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L’enquête judiciaire sur le meurtre d’Edouarda Gentil initiée | Mirella, sa mère : «Plus le temps passe, plus c’est dur…»

La corps de la fillette a été retrouvé en avril 2015, dans une région boisée à Nouvelle-France.

Finira-t-elle par voir la lumière au bout du tunnel ? Quatre ans après l’agression sexuelle et l’assassinat d’Edouarda Gentil, 11 ans, l’enquête judiciaire dans cette affaire a finalement été initiée cette semaine. Mais cela n’atténue aucunement la souffrance de sa famille qui espère que justice sera faite au plus vite. Mirella Gentil, sa mère, se confie sur ces douloureuses quatre dernières années.

Son cœur est en mille morceaux. Autour d’elle, tout est noir, triste, angoissant. Cela fait quatre ans que son cauchemar dure et rien ne semble pouvoir y mettre fin. Quatre ans que sa petite Edouarda, 11 ans, a été violée et tuée avant d’être abandonnée dans les bois. «Plus le temps passe, plus c’est dur. J’ai le cœur de plus en plus lourd. Je me demande tous les jours ce que j’ai bien pu faire pour qu’une chose pareille m’arrive», lâche péniblement Mirella Gentil, les yeux cernés par le manque de sommeil, le chagrin, la consommation d’alcool. Car oui, elle l’avoue, elle a sombré dans l’alcool depuis que son rayon de soleil lui a été arraché. «Je suis obligée de boire pour trouver le sommeil. Mais cela n’estompe mon mal-être que pendant un court instant car dès que j’ouvre les yeux, je suis à nouveau submergée par tous ces mauvais souvenirs.»

 

Elle n’a qu’un seul désir : voir le meurtrier de sa petite fille payer pour le crime atroce qu’il a commis. «C’est la seule chose qui m’apportera la paix et la tranquillité, et me soulagera du poids que j’ai sur le cœur, même si cela ne me ramènera jamais ma fille», lâche Mirella Gentil, les épaules voûtées, comme si elle portait le poids du monde dessus. Pour cela, elle place beaucoup d’espoir dans l’enquête judiciaire initiée par le Directeur des poursuites publiques (DPP) et qui a été appelée en cour de Grand-Port, le lundi 25 novembre. Les noms des 68 témoins dans cette affaire ont été dévoilés. Le principal suspect est un dénommé James Ramasawmy – un jeune homme de 26 ans, proche de la famille de la victime. Appréhendé en juillet 2015 parce que son ADN a été retrouvé sur le sous-vêtement de la petite fille, il clame toujours son innocence. Les conclusions de l’enquête judiciaire devront statuer si une accusation quelconque pourra être retenue contre lui mais, pour l’heure, il n’aura pas à plaider coupable ou non-coupable.

 

Thèse d’agression sexuelle

 

Ce triste drame, survenu à Cité Anoska – quartier niché sur les hauteurs de 16e Mille, à Forest-Side –, remonte à avril 2015. La disparition de la petite Edouarda Gentil, alors âgée de 11 ans, est remarquée par ses proches au lendemain d’une petite fête organisée chez un proche habitant sa localité. Des battues sont organisées pendant plusieurs jours dans la région par des volontaires et différentes unités de la police afin de la retrouver. Mais celles-ci s’avèrent vaines. Une dizaine de jours plus tard, une tragique nouvelle vient anéantir sa famille : le corps sans vie de la fillette a été retrouvé dans une région boisée de Lapeyre, à Nouvelle-France, à deux kilomètres du lieu où la fête s’est déroulée. Une autopsie n’a pu déterminer la cause de son décès. Mais la thèse de l’agression sexuelle a été privilégiée après la découverte des vêtements de la fillette à côté de son corps.

 

Depuis, la vie de Mirella Gentil et de toute sa famille a basculé dans l’horreur. Maman de trois autres enfants, cette dernière parle de ces quatre dernières années comme des plus atroces de son existence. Elle a visiblement maigri à force de stresser, de ne pas dormir, de boire pour anesthésier son esprit tourmenté. «Bon nombre de fois, j’ai pensé mettre fin à mes jours. J’ai l’impression qu’on m’a enlevé une partie de moi. Si ma petite Edouarda avait été malade, ç’aurait été beaucoup plus facile à accepter mais on lui a ôté la vie. Comment a-t-on pu lui faire une chose pareille ?»

 

Elle aurait eu 15 ans

 

Pas une seule journée ne passe sans qu’elle ne pense à ce que son enfant serait devenue. «Lorsque je vois les autres enfants de la localité passer, je me dis qu’Edouarda aurait dû être parmi eux et cela me fend un peu plus le cœur. Elle aurait grandi, elle serait devenue une belle jeune fille de 15 ans. Elle m’aurait aidée avec la cuisine, vu que cela la passionnait déjà, et m’aurait aidée à m’occuper de ses petites sœurs. Elle était très débrouillarde pour ses 11 ans. Lorsque je parle d’elle, je la vois devant moi et j’ai l’impression qu’elle est toujours là.»

 

Mirella Gentil esquisse un faible sourire avant de poursuivre : «Je suis sûre que les gens nous auraient vu marcher dans la rue et nous auraient pris pour des sœurs. Cela aurait été tellement beau à voir. Nous étions si complices.» Elle est même convaincue que sa fille se serait laissé guider par sa passion pour le slam. Mais le visage de cette maman meurtrie se crispe à nouveau et son regard s’assombrit lorsqu’elle revient à sa triste réalité. «Dieu ne m’a pas donné cette opportunité. On m’a injustement privée de la chance de la voir grandir», lâche-t-elle avec colère et amertume.

 

Ce qui a rendu les choses d’autant plus difficiles pour Mirella Gentil et ses proches, c’est «la lenteur des procédures». D’ailleurs, quatre ans plus tard, même si les choses bougent enfin, ils attendent toujours que justice soit faite. Durant les années ayant suivi la tragique disparition d’Edouarda, sa mère a multiplié les visites dans les locaux de la Major Crime Investigation Team (MCIT), aux Casernes centrales, afin de se renseigner sur le déroulement de l’enquête. «Pendant un long moment, il n’y a eu aucun développement dans l’affaire. Cela me perturbait terriblement. Jusqu’au jour où l’on m’a confirmé que le dossier avait été référé au DPP. Après cela, j’ai dû attendre deux longues années avant que le judiciaire ne prenne finalement le relais cette semaine. Je suis heureuse de voir les choses finalement bouger mais je ne suis pas soulagée pour autant. Je n’aurai l’esprit tranquille que lorsque le verdict sera prononcé et que je verrai le meurtrier de ma fille payer pour ce qu’il a fait. Il mérite la condamnation à vie.»

 

Une famille traumatisée

 

L’arrestation de James Ramasawmy dans le cadre de l’agression sexuelle et de l’assassinat d’Edouarda avait plongé la famille Gentil dans un état de choc encore plus profond. Bien qu’il n’ait pas encore été déclaré coupable dans cette affaire, la mère de la fillette estime que «les analyses ADN ne peuvent pas mentir. Il dit qu’il n’est pas coupable mais Dieu voit tout. J’espère qu’il passera aux aveux pour le crime qu’il a commis». Le suspect, qui est marié et père d’une petite fille, est un proche de l’oncle de Mirella Gentil. «Il n’est pas un membre de ma famille mais je le considérais comme tel. Il nous avait même aidés lorsque nous avions effectué les battues. J’ignore pourquoi il a commis un acte aussi odieux. Il est lui-même père ; n’a-t-il pas pensé à ce qu’il aurait ressenti en tant que parent ? N’a-t-il jamais imaginé que cela m’aurait anéantie de perdre mon enfant ? Il a pensé uniquement à son propre plaisir», se révolte-t-elle. Convaincue qu’il n’a pas agi seul, Mirella Gentil a mis ses deux autres filles en sécurité. «Pa kapav rest dan sa landrwa-la. Latet pa anplas. J’ai tellement peur pour mes filles que je les ai envoyées vivre chez leur grand-mère paternelle, à Coteau-Raffin. Cela me permet d’avoir l’esprit plus tranquille parce que j’ignore si les complices de James figurent parmi les personnes que je côtoie. Je ne veux pas les mettre en danger.»

 

Depuis le drame, Mirella Gentil n’a, pour sa part, pas quitté Cité Anoska. Elle y vit avec ses parents et son fils Howard, qui est aujourd’hui âgé de 18 ans. Ce dernier, qui était très proche d’Edouarda, est traumatisé. «La mort de ma fille l’a transformé. Il est nerveux, s’énerve facilement et reste tout le temps sur la défensive. Sa tous mwa get li koumsa. Sa sœur et lui étaient tellement proches et partageaient tout.» Il n’est pas le seul ayant complètement changé depuis le drame. Mirella Gentil avoue qu’elle est nostalgique de la femme qu’elle était autrefois, même si elle sait qu’elle ne le sera plus jamais. «Mo ti pe koze riye avek tou dimounn. Mo ti pe al tou fet. Mais depuis la mort d’Edouarda, je passe le plus clair de mon temps à la maison, à m’enfermer, et je n’ai envie de voir personne. Si je sens que je dois me défouler, je sors et je marche des kilomètres pour me calmer.»

 

Elle se perd dans les regrets. «Je me dis que ce sont quatre enfants que j’aurais dû avoir à mes côtés, non pas trois. Rien n’est plus pareil.» Et elle prie souvent Dieu pour qu’il lui donne la force de tenir bon suffisamment longtemps pour voir le meurtrier d’Edouarda obtenir sa sentence. Mais elle devra prendre son mal en patience encore un peu. Car ce n’est qu’en avril 2020 que l’affaire sera prise sur le fond devant la cour de Grand-Port. Si James Ramasawmy a retenu les services de Me Taij Dabycharun, les 68 témoins seront, pour leur part, interrogés par Me Mehdi Dabycharun, du bureau du DPP. Parmi eux, figure notamment Arnaud Boodram, 37 ans, qui avait autrefois été soupçonné dans cette affaire à cause de son casier judiciaire. Il avait par la suite été disculpé après les résultats des tests ADN.

 

Sur la liste des témoins figurent également des officiers du Scene of Crime Office, de l’IT Unit, de la brigade criminelle de Curepipe et de Grand-Bois, de la brigade antidrogue, de la MCIT, les forces régulières de Nouvelle-France, et un écolier de 9 ans, entre autres. Autant de gens dont le témoignage pourra jeter une lumière sur ce drame et permettre que justice soit faite. C’est du moins l’espoir de Mirella Gentil et des siens. Au nom de la jeune Edouarda.