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Commission rogatoire

Quand l’affaire Mamy Ravatomanga s’étend de Maurice à Madagascar

13 octobre 2026

Près d’un an après l’arrestation de Mamy Ravatomanga à Maurice, l’enquête de la Financial Crimes Commission (FCC) continue de prendre de l’ampleur. Des avoirs gelés à hauteur de Rs 7,3 milliards, la vente de Boeings 777, l'exportation de litchis, mais aussi les déclarations de Nasser Bheeky et le rôle controversé de l’ancien commissaire de la FCC, Junaid Fakim... Retour sur les principaux volets d’une affaire aux ramifications multiples qui continue de faire couler beaucoup d’encre avec le début d’une commission rogatoire internationale.

C’est une affaire tentaculaire dont chaque nouveau développement semble ouvrir une nouvelle porte. Depuis son arrivée à Maurice, Mamy Ravatomanga est devenu l’un des principaux protagonistes d’une enquête financière aux ramifications internationales. Arrêté le 24 octobre 2025 par la Financial Crimes Commission (FCC), l’homme d’affaires malgache fait face à deux accusations provisoires de blanchiment d’argent et à une accusation d’entente délictueuse liée à un présumé trafic d’influence. Il nie les accusations portées contre lui. Au cœur du dossier se trouve un Criminal Attachment Order obtenu le 15 octobre 2025, portant sur environ Rs 7,3 milliards. Les avoirs et comptes concernés ont ainsi été gelés dans le cadre de l’enquête.

Mamy Ravatomanga conteste cette mesure devant la Cour suprême et demande sa révocation ou sa modification. En février 2026, cette contestation était toujours pendante. Mais le dossier ne se limite pas aux flux financiers examinés à Maurice. Lors des débats sur sa demande de remise en liberté sous caution en août dernier, la FCC a détaillé cinq axes d’enquête : la vente de cinq Boeing 777 destinés à l’Iran, l’exportation de litchis, l’importation de blé, le projet d’autoroute Samcrete à Antananarivo et le projet ferroviaire Madarail. Le volet aéronautique est particulièrement sensible. Selon la FCC, Ravatomanga aurait perçu 5 millions de dollars dans le cadre de la vente de cinq Boeing 777 de Madagascar à l’Iran. Une accusation que l’homme d’affaires proche de l’ancien président malgache conteste.

L’autre volet majeur concerne les litchis malgaches exportés vers l’Europe. Les autorités malgaches enquêtent sur des irrégularités présumées dans ce secteur et sur des flux financiers associés. En février-mars 2026, un nouveau mandat d’arrêt international avait notamment été évoqué dans ce dossier à Madagascar. C’est dans ce contexte qu’intervient la commission rogatoire internationale. Les investigations malgaches et mauriciennes ont été coordonnées afin de recueillir des éléments susceptibles d’être utilisés dans les procédures engagées à Madagascar. Et le dossier vient de franchir une nouvelle étape.

Affidavit

Le 7 octobre, Ravatomanga a comparu devant la Cour suprême à Maurice en vertu d’une ordonnance du 25 mai. Ses réponses écrites à une série de questions doivent être recueillies avant leur transmission à l’Attorney General. Un élément particulièrement intéressant est que le principal concerné a déjà signé un affidavit en français, lequel a ensuite été traduit en anglais. La défense, représentée notamment par Me Khushal Lobine, a produit ce document. Le Parquet mauricien a demandé du temps pour l’examiner. L’affaire a été renvoyée au 26 octobre. Un autre volet concerne Nasser Bheeky, arrêté en octobre 2025 dans le cadre de l’enquête. Il a ensuite obtenu sa libération le 14 novembre, contre une caution de Rs 500 000 et une reconnaissance de dette de Rs 1 million.

Il est soupçonné d’avoir servi d’intermédiaire dans une rencontre du 14 octobre 2025 impliquant Mamy Ravatomanga, Christian Thomas et Me Junaid Fakim, alors commissaire de la FCC. Depuis, Bheeky a lui-même saisi la FCC et remis des documents ainsi qu’un enregistrement faisant état de demandes d’argent pouvant atteindre Rs 350 millions. L’authenticité et la portée de cet enregistrement doivent encore être établies. La FCC a entrepris des vérifications, allant jusqu’à récupérer une version originale de la vidéo en France. Dans cette nouvelle phase de l’enquête, le nom de Jean Karl Elysée, ancien Senior Advisor au Prime Minister’s Office, est également apparu. Il a démissionné de ses fonctions et fait l’objet d’un Notice on Departure. Cette mesure ne constitue toutefois ni une inculpation ni une déclaration de culpabilité.

Quant à Junaid Fakim, ancien patron de la FCC, il a été provisoirement inculpé de Public Official Using Office for Gratification et de Breach of Confidentiality. Il a été libéré en novembre 2025 contre une caution de Rs 500 000 et une reconnaissance de dette de Rs 1 million. Pendant ce temps, Mamy Ravatomanga reste détenu à la prison de haute sécurité de Melrose. Sa nouvelle demande de remise en liberté sous caution a été longuement débattue devant la Bail and Remand Court. La décision est attendue ce lundi 12 octobre.

Ainsi, entre l’enquête financière de la FCC, les milliards gelés, les investigations malgaches, les Boeings, les litchis et les nouveaux éléments apportés par Nasser Bheeky, l’affaire Ravatomanga est devenue un dossier judiciaire à plusieurs niveaux. Et avec la commission rogatoire désormais concrètement engagée, Maurice pourrait encore être appelé à jouer un rôle central dans la suite de cette enquête qui dépasse largement ses frontières.

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