Pendant quelques secondes, nous pensons qu’il s’agit d’un touriste italien de passage. Mais derrière un étal où s’empilent les cocos, un homme est assis sur une petite chaise. C’est là que nous découvrons Mohammed Hussein Chummun, un Mauricien de 60 ans. Son métier ? Vendre des cocos, quelques jus et des gâteaux. Rien qui, à première vue, ne laisse deviner le surprenant talent de cet homme devenu, au fil des années, une véritable figure du Jardin botanique et de Pamplemousses.
Les touristes continuent d’arriver. Français, Anglais, Italiens, Allemands… Les langues changent, mais Hussein suit. Avec assurance, sans chercher ses mots, il accueille chacun dans sa propre langue. Un sourire, une plaisanterie, quelques mots bien placés. La scène nous intrigue. «Comment un marchand de coco peut-il parler autant de langues ? Et surtout, comment les a-t-il apprises ?» C’est la question que nous nous sommes posés.
Hussein nous raconte son histoire sans hésiter. Il a quitté l’école à seulement 11 ans. Il n’a pas fait de longues études, encore moins de parcours académique prestigieux. Pourtant, aujourd’hui, il affirme parler 23 langues. Son université à lui, c’est le terrain. Les années passées à observer, écouter et échanger avec ceux qui franchissent les portes du jardin. Voilà près de 30 ans qu’il s’est installé ici, avec sa machette, ses cocos et l’envie simple de gagner sa vie pour faire vivre sa famille. «Mo vann koko, zanana, bann gazez. Mo vinn rod mo lavi isi pou nouri mo fami.»
Au fil des années, les clients sont devenus des visages familiers. Certains reviennent après plusieurs années et le reconnaissent. «Pena okenn klian dan lemond ki pa konn zardin Pamplemousses ek la linn bien evolie», dit-il avec fierté. Hussein, qui habite à Depinay, assure connaître la région sur le bout des doigts. «Bann dimounn isi, zot bien zanti ek touzour avek enn sourir. Mo fami finn apran mwa bon manyer. Samem bann abitan isi bien kontan mwa. Avec la sagesse, on grimpe les échelons, mais avec l’arrogance, c’est le fruit du diable. Voilà la raison pour laquelle je parle une vingtaine de langues correctement.»
Derrière son sourire et son aisance avec les visiteurs se cache aussi une vie qui n’a pas toujours été facile. Hussein nous confie avoir grandi dans l’extrême pauvreté. «Lontan dimounn ti pe mem vinn kit manze kot nou. Parfwa nou inn rest san manze, bwar zis delo. Me si Allah inn met nou dan enn mizer koumsa, se pou nou kapav fer enn lavans devan», nous raconte-t-il. Sans grandes études, mais avec du courage, de la persévérance et surtout le choix de travailler honnêtement, Hussein a réussi à sortir sa famille de cette précarité.