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20 ans de prison pour le meurtrier de Ziyaad Poomun : L’impossible deuil d’une famille effondrée

Ziyaad Poomun a été torturé à mort par son ami il y a deux ans.

Le verdict est tombé le mercredi 2 octobre, au bout de trois jours de procès. La cour d’assises de Saint-Denis, à La Réunion, a reconnu Johan Maruejouls coupable du meurtre de Ziyaad Poomun, un Mauricien âgé de 36 ans, à La Réunion en 2017.  Il a été condamné à 20 ans de réclusion. Partagé entre tristesse, déception et interrogations, l’entourage de la victime se confie…

Plus de deux ans ont passé. Mais la douleur et la révolte des proches de Mohammad Ziyaad Poomun sont toujours palpables. Même la condamnation du meurtrier de ce dernier n’arrive pas à apaiser, ne serait-ce qu’un peu, la tourmente dans laquelle ils se trouvent depuis le 30 juin 2017.

 

Ce jour-là, le Mauricien de 36 ans a été retrouvé mort, à Commune Prima, un quartier de Saint-Denis, à La Réunion. Il avait été torturé et tué la veille par son ami Johan Maruejouls, 25 ans. Le mercredi 2 octobre, le verdict est tombé devant la cour d’assises de Saint-Denis, au bout de trois jours de procès. L’homme a été reconnu coupable et condamné à 20 ans de prison et, en prenant en compte son déséquilibre de personnalité, à cinq ans de suivi socio-judiciaire, incluant une obligation de soins. Cette sentence est jugée «juste et équilibrée» et convient aux deux parties, mais elle n’enlève en rien l’immense chagrin de la famille de la victime. Au contraire.

 

Reza Poomun n’a pas connu une nuit paisible depuis des lustres. Et cela se voit. Les cernes et poches qui encadrent ses yeux rougis témoignent d’une grande fatigue, d’une lassitude même. Tous les soirs, au moment de se mettre au lit, il est assailli par d’horribles images : celles du corps sans vie de son petit frère, gisant dans une mare de sang, le visage et le corps sauvagement bâlafrés. Il se souvient de cette soirée du vendredi 30 juin 2017 comme si c’était hier. Alors qu’il est en vacances chez ses proches à l’île sœur, il va vivre les pires moments de sa vie. «Ce soir-là, un voisin est venu nous informer que Ziyaad était grièvement blessé et qu’il se trouvait dans l’appartement de l’homme qui vivait en face. Cela faisait 24 heures qu’il ne nous avait plus donné de nouvelles», se souvient Reza.

 

Morte d’inquiétude, sa mère, son beau-père et lui se rendent aussitôt sur place et font face à une scène d’horreur : Ziyaad gît dans une baignoire, le crâne fracassé, la poitrine lacérée par des coups de couteaux et portant des traces de brûlures au visage. Depuis, selon son entourage, cette vision cauchemardesque hante tellement Reza qu’il est obligé de prendre des médicaments pour trouver le sommeil.

 

Le procès du meurtrier de Ziyaad Poomun qui a débuté ce lundi 30 septembre aux assises, à Saint-Denis, a été attentivement suivi à distance par les proches de la victime, domiciliés à Terre-Rouge. Ce qui n’a pas manqué de retourner le couteau dans la plaie encore béante. Et la condamnation de Johan Maruejouls à 20 ans de réclusion criminelle n’a fait qu’accentuer leur douleur.

 

C’est quelques heures seulement après l’annonce du verdict, qui est tombé sur eux comme un couperet, que nous rencontrons quelques membres de la famille de Ziyaad Poomun, dans leur modeste demeure, sise à la rue Acacia, au morcellement Foondun. C’est ici qu’a vécu Ziyaad Poomun avant de s’envoler pour l’île de la Réunion en 2015. Parmi ceux présents, il y a son frère Reza et sa soeur Aznah Poomun-Cassy qui essaient tant bien que mal de réprimer leur colère, leur déception et leur frustration. Mais c’est difficile. «Mon frère a été torturé à mort. Son meurtrier aurait dû écoper d’une plus lourde sentence», s’insurge la sœur.

 

Farzana*, une autre proche, est également là. Après que la mère biologique de Ziyaad s’est envolée pour l’île de la Réunion, il y a une vingtaine d’années, c’est elle qui s’est occupée de lui ainsi que de ses frères et sa soeur. Pour Farzana, que ces derniers considèrent comme leur «deuxième maman», le verdict de la cour n’a fait qu’accentuer une douleur qui ne l’a jamais quittée. «Deux années se sont écoulées ; deux années durant lesquelles j’ai attendu que justice lui soit rendue. Mais la sentence prononcée n’a fait que me décourager davantage», lance-t-elle, le regard vide.

 

Le mobile du meurtre reste inconnu

 

D’ailleurs, Farzana, qui ne jouit déjà pas d’une bonne santé depuis le décès de son petit protégé, a dû se rendre à l’hôpital après l’annonce de la sentence. «Cela m’a tellement stressée que j’ai dû consulter un médecin. On m’a recommandé l’admission, mais j’ai refusé pour pouvoir être avec mes proches.» Dans sa tête, les souvenirs se bousculent : celles de son «fils» chéri qui la réclamait à chaque fois qu’il rentrait à la maison du temps où il vivait encore à Maurice. «Il ne méritait pas de mourir de cette manière. Il était quelqu’un d’extraordinaire. Pas une seule journée ne passe sans que je ne repense à ce qui lui est arrivé», nous confie-t-elle, en retenant péniblement ses larmes.

 

Ce qui rend le deuil de cette famille d’autant plus difficile, c’est qu’un épais voile de mystère entoure toujours les circonstances de la mort de Ziyaad Poomun. Jusqu’à présent, le mobile du crime est encore flou pour l’entourage de la victime. Interrogé à plusieurs reprises par les enquêteurs de la brigade criminelle réunionnaise, Johan Maruejouls a toujours maintenu qu’il n’entretenait qu’une relation amicale avec le trentenaire. Il a allégué cependant que la victime lui faisait toujours des avances mais qu’il les repoussait à chaque fois, contrairement à ce qu’a affirmé la mère de la victime à la police. Cette dernière accuse Johan Maruejouls, son voisin à l’époque, d’avoir déjà agressé son fils sexuellement.

 

Le 29 juin fatidique, une bagarre aurait éclaté entre les deux hommes à cause du «bordel» qui régnait dans l’appartement du Réunionnais quand il est rentré. Il l’aurait reproché à Ziyaad Poomun, qui venait souvent chez lui et se trouvait sur place à ce moment-là. Le Mauricien se serait énervé et une dispute aurait éclaté. C’est alors que Johan Maruejouls, qui a déjà des antécédents de violences (voir hors-texte), se serait acharné sur lui jusqu’à lui porter un coup fatal. Il aurait ensuite tenté de se débarrasser du corps pour finalement se résigner à le déposer dans sa baignoire. Le corps a été découvert par un ami du meurtrier, le lendemain. Ce dernier a alors alerté la police et l’entourage de Ziyaad Poomun. Malgré tout, les interrogations persistent. «Des éléments manquent à cette enquête. Nous voulons connaître la vérité sur les raisons qui l’ont poussé à commettre ce crime», insiste Aznah Poomun-Cassy.

 

C’est en 2015 que Ziyaad Poomun s’était rendu à l’île de la Réunion pour y rejoindre sa mère biologique. Il vivait chez elle et son beau-père, à Commune Prima, Saint-Denis, et gagnait sa vie comme jardinier. Il s’était lié d’amitié avec Johan Maruejouls qui, après sa sortie de prison, s’était s’installé dans l’appartement situé en face du domicile de sa mère. Ziyaad Poomun se rendait souvent chez lui, avec d’autres potes, pour des parties de beuverie. Mais les choses ont malheureusement viré au drame entre les deux hommes, le 29 juin 2017. Johan Maruejouls se serait-il acharné sur son ami pour des raisons futiles, comme il l’a déclaré lors de son audition, ou son geste découlerait-il de la complexité de la relation qu’ils auraient entretenus ? Le mystère reste entier… Et sa famille meurtrie dans sa chair est dans le flou total.

 


 

Johan Maruejouls, une enfance marquée par la violence

 

Le meurtrier Johan Maruejouls était connu pour son tempérament colérique. (photo : clicanoo.re)

 

Il risquait jusqu’à 30 ans de prison pour le meurtre de son ami. Mais la cour d’assises de Saint-Denis a décidé qu’il serait condamné à 20 ans de réclusion criminelle et cinq ans de suivi socio-judiciaire avec injonction de soins, tenant compte du passé perturbé de Johan Maruejouls et de sa personnalité déséquilibrée.

 

Reconnu coupable du meurtre de son ami Ziyaad Poomun, ce mercredi 2 octobre, Johan Maruejouls n’en était pourtant pas à son premier délit. Il détenait déjà un casier judiciaire chargé. Il avait déjà été condamné pour de petits larcins mais aussi pour des violences conjugales et une agression au tournevis sur un colocataire. Sorti de détention en mai 2017, soit un mois avant de commettre ce meurtre, il était suivi par l’association Allons Deor, qui vient en aide aux personnes en difficulté sociale et atteintes de troubles psychiques.

 

Johan Maruejouls présentait une problématique d’alcoolique. Il a expliqué, le jour de son audition, que lorsqu’il buvait, son passé d’enfant maltraité remontait à la surface et le rendait violent. C’est ce qui se serait passé le jour où il a commis ce crime atroce. Une étude de sa personnalité a démontré qu’il a évolué dans un environnement difficile, marqué par la maltraitance et les abus sexuels sur fond d’alcoolisme.

 

Alors qu’il n’était qu’un gamin, il a fait l’objet de plusieurs placements avant d’être adopté par une famille toulousaine avec sa petite sœur de 2 ans. Sa mère biologique avait, elle, été condamnée à 10 ans de prison pour proxénétisme et abus sexuels sur ses propres enfants. D’ailleurs, elle a été appelée à témoigner durant les trois jours de procès, précédant le verdict de la cour.

 

Pendant plusieurs années, Johan Maruejouls et sa famille adoptive se sont bien entendus jusqu’à ce qu’il commence à se rebeller à l’adolescence. Il abandonne l’école, multiple les fugues, et est diagnostiqué «border-line». Ses parents adoptifs n’ont alors d’autre choix que de le faire interner en psychiatrie à plusieurs reprises. À sa majorité, alors qu’il a déjà sombré dans la violence et l’alcool, il décide de rentrer à La Réunion pour renouer avec ses parents biologiques. N’ayant pas été accueilli comme il l’aurait souhaité, il collectionne les déboires.

 

Le passé «fort malheureux» de Johan Maruejouls a été pris en compte par la justice qui lui a administré une peine «équillibrée» pour lui offrir une nouvelle chance de réinsertion une fois la peine purgée. «Je demande pardon à la famille pour le mal que j’ai fait. J’assume et je n’oublierai jamais», a-t-il déclaré devant la cour.