«À l’âge de 20 ans, j’étais soit mort pendant quelques minutes, soit j’avais perdu connaissance. Quand je me suis réveillé, j’étais allongé sur la route après un accident de van, alors que je me rendais à un défilé de mode pour l’agence Lamborghini, l’agence numéro 1 à l’époque. Mon visage était fracturé de toutes parts après avoir heurté une barre de fer à l’intérieur du van. J’avais le visage, les jambes et les bras grièvement blessés. J’ai cru que c’était la fin de ma vie. Mais je me suis relevé, je me suis battu, et j’ai finalement connu la plus longue carrière de mannequin avec un visage asymétrique. Et je n’ai jamais supplié ni cherché à flatter qui que ce soit pour arriver là où je suis aujourd’hui...» C’est avec cette publication sur sa page Facebook, postée il y a quelques jours, que Shameer Abdul Raman s’est dévoilé un peu plus à ceux qui le suivent.
Car pour lui, se raconter, c’est partager, échanger, inspirer... N’en déplaise à ceux qui ont la critique facile et qui, pour lui, ne valent pas la peine qu’on leur accorde du crédit. Ses posts et autres stories, c’est aussi une façon de mettre en lumière tous les défis qu’il se lance au quotidien pour réaliser chacun de ses rêves et pour devenir la meilleure version de lui-même. Car c’est à cela qu’il carbure dans la vie : toujours se surpasser et vivre de nouvelles aventures et de belles expériences qui le forgent.
Détermination
Personnel navigant de profession, il est aussi et surtout connu comme mannequin. Shameer a commencé les défilés à l’âge de 16 ans et adore transmettre son savoir-faire à ceux et celles qui, comme lui, veulent défier l’objectif des cameramen et briller sous le feu des projecteurs.
Sa force : sa détermination à toute épreuve. Car derrière son allure élégante et son sourire assuré se cache un homme dont le parcours est fait de résilience, de discipline et de passion. Très jeune, il est confronté à une épreuve qui bouleverse sa vie : le décès brutal de son père des suites d’une crise cardiaque. Du jour au lendemain, il devient le seul homme de la maison. Une responsabilité précoce qui forge son caractère et nourrit sa détermination à avancer coûte que coûte.
Fasciné par l’univers de la mode, il trouve ainsi rapidement dans le mannequinat un véritable terrain d’expression. Au fil des années, il s’impose grâce à son professionnalisme et à sa persévérance, jusqu’à devenir une figure reconnue des podiums mauriciens. Pour lui, le mannequinat n’est pas qu’un métier ou un passe-temps : c’est une passion qui continue de l’animer. Parallèlement, il mène donc sa carrière de personnel navigant. Une profession qui lui permet de voyager, de découvrir de nouveaux horizons et d’enrichir son regard sur le monde. Entre deux vols, il continue de vivre au rythme des défilés, tout en partageant son expérience avec les nouvelles générations.
Également formateur et coach pour plusieurs concours de beauté, il est régulièrement invité à siéger sur des jurys grâce à son expertise. La salle de sport, qu’il considère comme un véritable rituel, fait aussi partie de son quotidien. Pour Shameer, qui porte aussi les casquettes de Grooming Specialist, mentor, entrepreneur, styliste ou encore chorégraphe, chaque nouveau projet est la preuve qu’avec de la persévérance, les rêves peuvent traverser les années sans perdre de leur éclat. Et parmi les derniers défis qu’il a relevés figure sa participation en tant qu’acteur dans un film où il a un rôle principal.
De l'action
Acteur primé au niveau local, l’homme aux multiples facettes est à l’affiche de Vansh, un film mauricien mais avec une touche bollywoodienne, réalisé par Preetila Jumungall, dont l’avant-première avait séduit les privilégiés invités à la projection. Il raconte la pression sociale et la valeur accordée à un héritier mâle à travers l’histoire d’une jeune fille et de son père. «Vansh est un film qui réunit tous les ingrédients d’un bon film. It’s about mental health issues. Il y a de la romance, de l’action, des scènes dramatiques, des scènes qui font réfléchir et des séquences qui surprennent. Bref, il y a de tout. Ce long-métrage, de style Bollywood, réalisé par la Mauricienne Preetila Jumungall, est enrichi par des chansons originales venues tout droit d’Inde et de Pakistan», explique celui qui, dans le film, se met dans la peau d’Akshay. «Je joue le rôle principal dans Vansh. Je campe un personnage très complexe, qui a un lourd passé et je peux vous dire qu’il est à l’opposé total de moi. Je ne suis pas du tout comme lui et j’ai dû beaucoup travailler sur moi pour incarner ce rôle à l’écran. C’est un personnage aux multiples facettes, qui a beaucoup de layers. Ça m’a beaucoup demandé à la fois physiquement et mentalement», explique Shameer.
Après le film Koupap en créole, et pour lequel il avait obtenu le prix du meilleur acteur dans un rôle principal lors de la première édition de l’Indian Ocean International Film Festival, le voilà qui expérimente autre chose : «J’ai été retenu parmi quelque 200 personnes qui avaient aussi passé le casting pour ce film. C’est un défi pour moi car je parle uniquement un peu d'hindi mais j’ai relevé le challenge. C’était beaucoup de travail. On a tourné pendant trois mois durant mes jours “off”. J’ai donné le meilleur de moi-même. J’ai voulu jouer dans ce film car j’aime beaucoup le script. Il a été tourné à Maurice avec des moyens limités et monté en Inde mais je suis très content d’avoir fait partie de cette aventure», conclut Shameer Abdul Raman qui, à 52 ans, fait tout ce qu’il peut pour réaliser tous ses rêves.