L’enquête de la Financial Crimes Commission (FCC) sur le contrat d’approvisionnement en carburants de la State Trading Corporation (STC) franchit une nouvelle étape. Après avoir entendu de nombreux responsables de la STC, des techniciens ainsi que des représentants de Mercantile & Maritime Group (MMG), les enquêteurs se tournent désormais vers trois anciens membres du gouvernement : l’ex-Premier ministre Pravind Jugnauth, l’ancien Attorney General Maneesh Gobin et l’ancien ministre Alan Ganoo.
Leur convocation ne signifie pas qu’ils font l’objet d’accusations. La FCC cherche avant tout à comprendre le processus décisionnel ayant conduit à l’attribution d’un contrat évalué à près de Rs 30 milliards, l’un des plus importants marchés publics conclus ces dernières années à Maurice.
L’affaire remonte à mai 2023, lorsque la STC lance un appel d’offres international pour assurer l’approvisionnement du pays en essence, diesel et autres produits pétroliers. Sept compagnies soumettent une offre. Le 7 juin 2023, OQ Trading, société nationale d’Oman, est désignée comme le soumissionnaire ayant présenté l’offre la plus avantageuse sur le plan financier. Quelques semaines plus tard, le dossier prend toutefois une tournure inattendue. Une proposition de MMG, qui n’aurait pas fait partie des offres initialement soumises, est examinée. Le 29 juin 2023, la STC décide finalement d’attribuer le contrat à MMG, écartant ainsi OQ Trading. C’est ce revirement qui se trouve aujourd’hui au cœur des investigations.
Depuis plusieurs mois, la FCC s’emploie à reconstituer chaque étape ayant conduit à cette décision. Les enquêteurs cherchent notamment à déterminer pourquoi le choix initial d’OQ Trading a été abandonné, dans quelles circonstances l’offre de MMG a été prise en considération, si les procédures prévues par la législation sur les marchés publics ont été respectées et si des interventions extérieures ont pu influencer la décision finale.
Les investigations portent également sur les mécanismes de fixation des prix, les procédures de «due diligence», les modalités de paiement ainsi que l’exécution du contrat. À ce jour, plus d’une cinquantaine de personnes ont déjà été entendues, parmi lesquelles des cadres de la STC, des techniciens, d’anciens dirigeants de l’organisme, des responsables de MMG ainsi que plusieurs hauts fonctionnaires.
Les récentes convocations de Pravind Jugnauth, Maneesh Gobin et Alan Ganoo constituent une nouvelle étape dans cette vaste enquête. Les enquêteurs souhaitent notamment établir leur niveau d’implication, ou à tout le moins les informations dont ils disposaient au moment de l’attribution du contrat. À ce stade, aucune accusation formelle n’a toutefois été portée contre les trois anciens dirigeants politiques.
Les auditions menées par la FCC s’inscrivent dans le cadre normal d’une enquête visant à établir les faits avant toute décision concernant d’éventuelles poursuites. Une chose est toutefois certaine : au vu de l’importance financière du contrat et des nombreuses interrogations qu’il soulève, cette affaire pourrait avoir des répercussions majeures, tant sur le plan judiciaire que politique, dans les mois à venir.
Propos controversés : Degnarain arrêté puis libéré sous caution
Le sympathisant du MSM Teeruth Prasad Degnarain (photo) a été arrêté le 29 juillet par la CID de Moka dans le cadre de deux affaires liées à des propos tenus sur les réseaux sociaux et lors d’un rassemblement devant les locaux de la FCC. Il a d’abord été inquiété après une plainte déposée par Bruneau Laurette, qui affirme qu’une vidéo devenue virale sur Facebook porte atteinte à son image et à sa réputation. Une enquête a été ouverte sous la charge provisoire de «Breach of ICTA». Par ailleurs, son arrestation pour diffamation fait suite aux incidents survenus devant la FCC lors de l’audition de Pravind Jugnauth dans l’enquête sur le contrat pétrolier de la STC. Il lui est reproché d’avoir tenu des propos jugés offensants et menaçants envers des journalistes présents. Traduit devant le tribunal de Moka, il a obtenu la liberté conditionnelle après avoir fourni une caution de Rs 5 000 et signé une reconnaissance de dette de Rs 20 000. Les enquêtes se poursuivent.