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Jérôme Ah-Qune, 28 ans, meurt dans un accident : l’émouvant hommage à un jeune homme populaire et talentueux

Marie-Paule et sa fille Elmediane ont perdu un pilier.

Il était une tête connue du milieu du scoutisme et du slam, à travers le mouvement Koz-Art, mais il était aussi un fils admirable et un ami fidèle qui ne voulait que le bonheur de ceux qu’il aimait. Malheureusement, ce jeune homme de 28 ans s’en est allé brusquement, énième victime d’un accident de moto, rallongeant la déjà longue liste des jeunes et moins jeunes qui sont morts dans des drames routiers cette année. La nouvelle a fait le buzz sur les réseaux sociaux. Sa famille, ses amis scouts et slameurs livrent de vibrants témoignages pour lui rendre hommage.
 

«Ça ne va pas et je ne sais pas si ça finira par aller un jour.» Ce poignant cri du cœur résume à lui seul toute la souffrance de cette maman qui se trouve aujourd’hui privée de son unique fils, mort dans des circonstances atroces, le dimanche 28 juillet. Ce matin-là, Marie-Paule Ah-Qune a vu son monde s’écrouler brusquement. Peu après être sortie du lit, elle a été prise de court par un appel téléphonique ; celui d’un inconnu l’informant que Jérôme venait d’être victime d’un grave accident de la route. Il avait perdu le contrôle de sa moto près de la passerelle de Venus et allait être conduit à l’hôpital. Il rentrait d’une soirée. Sous le choc, elle s’est mise en route pour l’hôpital, tentant difficilement d’assimiler la terrible information qu’elle avait reçue. Hélas, peu après, elle a reçu un autre coup de massue, lui enlevant tout espoir, la terrassant sur place : la prunelle de ses yeux est décédée. Une semaine après le départ cruel et inattendu de celui qui illuminait sa vie depuis 28 ans, sa souffrance ne s’est pas estompée, son quotidien n’est que douleur et larmes.

 

Comment vivre sans celui qui était non seulement son soleil mais aussi le roc sur lequel elle pouvait s’appuyer ? Comment vivre sans celui qu’elle avait mis au monde à 18 ans, en l’absence d’un père qui l’avait abandonnée quelques mois avant l’accouchement ? «À l’époque, être mère célibataire lorsqu’on entre à peine dans l’âge adulte n’était pas une mince affaire», confie péniblement Marie-Paule, les yeux rougis et gonflés d’avoir trop pleuré. Mais ensemble, ils ont fait front, ils ont grandi, construisant une relation mère-fils forte, fusionnelle et complice. Et même si les choses n’avaient pas été aisées, rien ne laissait deviner que Jérôme avait eu une enfance difficile. Tant son optimisme et sa bonne humeur étaient contagieux. Il faut dire qu’outre sa maman, il était bien encadré par sa tante Madeleine et son oncle Patrick, tous deux plus jeunes que sa mère. Toute la fratrie s’est démenée pour lui offrir une enfance heureuse et épanouie. 

 

«Pendant que je travaillais, mon frère et ma sœur s’occupaient de mon fils et ont été une mère et un père pour lui», raconte Marie-Paule. Et tous les sacrifices que la famille a faits pour Jérôme ont porté leurs fruits car il ne leur causait aucun problème et prenait les bonnes décisions. «Pour lui, la famille a toujours été sacrée. Ce qui le rendait le plus heureux, c’était qu’on ne manque de rien. Il s’est toujours donné à 100 % pour moi et faisait de son mieux pour m’aider, plus particulièrement après la naissance de ma fille Elmediane, il y a sept ans. Elle était d’ailleurs devenue sa raison de vivre», souligne sa mère, entre fierté et chagrin. 

 

Après ses études, l’objectif de Jérôme était d’aider sa famille financièrement. Dernièrement, il travaillait comme télé-agent chez Allianz, basée à ébène. Sa famille, qui croyait en son potentiel, a toujours tout fait pour qu’il élargisse ses horizons. D’ailleurs, sa tante Madeleine, établie en Australie depuis 10 ans, lui avait proposé de postuler comme animateur sur les bateaux de croisière afin qu’il puisse aller la rejoindre. Mais pour le jeune homme, cette idée était inconcevable. «Il disait qu’il avait grandi sans père et ne voulait pas que sa sœur subisse le même sort ; sa mère ayant aussi été abandonnée quelques mois avant la naissance de la petite. Jérôme avait endossé ce rôle et tenait à rester auprès d’elle. Elle était devenue sa priorité», explique Marie-Paule.

 

«Un bon frère»

 

Si chaque membre de la famille du jeune homme essaie tant bien que mal de faire face à cette horrible situation à sa manière, c’est pour la petite Elmediane que tous s’inquiètent le plus car son frère et elle avaient une relation fusionnelle. À la demande de sa maman, la petite décrit d’ailleurs celui qui a toujours fait de son mieux pour qu’elle ait une vie heureuse comme «un bon frère. Il plaisantait tout le temps. Il a toujours pris ma défense lorsque je me faisais gronder». Mais, dans son insouciance enfantine, elle ne semble pas bien consciente du drame que vit sa famille.

 

Madeleine, la tante de Jérôme, est, elle, effondrée par ce départ tragique et subit. Partie vivre en Australie, où elle a fondé une famille, elle a pris le premier vol pour rentrer au pays en apprenant la bouleversante nouvelle. C’est avec beaucoup de difficulté qu’elle tente d’accepter le départ de celui qu’elle aimait comme son fils. «Les meilleurs partent toujours les premiers. Ce monde était bien trop cruel pour Jérôme. Dieu nous l’a sûrement enlevé parce qu’il était trop bien pour nous et que nous ne méritions pas de l’avoir à nos côtés», lance-t-elle, des sanglots dans la voix.

 

Dans sa tête, les souvenirs se bousculent. Ceux d’un jeune homme toujours jovial qu’elle a élevé comme son propre enfant, même si elle n’avait que 15 ans quand il est venu au monde. Madeleine ne retient pas ses larmes lorsqu’elle repense à son neveu chéri qui, plus jeune, était un gamin très actif. «Tout n’a pas toujours été facile pour nous mais Jérôme nous procurait tellement de joie.» L’un des moments les plus douloureux de son existence, dit-elle, est le jour où elle a dû se séparer de lui. «Lorsque j’ai quitté Maurice, j’ai eu vraiment peur pour lui ; peur qu’il tourne mal. Mais il a toujours fait de son mieux pour rester sur le droit chemin et est devenu un homme incroyable.» Celle que Jérôme appelait affectueusement Yiyi ne tarit pas d’éloges à son sujet. «Il avait toujours le mot pour rire ; il trouvait du positif dans chaque situation, même les plus difficiles. Le peu qu’il avait, il le donnait généreusement aux autres. Il avait beaucoup de projets, qui pouvaient parfois sembler irréalisables, mais pour lui, rien n’était impossible.»

 

Anéantie

 

Si sa famille a toujours eu une place inestimable dans son cœur, il en était de même pour ses plus proches amis qui lui ont d’ailleurs rendu de vibrants hommages sur les réseaux sociaux. Parmi, Stacy François, qu’il a connue grâce à son groupe de scouts, il y a 12 ans. La mort de Jérôme l’a anéantie mais elle préfère ne garder que les bons souvenirs de celui qu’elle décrit comme un être «atta-chiant». Durant leurs longues années d’amitié, dit-elle, le jeune homme a été bien plus qu’un ami. «Il était mon confident ; quelqu’un vers qui je pouvais me tourner lorsque je traversais une mauvaise passe. Il était franc, aimait faire la fête et n’avait pas peur de prendre des risques. Il était toujours de bonne humeur et avait une joie de vivre inégalable.»

 

C’est pour cette raison qu’elle avait tenu à le présenter à ses amis qui ont, eux aussi, fini par occuper une place importante dans la vie de Jérôme et vice versa. À l’instar de Jason Andony, à qui Jérôme manquera aussi beaucoup : «Je le considérais comme un frère. Il était optimiste en toutes circonstances et faisait de son mieux pour aider ceux qui l’entouraient. À chaque fois que ça n’allait pas, il me secouait pour me remettre sur les rails.» Idem pour Robin Emilien pour qui il était un ami fidèle : «Il m’aidait à oublier mes problèmes à chaque fois qu’on se voyait. Nous avons passé beaucoup de bons moments ensemble.» Quant à Adavoine Bordelais, qui a aussi connu Jérôme à travers son groupe de scouts, il se rappellera toujours de lui comme «un bon vivant et un pur scout». «Depuis qu’il n’est plus là, je suis complètement désorienté», avoue-t-il. D’autant que les funérailles de son meilleur ami ont eu lieu le jour de son anniversaire, le mardi 30 juillet.

 

Doté de nombreuses qualités, Jérôme avait également une belle plume. Il s’était ainsi découvert une passion pour le slam, il y a une dizaine d’années et avait eu l’opportunité de participer à plusieurs représentations de l’atelier Koz-Art dont il faisait partie. Il avait intégré le groupe après avoir fait la connaissance de Jamel Colin à l’occasion de l’inter-quartiers de Port-Louis. «Au début, il était timide. Mais dès qu’il a commencé à s’habituer au groupe de slameurs, il a fait son texte et tout s’est enchaîné. Il ne nous a pas lâchés ; nous non plus d’ailleurs. Il est arrivé avec sa joie de vivre, son sourire ; il était taquin mais il fallait vraiment le côtoyer pour le comprendre», témoigne Jamel.

 

Catherine Prosper, un autre membre du groupe, garde aussi de lui un joli souvenir. «Jérôme était de ceux qui avaient peu mais qui donnaient tout. Il aimait la vie, rire aux éclats, danser, et surtout manger, rigole-t-elle. Alors qu’on était en route pour des représentations de slam, où bien souvent, nous crevions la dalle sous l’emprise du stress, lui avait toujours un pain à la main, puis un autre, et un autre. Il avait cette même faim de la vie, il en était gourmand. Ce qu’il aimait aussi beaucoup, c’était ses sœurs de cœur qu’il se faisait un devoir de protéger ; que ce soit en les plaçant du côté gauche du trottoir ou encore en leur donnant son pull quand elles avaient froid. C’était lui, ce même Jérôme, qui était toujours prêt à rendre service.»

 

Mais ce Jérôme, très aimé de sa famille, très actif sur les plans social et culturel, aussi connu  comme Seth dans son entourage – un prénom qu’il affectionnait particulièrement – a rejoint sa dernière demeure ce mardi 30 juillet (la prière de huit jours sera dite ce mardi 6 août à 19h30, à leur domicile, à Port-Louis). Au grand désespoir de ses proches qui tiennent aujourd’hui à remercier tous ceux qui les ont soutenus dans ces moments difficiles et qui, d’ailleurs, les encouragent toujours de par leur présence. Pour ceux qui l’ont côtoyé, Jérôme n’est peut-être plus de ce monde mais son souvenir vivra éternellement dans leur cœur.

 


 

25 motocyclistes tués depuis le début de l’année

 

Les années passent et l’hécatombe continue. Malgré tous les moyens mis en œuvre par les autorités, nos routes restent meurtrières. Cette semaine, le bilan s’est alourdi à 81 victimes avec quatre autres décès dus aux accidents sur la voie publique. Au total, ils sont 25 motocyclistes à avoir succombé, suivis de près par les piétons, la deuxième catégorie d’usagers de la route la plus vulnérable, avec 16 victimes. Les forces de l’ordre ont néanmoins constaté que le nombre de morts sur nos routes avait baissé de 20 %, comparé à pareille époque, l’an dernier.