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Vol avec violence : agressé et ligoté, un couple de boutiquiers raconte son calvaire

Depuis le vol, Antonio songe à faire installer des caméras de surveillance devant son commerce.

Ils sont traumatisés. L’angoisse fait partie intégrante de leur vie depuis quelques jours, après un vol avec violence dont ils ont été victimes cette semaine dans leur boutique à Roche-Bois. Antonio et Brigitte Augustin, 73 et 70 ans respectivement, racontent avec émotion leur cauchemar, qui rejoint celui de plusieurs boutiquiers agressés au fil du temps et dont certains ont même été tués par des voleurs. Récit.

L’attaque, violente, a duré moins d’une demi-heure. Mais les séquelles psychologiques qu’ont subies Antonio et Brigitte Augustin ce jour-là, ils les garderont très probablement jusqu’à la fin de leurs jours. Ce mardi 28 janvier, ce couple de septuagénaires, domicilié à la rue Saint-Martin, à Roche-Bois, a vécu un véritable traumatisme entre les mains de quatre malfaiteurs. Ce matin-là, mari et femme s’affairaient à leurs tâches quotidiennes lorsque ces individus armés de sabres ont fait irruption dans leur maison, qui se situe à côté de leur petit commerce, pour commettre un vol. Pour arriver à leurs fins, les malfrats n’ont pas hésité à s’en prendre physiquement au couple sans défense avant de prendre la fuite avec de l’argent et des objets de valeur. Fort heureusement, ils ont été vite rattrapés par la police (voir hors-texte)

 

Cela fait environ 30 ans qu’Antonio et Brigitte Augustin, âgés de 73 et 70 ans, sont domiciliés à la rue Saint-Martin, à Roche-Bois. Mariés depuis un peu plus de 25 ans, ils n’ont jamais eu d’enfants. Depuis qu’ils ont tous les deux pris leur retraite, ils ont ouvert un petit commerce – La Colombe Boutique –, qui jouxte leur maison, afin de mieux vivre leurs vieux jours. Débrouillards et dotés d’une santé de fer, ils se lèvent chaque matin aux aurores afin d’ouvrir leur commerce pour servir les clients, dont la plupart sont des habitants du coin. Durant toutes ces années, ils n’ont jamais rencontré de problèmes avec qui que ce soit. «J’avais pris mes dispositions et fait installer une grille dans ma boutique pour éviter les vols. Jusqu’à présent, je n’avais jamais eu de soucis», raconte Antonio. D’ailleurs, il n’a jamais hésité à faire le va-et-vient entre son commerce et sa maison, en laissant la boutique sans surveillance. Mais les événements de ce mardi 28 janvier sont venus bouleverser complètement ses habitudes.

 

Comme tous les jours depuis des années, Antonio et Brigitte Augustin ont ouvert les volets de leur commerce peu avant 7 heures ce matin-là. Pendant un peu plus de deux heures, il y a eu beaucoup d’activités dans la boutique : les allers et venues des clients, les séances de bavardage avec les habitués, entre autres. Mais dès 9 heures, avec bon nombre de voisins déjà en route pour le travail, les clients se sont faits rares et le couple a pu se consacrer à ses tâches quotidiennes, tout en gérant la boutique. Aux alentours de 9h25, Antonio, qui était seul dans son commerce, a entendu des gémissements provenant de sa maison. «Je pensais que mon épouse était malade et je suis allé la voir sans même fermer la boutique.»

 

«A terre…»

 

C’est avec effroi qu’il a constaté qu’il était loin du compte. «Brigitte était à terre. J’ai hurlé. Au même moment, j’ai aperçu les pieds d’un homme qui tentait de se cacher, j’ai compris que quelqu’un s’était introduit dans la maison», raconte-t-il, encore secoué. Il n’était toutefois pas au bout de ses peines car le malfaiteur avait avec lui des complices qui s’en sont pris à lui. Ligotés et bâillonnés, Antonio et Brigitte n’ont eu d’autre choix que de céder aux exigences de leurs agresseurs, venus les dépouiller. Ils sont convaincus que ces derniers avaient bien planifié leur coup vu qu’ils avaient en leur possession des cordes, étaient armés et s’étaient dissimulé le visage avec un tissu.

 

L’œil gauche au beurre noir, des entailles au cou et à la jambe, Brigitte fait peine à voir. Si son époux s’en est sorti sans séquelles physiques, les malfaiteurs ont été moins cléments avec elle. «J’entrais dans la salle de bains lorsqu’un homme m’a surprise par derrière. Il m’a agrippée, m’a bousculée et m’a ligotée les mains dans le dos avec une corde en me réclamant de l’argent», dit-elle. Elle a tout tenté afin d’échapper aux mains de son bourreau, en vain. «Je faisais de la résistance et hurlais ; c’est là que l’un des voleurs a utilisé le manche de son sabre et m’a donné des coups à l’œil en me réclamant de me taire. Il a arrêté de me frapper lorsque j’ai cessé de bouger. Il a ensuite placé son arme sous mon cou pour me menacer, me blessant au passage, et a inséré un morceau de tissu dans ma bouche.» Lorsque les voleurs se sont enfuis avec leur butin – de l’argent, des chaînes et bracelets en or, ainsi qu’une alliance appartenant à Brigitte –, Antonio a pu se relever et alerter un proche, qui s’est ensuite chargé de contacter la police d’Abercrombie.

 

Depuis cette journée traumatisante, Antonio et Brigitte n’arrivent pas à trouver le sommeil la nuit. S’ils ont repris leurs activités dans leur commerce, ils ont surtout redoublé de vigilance. «Après ce qui s’est produit, nous prenons le soin de fermer à double tour. Je garde les clés sur moi à chaque fois que je fais le va-et-vient entre la boutique et ma maison. Mo met lakle boner, mo met kadna dan la port. Je fais les cent pas et je jette constamment un œil dans les alentours. Ce que nous avons vécu est un cauchemar. Je n’aurais jamais pensé qu’une chose pareille nous arriverait», se désole Antonio. Son épouse et lui songent même à faire installer des caméras de surveillance.

 

En femme forte, Brigitte assure qu’elle se remet petit à petit de son agression après avoir obtenu les soins nécessaires à l’hôpital. Mais c’est pour Antonio que cette attaque semble être plus difficile à encaisser. «C’est surtout ce qui est arrivé à mon épouse qui m’attriste car je m’en suis sorti indemne tandis qu’elle a été blessée. Qu’ils se soient introduits chez nous pour commettre un vol, je peux encore le comprendre. Mais pourquoi avoir fait preuve d’autant de violence !» lâche-t-il, incapable de retenir ses larmes. 

 

Même si les séquelles psychologiques de cette agression ne les quitteront très probablement jamais, Antonio et Brigitte se disent tout de même soulagés que leurs bourreaux soient derrière les barreaux. Ils comptent sur les autorités compétentes pour donner à ceux-ci la sentence qu’ils méritent.

 


 

Les quatre suspects appréhendés quatre heures plus tard

 

Après que l’alerte a été donnée par les proches du couple de septuagénaires, les limiers du poste de police d’Abercrombie et de Sainte-Croix, les enquêteurs de la brigade criminelle et l’Emergency Response Service (ERS) n’ont pas tardé à arriver sur le lieu de l’agression. Les services des techniciens de la police scientifique ont également été sollicités afin d’effectuer des prélèvements. Vu que les voleurs étaient masqués, le couple Augustin n’a pas été en mesure de donner aux enquêteurs une bonne description des quatre individus. «Ce qui m’a frappé, c’est uniquement la coupe de cheveux de l’un d’entre eux et je l’ai indiqué à la police», raconte Antonio. Grâce aux images des caméras de surveillance d’un voisin, la police a été en mesure de les identifier. Une opération policière a été montée à l’avenue Rouillard, Baie-du-Tombeau, conduisant à l’arrestation de quatre individus : Aldo Jonathan Calypso, un habitant de Tranquebar de 34 ans, et trois SDF – Jean Luc Yannick Lasauce, 29 ans, Emmanuel Yannick David Perrine, 29 ans, et Jean Ludovic Michael Fricot, 24 ans. Questionnés, ils sont passés aux aveux. Une partie du butin a été récupérée sur eux. Une accusation provisoire de vol avec violence a été logée contre eux devant le tribunal de Port-Louis. Ils ont été placés en détention. 

 


 

Ces commerçants/es qui ont péri sous les coups

 

Plusieurs boutiquiers ont été agressés ces dernières années, dont certains mortellement. Nous revenons sur quelques cas marquants.

 

Ginette Bellerose : Son agression mortelle remonte au 8 novembre 2017 à son domicile, à Petite-Rivière. Ce jour-là, le corps sans vie de Ginette Bellerose, une boutiquière âgée de 70 ans, avait été découvert par son fils au rez-de-chaussée de sa maison, qui se situe à proximité de son commerce. L’enquête a conduit à l’arrestation de Véronique Arcanthe, la fille de la cousine de la victime. Interrogée, elle est passée aux aveux et a déclaré avoir agressé la septuagénaire au couteau quand celle-ci l’a surprise en train de commettre un vol chez elle.

 

Kisnamah Ramanjooloo : Le drame s’est produit le 14 avril 2017. Kisnamah Ramanjooloo, 79 ans, a perdu la vie dans des circonstances tragiques dans son commerce à Terrasson, Pointe-aux-Sables. Elle a été agressée et étouffée par des individus venus commettre un vol dans sa boutique. L’enquête a conduit à l’arrestation de quatre individus – Sharone Christine Jackson, 30 ans, Nasserally Jeewon, 41 ans, Mohamad Nazim Emmambaccus, 35 ans, et Aktar Hassenally, 35 ans. Ils sont tous passés aux aveux pour leur crime.

 

Shiam Krisna Ramgoolam : Il n’a pas survécu à l’agression sauvage dont il avait été victime le 13 juillet 2018. Shiam Krisna Ramgoolam, un habitant de Vallée-des-Prêtres âgé de 70 ans, a succombé à ses blessures peu de temps après que des récidivistes l’avaient agressé au sabre devant son commerce. Ces derniers avaient pris la fuite sans rien emporter car ils avaient vite attiré l’attention des voisins. Ils ont été rattrapés par les enquêteurs de la CID de Port-Louis Nord quelques jours plus tard et son passés aux aveux.

 

Angamootoo Ramasamy  : C’est une affaire qui remonte au 27 août 2011. Angamootoo Ramasamy, un commerçant de 74 ans, avait été retrouvé mort dans sa boutique, le Buy Some More, à Belle-Rose. Il avait les pieds et les mains ligotés. Une autopsie a conclu à une strangulation. Une enquête menée par la CID de Rose-Hill a conclu à un cambriolage ayant mal tourné. Cinq individus ont été appréhendés dans le cadre de cette affaire.