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L’ex-compagnon d’une Mauricienne condamné pour meurtre à la Réunion

Heerowtee, la sœur de Kamla Beechouk : «Sa 25 an prizon-la pa ase sa»

La sœur de Kamla Beechouk estime que la peine infligée au meurtrier de sa sœur (photo ci-contre) est insuffisante.

Aucun verdict ne pourra apaiser la douleur d’avoir perdu sa sœur, tuée par son compagnon à La Réunion en juillet 2024. Alors que Justin Baleinier a été condamné à 25 ans de prison, Heerowtee Rambarrun se souvient des confidences de Kamla, de ses difficultés conjugales et de ce déménagement qui devait marquer un nouveau départ.

«25 an prizon la pa ase sa. Mo ser pa pou retourne !» Ces mots résument bien la douleur d’Heerowtee Rambarrun dont la sœur Kamla Beechouk, 62 ans, a été tuée en juillet 2024 par son compagnon Justin Baleinier, à La Réunion. Condamné à 25 ans de prison au terme de son procès devant la Cour d’assises durant la semaine écoulée, celui-ci a soutenu avoir agi pour se défendre. Mais pour la famille de celle qui était affectueusement surnommée «Moun», aucune condamnation ne pourra effacer cette perte.

Au moment du drame, en juillet 2024, Kamla Beechouk vivait séparée de son conjoint depuis environ deux ans. Elle l’avait quitté après une longue histoire ponctuée de violences conjugales dont elle était la victime. Elle venait d’obtenir un logement social et s’apprêtait à déménager. En attendant, elle occupait une maison située à seulement quelques mètres de celle de son bourreau à l’Etang Saint-Leu. C’est l’aide-soignante de Justin Baleinier – qui souffre de diabète – qui a découvert son corps le 18 juillet 2024. Elle s’était rendue chez lui mais les portes étaient verrouillées. Elle était alors allée frapper à la porte du domicile de son ex-compagne et avait retrouvée celle-ci sans vie, avec plusieurs blessures.

Justin Baleinier avait été appréhendé le 14 août 2024, après une cavale de près d’un mois. Dès sa première audition, il avait reconnu avoir tué sa compagne à coups de machette à l’issue d’une dispute, mais avait insisté que la sexagénaire avait porté le premier coup et qu'il n'avait fait que se défendre. Ce que la famille de la victime conteste fermement. «Sa zafer lezitim defans la manti sa. Li ti bizin kondane mem pou seki linn fer. Lazistis finn fer so travay», avance Vishal, le fils d’Heerowtee Rambarrun.

Kamla Beechouk était la dernière fille d’une famille de cinq garçons et trois filles. Tous ses frères sont aujourd’hui décédés. Avec sa disparition, Heerowtee se retrouve désormais avec une seule sœur à ses côtés. Pourtant, quand Kamla avait épousé Justin Baleinier en 2002, rien ne laissait présager, dit-elle, une issue aussi horrible à leur relation. «Mo bofrer ti paret enn dimounn korek. Pa kone kinn arive ant zot», confie Heerowtee avec douleur.

Le suspect a été condamné à 25 ans de prison.

Toutefois, poursuit-elle, les difficultés conjugales n’avaient pas tardé à apparaître. «Sak fwa mo ser ti pe dir mwa ki so misie ti pe lager ek li. Zot finn koumans gagn problem kan ser mo bofrer finn vinn res pre kot zot», dit-elle. Kamla, qui travaillait comme couturière, se serait plainte à plusieurs reprises des comportements de son époux. Heerowtee évoque notamment la jalousie et le désir de celui-ci de la garder à l’écart des autres. «Li pa ti kontan ki mo ser zwenn dimounn. Li ti kontan gard li dan lakaz pou person pa konn so problem», souligne Heerowtee. Elle ajoute : «Mo ser ti inpe zoli. Li ti kontan abiye. So mari ti boukou zalou.»

Kamla avait d'ailleurs fait plusieurs dépositions aux forces de l’ordre contre son époux où elle racontait des violences qui auraient commencé deux ans après leur mariage. Elle avait évoqué des gifles régulières, des coups de bâton, ou encore des reproches sur le ménage ou sur ses conversations avec son entourage. En 2021, elle avait avancé avoir été frappée dans le dos avec un bougeoir suite à un différend à propos d’une gazinière. Elle avait dû trouver refuge chez des voisins, puis avait dû passer la nuit dehors parce qu’il avait verrouillé les portes à clé lorsqu’elle avait voulu rentrer. Enfin, lors d’une énième déposition en 2022, Kamla avait dit vouloir divorcer parce que son époux la surveillait constamment, qu’il l’accusait de lui prendre son argent et qu’elle ne l’aimait plus.

Dernière conversation

Le souvenir de leur dernière conversation téléphonique reste douloureux pour Heerowtee. «Dimans avan li mor nou ti koze lor telefonn. Mo ti dir li retournn Moris akoz sa zafer bate lamem.» Mais Kamla avait déjà commencé à organiser son départ. «Lerla mem linn dir mwa ki linn fini gagn lakaz pou li al reste. Li ti fini aste meb tou.» Selon Vishal, Kamla s’était rendue chez Justin Baleinier la veille du drame pour l’informer de son déménagement. Elle avait commencé à rassembler ses affaires et devait revenir les récupérer le lendemain matin. Le jour même où son corps sans vie a été découverte avec plusieurs blessures. L’examen médico-légal a relevé huit plaies, dont cinq pénétrantes. La mort aurait été provoquée par une importante perte de sang.

L’atroce nouvelle est parvenue à Heerowtee alors qu’elle travaillait dans les champs. Quelques jours plus tard, elle a pris l’avion avec son fils pour assister aux funérailles de sa sœur, le coeur complètement brisé. Vishal estime que son oncle a agi par vengeance, même s’il reconnait que la famille ne sait pas exactement comment la dispute fatale a commencé. «Nou pa ti laba pou kone kinn arive vremem ant zot», précise Vishal.

Asha Ramhit, une amie de Kamla, est également bouleversée par toute cette triste histoire. Elle garde de la victime le souvenir d’une femme sociable et chaleureuse. Elles avaient travaillé ensemble à St-Malo pendant environ un an au début des années 1990, avant qu’Asha ne cesse de travailler après son accouchement. «Kamla ti korek, amikal. Li ti kontan koze, riye», se souvient-elle.

Hélas, son mariage l’a conduite en enfer et a fini par lui coûter la vie. Durant le procès pour meurtre qui a commencé le 5 octobre 2026, Justine Baleinier a nié les accusations de violence portées contre lui par Kamla avant sa mort, criant «non» à chaque fois qu’un nouvel élément du dossier lui était présenté, ne reconnaissant qu’une gifle durant leurs années de vie commune, rejetant constamment la faute sur elle, mettant en avant ses «défauts». Concernant le meurtre lui-même, il a continué à plaider la légitime défense. Il a avancé que le jour fatidique, ils prenaient un café au domicile de Kamla Beechouk lorsqu’une dispute a éclaté et qu’elle aurait menacé d’alerter les gendarmes pour le renvoyer en prison. Il déclare qu’elle lui aurait mis un coup de poing, lui brisant une dent, qu’elle se serait ensuite emparée d’une machette pour le menacer et qu’il l’aurait désarmé, avant d’utiliser l’arme contre elle. Plus surprenant, lorsque l’avocate générale lui a demandé s’il regrettait son geste, il a répondu sans l’once d’un remord : «Non.»

Lors de sa plaidoirie, l’avocate générale a fait ressortir les déclarations changeantes de l’accusé. Bien qu’il soit difficile de dire avec certitude comment la dispute a éclaté, elle a avancé que «l’intention de tuer était là. Il savait ce qu’il faisait». Elle avait requis 30 ans d’emprisonnement pour Justin Baleinier. Il en a finalement écopé de 25. Mais pour Heerowtee et tous les autres proches de Kamla, aucune peine d’emprisonnement ne pourra jamais réparer la perte d’une personne qu’ils aimaient tant.

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