Il y a encore quelques jours, leur univers se conjuguait à deux. Pour cause, grandir avec un jumeau, c’est s’habituer à un monde où l’on ne fait jamais rien l’un sans l’autre, où le «je» laisse naturellement place au «nous». Sunveer et Jushveer Bhomul avaient, certes, des personnalités différentes, mais ce qui les réunissait était infiniment plus fort ; une fusion silencieuse, un langage que seuls eux pouvaient décoder. Alors, lorsque la mort vient briser brutalement cette grande complicité, aucun mot ne peut décrire la violence d’un tel traumatisme. Si bien que Jushveer, toujours dans le déni, cherche encore à se convaincre que tout cela n'est qu’un mauvais rêve. «J’ai encore du mal à me faire à cette idée. Je continue de me dire qu’il finira par franchir le seuil de la porte», lâche-t-il, l’air perdu.
En grandissant, Sunveer et Jashveer Bhumul, cadets d’une fratrie de cinq enfants, avaient tout fait ensemble, mais à l’âge adulte, leurs vies avaient fini par prendre deux directions opposées. Jushveer décrit fièrement son jumeau comme «un homme ambitieux» : «Il travaillait comme électricien pour une entreprise mais cumulait des petits boulots en parallèle lorsqu’il avait du temps libre. C’était un vrai bosseur ; il travaillait même lorsqu’il était malade ou les jours de fête.» S’il se démenait autant dans sa vie professionnelle, c’est parce qu’il avait beaucoup de projets qu’il souhaitait concrétiser ; principalement celui de rénover la maison de leurs parents, chez lesquels il vivait encore, à Petit-Raffray. Jushveer avait, quant à lui, déjà quitté leur toit et s’était installé à Fond-du-Sac avec sa compagne, privilégiant une vie de famille épanouie. Leurs aspirations divergentes n’avaient, cependant, en rien entaché leur relation fusionnelle.
Le dimanche 18 octobre, les jumeaux ont célébré leur 21e anniversaire. Même s’ils ne vivaient plus ensemble, ils s’étaient fait un devoir de se voir ce jour-là. «La veille, nous nous étions parlé au téléphone et vers 00h30, le lendemain, il est venu me voir à la maison. Mo ti kwi manze, nou'nn kas enn poz nou'nn manze ansam. Nou pa ti ena bel zafer me nou'nn koupe trase», relate Jushveer. Comme connectés par un fil invisible, ils souffraient tous les deux de fièvre. «Mo'nn dir li pa bizin al lakaz sa ler-la akoz li malad. Mo'nn donn li enn lasam, li'nn reste li'nn dormi. Gramatin, avan mo pran van pou al travay, li'nn leve, li'nn dir mwa li pe ale. Mo'nn donn li lame, mo'nn may li, mo'nn redir li bonaniverser ek ki mo bizin al travay.» Selon lui, Sunveer serait ensuite rentré à la maison, puis il serait allé travailler.
Le lundi 19 octobre, confie-t-il, son frère et lui se sont parlé peu de temps avant le drame. «Je l’avais appelé vers 16 heures. Monn dir li desann lakaz, ki ena kas avek mwa, ki nou kapav bwar enn zafer ansam ek ki mo pou prepar enn manze. À ce moment-là, il m’a dit qu’il était avec notre ami à Rivière-du-Rempart, qu’il me tiendrait au courant s’il viendrait plus tard.» Jushveer était loin de se douter qu’il s’agissait de leur dernière conversation.
Collision
C’est aux alentours de 18 heures que Jushveer a reçu un appel l’informant qu’un accident avait eu lieu. «Il s’agissait de l'ancien propriétaire de la moto. Il me connait bien. Li'nn dir mwa ki li'nn aprann ki sa dimounn ki'nn aste so motosiklet-la finn mor dan enn aksidan. Vu que la moto appartient au jeune homme qui accompagnait mon frère, j’ai cru qu’il s’agissait de lui. Ce n’est qu’en arrivant à la morgue de l’hôpital Jeetoo que j’ai su que mon frère était la victime», lâche-t-il, ému. L’accident est survenu aux alentours de 17 heures sur la route principale de Poudre-d’Or.
D’après l’enquête policière, la moto roulait en direction de Piton lorsqu’elle est entrée en collision avec un van circulant dans le sens opposé. Sollicité, un médecin du SAMU n’a pu que constater le décès de Sunveer en arrivant sur les lieux. Une autopsie pratiquée par le Dr Sunassee, médecin légiste de la police, a attribué son décès au choc de ses multiples blessures. Grièvement blessé, son passager en croupe – un habitant de Rivière-du-Rempart âgé de 18 ans – a, quant à lui, été conduit à l’hôpital SSRN, à Pamplemousses. Il a été placé sous respiration artificielle au département des soins intensifs. À l’heure où nous mettions sous presse, sa sœur nous indiquait que son état n’avait pas connu d’amélioration et qu’il était toujours inconscient.
Par ailleurs, le conducteur du second véhicule impliqué – un habitant de Fond-du-Sac âgé de 69 ans – a été soumis à un alcootest et à un drug test après le drame. Tous deux se sont rélévés négatifs. Questionné sur les circonstances de l’accident, il a expliqué que c’est en négociant un virage que le deux-roues aurait quitté sa voie et percuté son van. Libéré sur parole, il a comparu devant le tribunal le lendemain sous une accusation provisoire d’homicide involontaire. L’enquête policière a aussi établi que le défunt Sunveer, qui pilotait la moto, ne détenait pas de permis.
Bouleversé, Jushveer ne se remet toujours pas du décès de son miroir. «Tou mo bann problem mo ti pe rakont mo frer. Seki mo mama ek mo papa pa kone, se mo frer ki ti kone. Tou mo sekre inn al ar li. Mo pa pe le krwar ki li nepli la», lâche-t-il. Jusqu’ici, ajoute-t-il, «mo ankor pe atann mo frer retourn, lakaz». Les funérailles de Sunveer ont eu lieu ce mardi 20 octobre.
Trois autres personnes tuées dans des accidents de la route
Nos routes ont, hélas, fait d'autres victimes cette semaine. Un motocycliste de 58 ans, habitant Plaine-Magnien, a perdu la vie dans une collision avec un van, ce samedi 24 octobre, vers 12h45, à Mare d’Albert. Il circulait en direction de Plaine-Magnien lorsque l’accident s’est produit. Malgré l’intervention du SAMU, son décès a été constaté sur place. Son corps a été transporté à la morgue de l’hôpital Nehru en attendant une autopsie. Le conducteur du van, âgé de 59 ans, a été hospitalisé après avoir signalé des vertiges. La police a ouvert une enquête pour déterminer les circonstances exactes de l’accident.
Le jeudi 22 octobre, une habitante de Coromandel âgée de 75 ans a également poussé son dernier soupir à l’hôpital Jeetoo, soit après deux semaines d’hospitalisation. Renversée par une voiture près de l’arrêt d’autobus de Belle-Etoile le 8 octobre dernier, elle avait subi de graves blessures. Le conducteur du véhicule impliqué, âgé de 42 ans, a été soumis à un alcootest qui s'est révélé négatif. Après le décès de la septuagénaire, une accusation provisoire d’homicide involontaire a été logée contre lui. L’enquête suit son cours pour faire la lumière sur les circonstances du drame.
Le troisième accident remonte au 17 octobre, sur l’autoroute, à Sorèze. Ce soir-là, une moto circulait en direction de Réduit sur la voie rapide lorsqu’elle a dérapé. Si le conducteur, âgé de 42 ans, s’en est sorti avec de légères blessures, sa passagère en croupe, qui n’est nulle autre que sa compagne de 31 ans, n’a pas survécu. Le décès de cette habitante de Glen-Park, a été constaté par le SAMU. D’après l’autopsie, elle a succombé à une fracture dislocation of central spine. Un chef d’accusation provisoire d’homicide involontaire a été logé contre son compagnon.