies de présence, la mission d’Étoile d’Espérance n’a pas pris une ride.

Celle-ci repose sur plusieurs axes : la réhabilitation des femmes malades de l’alcool, la sensibilisation et la prévention au sein des entreprises, des médias et de la communauté. L'équipe effectue également des visites dans les hôpitaux régionaux de l’île afin d’identifier les femmes concernées, de les rencontrer et de les encourager à intégrer le programme d’Étoile d’Espérance. La sensibilisation se fait toute l’année et plus particulièrement le 9 septembre à l’occasion de la Journée internationale du syndrome d’alcoolisation fœtale (SAF).

Si le parcours a été riche, il n’a pas pour autant été sans difficultés. Sur le terrain, Étoile d’Espérance a dû faire face à plusieurs défis, notamment l’absence de protocole de prise en charge et de détox pour les personnes souffrant d’alcoolisme. Un autre enjeu majeur concerne la continuité du suivi entre les hôpitaux et les travailleurs sociaux, compliquée par le transfert de personnel, entraînant parfois la perte de contact avec les personnes concernées. D’où la nécessité, souligne notre interlocutrice, d’une meilleure coordination entre les établissements de santé et les centres de réhabilitation.

Micaëlla Clément invite par ailleurs le public et les entreprises à être davantage à l’écoute de leur personnel dans un contexte de vie de plus en plus stressant et de baisse du pouvoir d’achat. Elle encourage la mise en place d’espaces de parole, rappelant que le bien-être émotionnel contribue également à la performance en entreprise. Plus que jamais, un changement de regard sur les addictions s’impose et la bienveillance et l’écoute doivent primer sur le jugement et les reproches.

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