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Lovebridge : Créer des ponts contre la misère

Marie-Michèle Étienne, Guillaume et Kathy Noisette sont sortis grandis de cette expérience humaine.

Ils sont 180 bénévoles à soutenir et accompagner 284 familles vivant en situation de pauvreté. La méthode de Lovebridge est basée sur l’écoute, la compassion, l’entraide et l’amour. Le couple Noisette et Marie-Michèle Étienne nous parlent de leur engagement.

Leurs mots viennent directement du cœur. Lorsque Kathy et Guillaume Noisette évoquent leur engagement en tant que bénévoles pour Lovebridge, ils sont émus. Depuis trois ans maintenant, comme quelque 180 autres personnes, ils ont choisi d’être des accompagnateurs auprès de familles en difficulté. Le rôle de cette ONG, partenaire de Business Mauritius, est d’habiliter des foyers en situation de pauvreté pour qu’ils puissent s’en sortir. Cet engagement, le jeune couple l’a pris très à cœur, allant au bout de la mission qui lui a été confiée. Il a d’ailleurs récemment partagé son expérience lors d’une grande rencontre nationale des accompagnateurs bénévoles, une première pour Lovebridge qui est aujourd’hui présente dans 55 localités et regroupe 284 familles bénéficiaires.

 

Ce besoin de venir en aide aux autres et de se mettre au service de la communauté, cela fait longtemps que Kathy et Guillaume Noisette le ressentent. «Tu éprouves souvent le besoin d’aider ton prochain, de faire quelque chose pour faire avancer les choses mais tu es pris dans ton train-train quotidien, tu ne sais pas vraiment comment faire pour donner cette aide. Lorsque Lovebridge a présenté son projet au bureau, ça m’a tout de suite interpellée. J’en ai parlé à Guillaume et on a trouvé que c’était exactement ce type d’aide qu’on voulait offrir», lance Kathy.

 

Le principe de Lovebridge est basé sur la relation humaine. Les bénévoles acceptent de donner de leur temps, de leur écoute et de leur amour, agissant comme des amis qui ont une oreille attentive, qui donnent de bons conseils, qui guident et filent des coups de pouce quand c’est nécessaire. Bien évidemment, ce processus ne se fait pas du jour au lendemain.  «Les premiers contacts étaient timides. On ne se connaissait pas. Il a fallu du temps pour s’apprivoiser, se connaître, se comprendre», confie Guillaume. Si l’équipe de Lovebridge estime qu’un temps de 2 heures accordé aux bénéficiaires par mois est nécessaire, il n’y a aucune obligation qui contraint le bénévole. L’engagement vient du cœur et celui/celle qui se porte volontaire est libre de choisir comment il/elle souhaite accompagner les bénéficiaires.

 

Au début, le couple Noisette accordait effectivement ces 2 heures à la famille qu’il suit mais petit à petit, les choses ont commencé à changer. «Au fil des mois, il y a eu un lien qui s’est créé entre nous. On était suffisamment à l’aise pour passer plus de temps avec eux, pour sortir ensemble, pour fêter l’anniversaire d’un des enfants, pour avoir des conversations plus profondes», explique Guillaume. Le couple choisit des petits moments simples pour les vivre avec sa famille. Un pique-nique à la plage, une sortie au Caudan… Autant de petits moments qui leur permettent de consolider leurs relations.

 

Lorsque la mère de famille décide d’arrêter de travailler, le jeune couple est surpris mais en écoutant sa motivation, ils ouvrent les yeux sur une autre réalité. «Elle a quatre enfants et le dernier ne va pas encore à l’école. Trouver une crèche ou quelqu’un pour le garder implique un paiement avec de l’argent que ces personnes n’ont pas. Ensemble, on a alors essayé de trouver une solution. On s’est dit, pourquoi ne pas lancer un petit business, pas grand-chose. Juste de quoi avoir un peu de sous. Elle a décidé de vendre quelques légumes. Son mari a fabriqué une petite table et avec Rs 500 que nous lui avions données, elle a acheté des légumes et a commencé à les vendre», lance Kathy.

 

Si elle en parle avec émotion, c’est parce qu’elle a été grandement touchée par le geste de cette mère de famille. Son mari et elle ont surtout été émus par l’amour et la complicité qui unissent les membres de cette famille sur laquelle la société porte trop souvent un regard lourd de jugement. «Au départ, on avait l’impression que c’est nous qui allions donner mais en fait, ça va dans les deux sens. Ils sont pauvres ? Ils ne font rien pour en sortir. Souvent, nous portons des jugements sur ces personnes. Nous nous enfermons dans des préjugés. Elle ne travaille pas ? Elle est paresseuse. Cette maman et cette famille nous ont prouvé que nous avions tort de les juger, que nous ne connaissons pas leur réalité. Oui, cette famille vit dans la pauvreté mais elle a envie de s’en sortir.»

 

Essayer de leur redonner confiance en eux, de leur donner ce petit coup de pouce dont ils ont besoin, d’ouvrir quelques portes qu’ils pensent être fermées pour eux… C’est la mission que ce couple s’est donnée. «Nous sommes un peu comme une béquille. La béquille aide mais ne fait pas l’effort. C’est à eux de le faire et nous sommes là en soutien», poursuit Guillaume.

 

Le couple a, à son tour, appris à revenir à l’essentiel, à moins se focaliser sur le matériel et à rechercher le vrai bonheur. «Voir un sourire sur le visage d’un enfant lorsqu’il prend une douche chaude vous ramène sur terre. On court après l’argent, une promotion, une maison, une belle voiture, des voyages mais lorsque vous êtes confronté à des gens qui se contentent de peu et qui vivent simplement, vous ouvrez les yeux», souligne Guillaume.

 

S’il y a une autre personne qui en parle avec beaucoup d’émotion, c’est bien Marie-Michèle Étienne. Si son rôle au sein de Lovebridge est de trouver des bénévoles, elle aussi a choisi d’être une accompagnatrice et de se mettre au service d’une famille. Souvent, dit-elle, la venue d’un accompagnateur peut être vécu comme une intrusion. C’est pour cela qu’il est important, explique Marie-Michèle Étienne, «de marcher côte à côte avec cette famille sans jugement, sans préjugés, d’être à l’écoute. Ce qui favorise des occasions pour mieux se connaître.»

 

L’objectif du bénévole est tout d’abord d’essayer de redonner confiance à cette famille pour que celle-ci se reconnecte petit à petit à la société dont elle a été exclue. «On ne réalise pas à quel point une famille qui vit dans la misère est dans la détresse. Celle-ci n’est pas seulement matérielle mais aussi humaine parce que ces gens vivent une grande exclusion sociale. Une famille m’a dit une fois : ‘‘Mo nepli kone ki mo ete, eski mo enn imin ou enn zanimo ?’’»

 

Selon Marie-Michèle Étienne, le jugement des autres est lourd de conséquences. Si Lovebridge n’a pas la prétention d’arriver avec une baguette magique et de proposer des solutions toutes faites, c’est le cheminent qui mène le bénévole et la famille vers quelque chose de meilleur. «Il faut nous adapter à cette famille qui a un vécu avant nous, un vécu qui, souvent, est extrêmement difficile. Il faut la respecter pour ce qu’elle est. Ce n’est pas parce qu’elle a une parabole qu’elle fait semblant. Allons arrêter de juger et faisons quelque chose ensemble», lance-t-elle.

 

Pour Marie-Michèle Étienne, qui est naturellement devenue la mamie des enfants de la famille qu’elle accompagne, il est important de se rappeler qu’une famille qui vit dans la précarité est fragile. L’accompagnateur se doit donc d’être un compagnon de route qui rassure et rattrape lorsqu’au moindre petit coup de vent, elle bascule. C’est ce qu’elle appelle la création d’un pont d’amour.

 


 

Yen Mee Yone Shin, coordinatrice de district : «Renforcer l’inclusion sociale à travers une relation humaine»

 

Pour la première fois, Lovebridge a organisé une rencontre nationale des bénévoles. Quel en était l'objectif ?

 

Il fallait permettre aux accompagnateurs bénévoles de se rencontrer et de partager leurs expériences avec les familles. Nous voulions que les personnes qui nous aident à travers le pays aient l’occasion de se rencontrer et de prendre conscience de la place déterminante qu’elles occupent dans l’accompagnement des familles bénéficiaires. Cela permet la création de relations entre individus ayant une expérience commune. Lors de cette rencontre, des groupes de discussion ont été organisés afin de mettre à contribution les accompagnateurs bénévoles dans le processus de recrutement de nouveaux bénévoles. Nous sommes actuellement en processus de recrutement pour accompagner plus de bénéficiaires. Nous profitons de cette occasion pour dire aux Mauriciens qui souhaitent nous soutenir à travers le bénévolat de ne pas hésiter à nous contacter. 

 

Quel est le rôle du bénévole ?

 

Les familles en situation de pauvreté vivent dans une pauvreté économique et matérielle, et doivent aussi, dans beaucoup de cas, faire face à l’exclusion. Les bénévoles contribuent à renforcer l’inclusion sociale à travers une relation humaine. Ils offrent un soutien moral, des conseils et de l’écoute à la famille bénéficiaire. L’impact direct se fait ressentir sur le pilier central de l’empowerment, le MASCO (la Motivation, l’Attitude positive, le Savoir-faire et le Courage), qui est un des six piliers fondamentaux interconnectés sur lesquels travaille l’équipe de Lovebridge. Les cinq autres piliers sont l’éducation, l’emploi/ l’employabilité, le logement, la nutrition et la santé. Le bénévole accompagne la famille en binôme avec l’équipe de Lovebridge. L’équipe est présente pour écouter, conseiller et répondre aux questions des bénévoles. 

 

Quels sont les projets de Lovebridge ?

 

Nous avons commencé à étendre ses activités dans les districts de Grand-Port, Pamplemousses, Flacq et Rivière-du-Rempart, ce qui fait qu’aujourd’hui, Lovebridge est présente sur neuf districts. Maintenant que la phase préliminaire de la mise en place du projet dans les nouvelles localités est presque complétée, Lovebridge compte renforcer ses activités dans ces nouvelles régions en mettant en application les outils et méthodes de travail qui ont été développés, tout en travaillant en collaboration avec d’autres ONG et partenaires. Pour la fin de cette année, l’objectif est d’accompagner 350 familles, ce qui représentera près de 1 600 bénéficiaires.