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Stigmatisation

Comprendre pour mieux déconstruire

28 octobre 2026

Let’s talk about it ! La stigmatisation est un phénomène social qui peut toucher une personne en raison de son apparence, de son comportement ou de son appartenance à un groupe. À Maurice, les récents heurts invitent à s’interroger sur les perceptions associées à certains quartiers et communautés. Mais que signifie réellement être stigmatisé et quelles en sont les conséquences ? Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), réduire la stigmatisation et la discrimination favorise le sentiment d’acceptation, encourage le recours aux soins et contribue à limiter l’isolement social. Décryptage de ce mécanisme et des pistes pour mieux le comprendre.

Qu’est-ce que la stigmatisation ? On en entend beaucoup parler, en ce moment, mais qu’est-ce que ce mot qui ne donne pas envie veut dire ? Dans la revue médicale suisse, deux professionnels de santé mentale Nicole Bichsel et Philippe Conus, ont publié un article, «La stigmatisation : un problème fréquent aux conséquences multiples», et on peut y lire une définition intéressante sur plusieurs axes Etymologie. «La stigmatisation consiste en l’action de "marquer de manière définitive le corps de quelqu’un afin de lui donner une cicatrice distinctive".» Utilisation contemporaine. «Ce terme décrit la mise à l’écart d’une personne pour ses différences qui sont considérées comme contraires aux normes de la société.» Trois domaines. «Erving Goffman* identifie trois domaines de stigmatisation : le premier vise les personnes ayant une manifestation physique ou des déformations externes visibles (cicatrices, infirmités physiques, obésité) ; le deuxième, les personnes présentant des différences au niveau de leurs comportements (troubles mentaux, toxicomanie, alcoolisme, antécédents criminels) ; le troisième, les personnes de nationalité, d’ethnie, de religion ou d’appartenance politique considérées comme étant hors des normes sociales locales.» Un label. «Le stigma est un attribut profondément disqualifiant, qui fait passer le sujet d’une personne complète et normale à une personne détériorée et diminuée, et qui finalement le réduit à ce label (un toxicomane, un schizophrène, un obèse, etc.).» *Le sociologue Erving Goffman est l’auteur de l’ouvrage de référence, Stigmate (1963). «Je me sens jugée.» Marielle a 28 ans. Elle est mariée, n’a pas d’enfant et travaille pour un grand groupe. Elle nous écrit pour raconter ce qui lui est arrivée au travail, il y a quelques jours : «C’est un open space et on fait une réunion rapide, tout le monde tire sa chaise et se rapproche. Je fais une blague du genre "mari tapaz sa" et là quelqu’un de l’équipe me lance : "Ça ne doit pas te déranger, tu habites Camp-Levieux, non ?"» Je n’ai pas su quoi répondre, elle avait l’air anodine cette remarque, mais le ton disait beaucoup de choses. Ou c’est moi qui ai interprété ? Je ne sais pas. Depuis, je me sens jugée, mal à l’aise, inférieure… Comment puis-je vaincre se sentiment ?»

Quels effets sur la santé mentale ? Être constamment réduit à une étiquette peut devenir une source de souffrance psychologique. La personne stigmatisée peut éprouver de la honte, de la colère, de l’anxiété ou un sentiment d’injustice. Elle peut aussi finir par douter de sa propre valeur, se replier sur elle-même ou avoir l’impression de devoir constamment prouver qu’elle ne correspond pas aux préjugés, expliquent les professionnels.lles. Une méta-analyse publiée en 2014 dans Psychological Bulletin, consacrée aux conséquences de la discrimination perçue sur le bien-être psychologique, a relevé une association négative significative entre les expériences de discrimination et le bien-être. En 2005, les psychologues Brenda Major et Laurie T. O’Brien ont également analysé, dans The Social Psychology of Stigma, la manière dont la menace pesant sur l’identité sociale peut déclencher des réactions de stress et affecter l’estime de soi ainsi que la santé. Cela ne signifie pas, pour autant, que toute personne stigmatisée développera des troubles psychologiques. Les réactions varient selon les expériences, le soutien disponible et les ressources personnelles. L’autostigmatation. «Un processus à trois niveaux : la prise de conscience des stéréotypes, l’acceptation de ces derniers et la diminution subséquente de l’estime de soi», écrit Enrico Reatini, psychologue spécialisé en thérapie cognitivo-comportementale, pour le magazine Uno Bravo.

Comment avancer lorsqu’on se sent stigmatisé.e ? Les professionnels.les de santé mentale estime qu’il est d’abord important de reconnaître ce que l’on ressent sans minimiser l’expérience vécue. La colère, la tristesse et le besoin de se protéger sont compréhensibles face au rejet. Échanger avec des proches de confiance, préserver les liens qui font du bien et chercher un accompagnement psychologique lorsque la souffrance devient envahissante peuvent aider. Il est également essentiel de se rappeler que l’étiquette imposée par les autres ne définit pas sa valeur. Personne ne devrait avoir à représenter, à lui seul, toute une communauté ni à justifier en permanence son appartenance. Lorsque la stigmatisation se traduit par des menaces, du harcèlement ou une discrimination concrète, il ne faut pas la réduire à un problème de confiance en soi : la protection des personnes, le signalement des faits et les réponses institutionnelles comptent aussi.

Pourquoi stigmatisons-nous les autres ? C’est une interrogation qui habite Shirley, 35 ans, depuis les mouvements de colère qui ont embrasé certaines parties de l’île. Dans le confort de son quartier de Quatre-Bornes, elle n’a pas vraiment ressenti les effets de ces protestations. Néanmoins, elle s’est trouvée à entendre et dire certaines choses qu’elle a trouvées choquantes, par la suite, nous écrit-elle : «Je parlais à des amies et on disait ces endroits-là, ces gens-là, ankor zot mem… Sur le coup, ça me paraissait normal. Puis, en y réfléchissant, je me suis dit que ce n’était pas quelque chose avec lequel je me sentais à l’aise, mais c’est comme un réflexe, pourquoi ?» Environnement complexe. La stigmatisation repose notamment sur notre tendance à catégoriser le monde social. Pour nous repérer dans un environnement complexe, nous classons les personnes en groupes expliquent les sociologues. Cette catégorisation ne provoque pas forcément des discriminations ou de la stigmatisation ; le problème survient lorsque nous attribuons à tous les membres d’un groupe les mêmes caractéristiques, puis que nous jugeons ces caractéristiques négativement. Les travaux de Brenda Major et Laurie T. O’Brien montrent comment les stéréotypes collectifs peuvent influencer nos perceptions et nos comportements, parfois sans que nous en ayons pleinement conscience. La distinction entre "nous" et "eux" peut aussi renforcer la cohésion d’un groupe, particulièrement lorsque ses membres se sentent menacés ou incertains. Désigner un responsable extérieur offre parfois une explication simple à des problèmes complexes. La colère, la peur et les frustrations peuvent alors se cristalliser sur une population déjà vulnérable ou mal comprise. Réseaux sociaux. Les réseaux sociaux peuvent accentuer ce phénomène en favorisant la circulation rapide de vidéos, de témoignages partiels et de commentaires accusateurs. Une scène impliquant quelques individus peut ainsi devenir, dans les discours, une preuve supposée du comportement de toute une communauté.

Comment changer son propre regard ? Le premier pas consiste à examiner ses généralisations. Sur quoi reposent-elles : une expérience personnelle, une information vérifiée ou des propos répétés par son entourage ? Un acte commis par une personne permet-il réellement de conclure quoi que ce soit sur des milliers d’autres ? Il est également important d’apprendre à distinguer l’explication de la justification, et la critique d’un comportement du rejet d’une identité. On peut condamner fermement un acte violent sans désigner tout un quartier ou tout un groupe de personnes comme violent. On peut aussi se donner la peine de réfléchir au fonctionnement de la société et ses inégalités afin de faire preuve de compréhension. Selon l’OMS, lutter contre la stigmatisation ne nécessite pas forcément de gros moyens : des gestes simples, comme engager la conversation, partager son vécu ou sensibiliser sur les réseaux sociaux, peuvent faire évoluer les mentalités. En favorisant l’empathie et la compréhension, ces initiatives individuelles peuvent aussi donner naissance à des réseaux de soutien et à des actions collectives plus larges.

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