Un peu plus loin, un petit emplacement bricolé avec quelques tôles attire notre attention. À l’intérieur, un vieux mécanicien s’affaire autour de motos. Trois clients attendent patiemment que leurs engins soient réparés. Rien de spectaculaire, mais une scène de la vie quotidienne, comme il en existe encore dans certains coins de l’île. Nous prenons le temps de regarder autour de nous. Depuis l’allée du pont Fropier, le paysage semble raconter une autre époque. Au loin, la vieille boutique de Laval Store rappelle, elle aussi, les années passées. Puis, notre regard s'arrête sur un homme qui attend tranquillement près de son taxi.
Souriant, bien habillé, il s'approche de nous. Il veut simplement nous parler. C’est ainsi que nous faisons la connaissance de Dharamdeo Harjan, 76 ans. Il est chauffeur de taxi depuis 1976, soit depuis 50 ans. D’abord un peu timide, il finit par se laisser aller aux souvenirs. Il nous explique d’ailleurs pourquoi le bazar est si calme ce jour-là : «Le marché est fermé pendant la semaine.» Mais derrière cette précision, c’est surtout son regard sur Pamplemousses qui nous intéresse.
«Avan preske tou bann lakaz ti an tol, pa ti ena tou sa bann magazin-la. Ti ena kann preske partou. Aster Pamplemousses inn bien develope. Boukou touris kontan vinn isi parski ena boukou kitsoz, sirtou lor zistwar nou zil», nous raconte-t-il. Pour Dharamdeo, Pamplemousses n’est plus celle qu’il a connue lorsqu’il était plus jeune. Les champs ont laissé place aux maisons, les commerces se sont multipliés et les visiteurs viennent aujourd’hui découvrir une région riche de son histoire et de son patrimoine.
Mais le vieux chauffeur ne cache pas non plus ses inquiétudes. Parmi les changements qu’il observe, il y a surtout la drogue et ses ravages auprès des jeunes. Lui qui a vu les années passer reste préoccupé par cette réalité qui touche aujourd’hui certaines familles, même à Pamplemousses. Ses souvenirs, justement, ne commencent pas à Pamplemousses. Avant de s’y installer, Dharamdeo vivait près du stade de Belle Vue Harel. Il se souvient d’une époque où la vie était beaucoup plus difficile. En quelques phrases, il résume une vie entière : la pauvreté, les cyclones, les maisons en tôle, les années de travail et, finalement, le sentiment d’avoir avancé.
Aujourd’hui, à 76 ans, Dharamdeo continue de travailler. Au volant de son taxi, il prend encore les clients de la localité, comme il le fait depuis des décennies, pour continuer à gagner sa vie et subvenir aux besoins de sa famille. Après ces quelques minutes d’échange, il nous adresse un dernier sourire avant de reprendre ses activités. Le taxi repart doucement, et Dharamdeo retourne à son attente, celle de voir un prochain client lever la main au bord de la route.