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Législatives 2019 - Vers un «recount» au n° 19 : les chiffres du rebondissement

17 janvier 2022

Jenny Adebiro parle d'espoir alors qu'Ivan Collendaveloo dit son souhait de transparence.

Un scénario… déroutant ! Et palpitant. Ce n’est que l’avant-veille (le lundi 10 janvier) du début des auditions en Cour suprême que la commission électorale a fait parvenir aux hommes de loi de Jenny Adebiro un dernier document. Et il a fait toute la différence dans ce combat mené par la jeune femme depuis le 28 novembre 2019 (jour où elle a enregistré sa pétition électorale). La candidate battue du MMM au n° 19 (Stanley/Rose-Hill), lors des législatives de 2019, conteste les résultats de cette élection. Et demande dans sa plainte un recomptage des voix ainsi que l’examen des bulletins de vote qui n’ont pas été validés. Entre elle, qui est arrivée à la quatrième position, et Ivan Collendavelloo (troisième position), il n’y a que 92 votes d’écart.

 

Quelles ont été les anomalies découvertes sur l’ultime document, qui ont mené au fait que le commissaire électoral, Irfan Rahman, et même l’avocat d’Ivan Collendavelloo ne contestent pas le recomptage en cour ? Réponses ici.

 

Pas la «computer room». Jenny Adebiro, dans sa plainte, estime que ses soupçons d’irrégularités viennent de là : elle pense que les chiffres ont été compilés dans la computer room, là où elle avait noté plusieurs choses suspectes le 8 novembre 2019, jour du décompte des voix. Lundi, en fournissant le dernier document à Jenny Adebiro, la commission souhaite une chose : faire taire tous les doutes. Et faire comprendre que la compilation a bien eu lieu, pas dans la computer room mais sur une Recapitulative Sheet, comme cela est d’usage. C’est ce document qui changera tout.

 

Une «Recapitulative Sheet» qui parle. C’est sur cette sheet que le Returning Officer inscrit, entre autres informations, le nombre de voix qu’a obtenu chaque candidat dans chaque counting room (il y en avait 25 au n° 19).

 

Un problème de division. Il s’agit d’un test incontournable que font tous les Returning Officers, nous confie l’un d’entre eux, qui a officié pendant plusieurs élections : «Le chiffre des votes recueillis doit être divisible par trois. On applique cette règle principalement pour les élections générales et pas forcément pour les régionales.» Comment ? Pourquoi ? Pour qu’un bulletin de vote soit considéré comme valide et pris en compte, il faut que l’électeur ait correctement voté pour trois candidats, explique-t-il. S’il n’a coché aucune case (vote blanc) ou plus ou moins de trois cases, le bulletin n’est pas comptabilisé : «Sur chaque bulletin, trois votes sont comptabilisés, d’où l’importance de pouvoir diviser le chiffre final par trois. Si à la fin, ce n’est pas possible, c’est qu’il y a un souci quelque part.» Au n° 19, dans 18 des 25 salles, le chiffre total des votes ne peut être divisé par trois. Une erreur de calcul peut arriver. Un bulletin qui ne devrait pas être pris en considération peut s’être faufilé dans la précipitation… Mais que le défaut de division touche autant de salles, qu’il n’ait pas été remarqué et rectifié, ça le laisse perplexe : «Je ne pourrai dire comment ça a pu se produire mais c’est assez déroutant.» En même temps, précise-t-il, le Returning Officer a de nombreuses responsabilités et une pression énorme sur les épaules : «Je pense que celui du no° 19 a déjà fourni ses explications à la commission électorale.» Le 12 octobre 2021, les avocats avaient demandé à interroger ce dernier ; leur demande avait été rejetée.

 

Des chiffres, encore des chiffres. Il y a quelques mois, la commission électorale avait soumis les chiffres suivants : 15 salles de classe avaient dépouillé, chacune, 1 200 bulletins. Neuf avaient la charge de 1 100, chacune. Et une salle avait eu à traiter 445 bulletins. Les salles qui interpellent avaient chacune à sa charge 1 200 bulletins de vote lors des législatives de 2019. Si tous les ballot papers étaient admissibles (pas de vote blanc, entre autres), elles auraient comptabilisé 3 600 votes (1 200 bulletins x 3 candidats pour lesquels les électeurs ont voté ; le calcul est simple). Sauf que dans la salle 7, le nombre enregistré est le suivant : 3 620. Dans la 10, 3 673 votes. Et dans la salle de classe 11, 3 678.

 

Plusieurs scénarios possibles

 

Que le recount n’apporte rien de nouveau, c’est une possibilité ! Mais si Jenny Adebiro dépasse Ivan Collendavelloo en termes de vote et devient députée, il est très probable que le calcul propre au Best Loser System devra être refait. Quelques chamboulements sur la scène politique sont à prévoir.

 

En attendant la décision des juges

 

Si aucune des parties n’a objecté à un recount, les juges Denis Mootoo et Aruna Devi Narain ont réservé leur jugement. Mais rien ne laisse à penser qu’ils ne donneront pas l’ordre pour le recomptage des voix.

 

«Un espoir»

 

Après cette longue attente, Jenny Adebiro estime qu’il s’agit «d’un soulagement» qui apporte de «l’espoir». Ivan Collendavelloo, lui, ne souhaite qu’une chose : «Je préfère qu’il n’y ait pas de doute concernant la légitimité de mon élection.»
 

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