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Elodie Thomas, 26 ans, blessée par une balle de la police à Camp-Levieux

Son époux Jonathan : «Mo pa swet personn viv seki nou pe viv»

Les pensées de cet habitant de Plaisance restent tournées vers son épouse Elodie qui lutte pour sa survie.

À l’heure où nous mettions sous presse, Élodie Thomas, 26 ans, luttait toujours pour sa vie aux soins intensifs de l’hôpital de Candos après avoir été blessée par balle à Camp-Levieux, dans la soirée du 9 octobre. Entre-temps, son époux Jonathan, 37 ans, attend, entre angoisse et espoir, d'avoir de meilleures nouvelles concernant celle dont il partage la vie depuis sept ans. Derrière cette tragédie, il y a un couple, une petite fille de 2 ans et des projets qui sont aujourd’hui bouleversés.

Du haut de ses 2 ans, la petite Amelya ignore encore que sa maman lutte pour sa vie à l’hôpital. En ce matin du samedi 10 octobre, au domicile familial, à Plaisance, Rose-Hill, elle passe de bras en bras, sous le regard protecteur de son père Jonathan Thomas, qui tente de puiser dans ses dernières forces pour garder la tête hors de l’eau. Tandis que l’angoisse et la fatigue lui broient les tripes, il essaie d’avaler une petite gorgée d’eau.

Depuis la veille au soir, des proches défilent pour lui apporter leur soutien. Mais Jonathan a l’esprit ailleurs et une immense fatigue se lit sur son visage. Il n’a pas fermé l’œil de la nuit tant il est bouleversé. Le regard constamment tourné vers son téléphone, il attend d’avoir des nouvelles concernant sa femme Élodie. Il s’accroche à l’espoir d’un appel qui pourrait lui apporter un peu de soulagement en lui disant que sa femme chérie est hors de danger, que sa blessure par balle n’est plus une atteinte à sa vie, qu’ils pourront ensemble réaliser tous les projets qu’ils avaient. «Mo pa swet personn viv seki nou pe viv», lâche Jonathan d’une voix sourde. Il poursuit avec douleur : «Nou toulede ti pe trase pou kapav zwenn de bout pou nou ti fami kapav viv. Nou ena boukou proze ansam. Nou sipoze ranz nou lakaz. Nou sipoze marye legliz ek batiz nou zanfan. Nou deza marye sivil.»

L'impact de la balle est bien visible.

Depuis sept ans, ils construisent leur vie ensemble. Pour contribuer aux dépenses du foyer, la jeune femme travaille à temps partiel comme caissière, depuis environ un an, au Winners du Tribeca Shopping Mall. Jonathan, lui, travaille pour une compagnie spécialisée dans l’agroalimentaire et gagne également sa vie comme musicien lors de soirées. Ensemble, ils font tout pour offrir une belle vie à leur petite Amelya.

Mais dans la soirée du 9 octobre, leur existence a basculé. Vers 22h30, alors qu’Élodie rentre chez elle à bord d’un van après le travail, le trajet qui devait simplement la ramener auprès des siens se transforme en cauchemar. Un coup de feu est tiré par un policier en direction du véhicule, à Camp-Levieux, et la jeune femme, assise sur la banquette arrière, est touchée par la balle. Une très grave blessure. Selon Jonathan, un élément de la Special Mobile Force (SMF), qui habite à proximité du lieu du drame, serait venu en aide au chauffeur pour dégager Élodie, coincée entre deux sièges du van.

«Li ti ankor pe kapav koze»

«Mo finn aprann ki mo madam ti ankor pe kapav koze inpe ek respire par limem dan sa moman-la me linn koumans perdi konesans apre.» Le SAMU a été alerté mais comme il tardait à arriver, le chauffeur du van a pris la décision de la conduire lui-même à l’hôpital. Après 500 mètres, il a croisé le SAMU et Élodie a été transférée à bord de l’ambulance et transportée à Candos où elle a été admise aux soins intensifs sous respiration artificielle.

Entre-temps, le propriétaire du van, qui n'est pas celui qui conduisait le véhicule ce soir-là, s’était rendu à son domicile pour avertir son époux de ce qui s’était passé. «Li ti vinn tap laport kot mwa. Linn dir mwa ki ERS finn tir enn kout bal lor van ki ti pe vinn kit mo madam lakaz. Li ti ousi dir mwa ki mo madam finn blese. Monn al direk lopital Candos apre. Dan sime monn trouv enn lanbilas SAMU pas ek nou ale. Monn gagn enn mari sok kan monn ariv lopital», raconte Jonathan. Sur place, il découvre son épouse dans un état qui le bouleverse.

«Li ti deza san konesans. Bann infirmye ek dokter ti fini met tib dan so labous. Zot ti pe reanim li. Li ti fini rant dan koma. Elodie finn admet ICU zis apre», confie-t-il. L’état de santé de la jeune femme inspire alors de vives inquiétudes. «Bann dokter sipoze call mwa pou dir mwa kan zot pou kapav oper mo madam pou tir sa bal-la ek li. Seki zot finn dir mwa, seki bal-la inn pas par so lamaswar pou fini dan so likou kot so kolonn vertebral. Finn fini fer enn scan ek li», nous déclare-t-il en ce samedi matin. Il n'était pas encore question de faire venir des médecins de l'Inde pour une intervention d'urgence à ce moment-là.

Difficile à supporter

Pour Jonathan, le cauchemar ne faisait que commencer. Ce samedi matin, il est reparti à l’hôpital pour voir sa femme. Et le spectacle auquel il a été confronté était difficile à supporter. «Li pa evidan retrouv mo madam dan sa leta li ete-la. So lizie kouver ek bandaz. Ankor ena tib dan so labous. Ena ousi plaket disan ek li. So leta kritik. Bann dokter-la dir mwa ki se bann laparey ki pe tini li», lâche-t-il avec angoisse.

Chaque heure qui passe est une nouvelle épreuve pour cet homme qui tente de garder espoir, alors que sa petite fille de 2 ans attend elle aussi le retour de sa maman. À la douleur s’ajoute la colère. Jonathan veut comprendre comment un contrôle routier s’est terminé en tel drame pour sa famille. Il s’interroge sur les circonstances dans lesquelles le sergent arrêté dans cette affaire a fait usage de son arme à feu et sur le rôle des autres policiers présents. «Ki sanla finn donn lotorizasion sa serzan-la pou tir kout bal ? Kifer bann koleg sa serzan-la finn les li tir kout bal ? Kifer van lapolis pa ti swiv van mo madam si sofer-la finn rod sove ?» lance-t-il.

Ses questions traduisent sa volonté de comprendre ce qui s’est réellement passé cette nuit-là. Il attend que l’enquête fasse toute la lumière sur les circonstances du drame dans lequel son épouse a été grièvement blessée. Jonathan tient toutefois à faire une distinction entre les policiers qui accomplissent leur travail et ceux dont le comportement mérite, selon lui, d’être examiné.

«Mo kone ki ena boukou polisye ki fer zot travay bien. Pa tou ki pa bon, me ena polisye bizin revwar zot mantalite. Mo remersie sa bann lapolis ek CID kinn fer zot travay kouma bizin apre. Zot inn aret serzan-la. Mo espere ki pa ena cover-up aster», dit-il. Jonathan espère, en effet, que l’enquête se poursuive sans entrave et que les responsabilités seront établies. Pour l’heure, ses pensées restent tournées vers son épouse dont il espère de tout coeur qu'elle s'en sortira au plus vite.

Le sergent Gautham Singh Taukoor reste en détention

Le sergent de police arrêté après qu’Élodie Thomas a été blessée par balle à Camp-Levieux reste en détention. Gautham Singh Taukoor a comparu devant la Bail and Remand Court ce samedi 10 octobre sous une accusation provisoire de Possession of Firearm with intent to endanger life. La police s’est opposée à sa remise en liberté sous caution. L’enquête se poursuit.

Selon un communiqué de la police, les faits se sont produits dans la soirée du 9 octobre. Le véhicule dans lequel se trouvait la victime circulait sur une route obstruée par des objets lorsqu’un coup de feu a été tiré dans sa direction. Blessée, Élodie Thomas était toujours admise en soins intensifs à l’heure où nous mettions sous presse. L’arme à feu utilisée par le sergent a été sécurisée par les enquêteurs.

Par ailleurs, le sergent concerné fait l’objet de nombreuses critiques concernant son comportement. Des informations évoquent des antécédents et le fait que son nom aurait déjà été cité dans une affaire d’agression sexuelle dans le passé. Le policier est également décrit par certaines personnes comme «enn koko pike». La police affirme traiter cette affaire avec le sérieux requis.

Rama Valayden, avocat de la famille Thomas : «Li tris ek inakseptab seki finn arive»

Retenu pour assister la famille d’Élodie Thomas et défendre les intérêts de celle-ci, l’avocat Rama Valayden dénonce les circonstances de l’incident dans lequel la jeune femme a été grièvement blessée. Il s’interroge sur l’usage de l’arme à feu et estime que le policier a fait preuve d’un manque de formation. L’avocat soulève plusieurs questions, notamment l’absence présumée d’un avertissement avant le tir et les raisons pour lesquelles le sergent a ouvert le feu derrière la fourgonnette, peu après avoir menacé le conducteur. «Li tris ek inakseptab seki finn arive», s’indigne Rama Valayden. Il indique suivre l’affaire de près, aux côtés de Joanna Bérenger. Il affirme également avoir pris contact avec le ministre Baichoo afin de s’assurer qu’Élodie Thomas reçoive tous les soins nécessaires. Il entend suivre les développements de l’enquête policière au nom de la famille.

Rudy Soobrayen, le chauffeur du van : «Li dir mwa get ki ena dan mo lame, to anvi gagn enn kout bal»

À la suite du drame survenu à Camp-Levieux, où Élodie Thomas, 26 ans, a été blessée par balle lors d’un incident impliquant un sergent de police, le chauffeur de la fourgonnette, Rudy Soobrayen, a livré son témoignage à un site d’information en ligne. Selon son récit, à son arrivée à Camp-Levieux, il se serait arrêté auprès d’un policier pour lui expliquer qu’il venait déposer un membre du personnel qui habite dans le quartier. «Monn dir li ki mo pe vinn depoze enn staff ki res devan. Li dir mwa ale, si vann-la kraze, pran to responsabilite», raconte-t-il. Quelques minutes plus tard, le chauffeur affirme qu’un autre sergent de police aurait ouvert la portière avant de la fourgonnette et l’aurait menacé avec une arme à feu. «Li dir mwa : ki pe arive ? Li met enn revolver lor mo latet, li dir mwa : get ki ena dan mo lame. To anvi gagn enn kout bal ?» témoigne-t-il. Rody affirme avoir repris la route après que le sergent de police lui aurait demandé de quitter les lieux. C’est alors que le policier aurait ouvert le feu en direction de la fourgonnette, blessant grièvement Élodie Thomas, qui se trouvait à bord.

Jenssy Sabapathee de Respecter Nous : «Mo révolté»

Elle ne décolère pas. «Mo révolté !» lâche Jenssy Sabapathee, fondatrice de l'ONG Respecter Nous. Elle s’interroge sur les circonstances du tir, estimant que le policier savait que la fourgonnette transportait des travailleurs sans lien avec les manifestations de la veille liées aux problèmes d’eau. Elle réclame des explications sur l’usage de l’arme et s’interroge sur la nécessité d’un alcotest pour le policier, craignant que ses collègues cherchent à le protéger. Elle déplore le fait que la mère d’un enfant de 2 ans soit en train de lutter pour sa vie et espère que le policier sera sanctionné.

Navin Ramgoolam : «ll n’y aura pas de cover-up»

Le Premier ministre n’ira pas à Rodrigues. La raison, notamment : le coup de feu tiré par la police à Camp-Levieux, le vendredi 9 octobre, faisant une blessée grave. Celle-ci, Élodie Thomas, 26 ans, était toujours dans un état critique à l’hôpital Victoria, à l’heure où nous mettions sous presse. Suite à cet événement aux graves conséquences, le Premier ministre Navin Ramgoolam s'est fendu d’un post sur sa page Facebook, disant notamment : «Je suis de très près la situation à la suite du grave incident survenu dans la soirée du vendredi 9 octobre à Camp-Levieux, au cours duquel Élodie Thomas, 27 ans, a été blessée par balle. Je reste en contact étroit avec les autorités compétentes afin de suivre l’évolution de la situation. J’insiste sur la nécessité de faire toute la lumière sur les circonstances de cet incident, dans la transparence et le respect des procédures en vigueur.» De plus, un communiqué émanant du Prime Minister’s Office a stipulé que «The Prime Minister has stressed that no stone will be left unturned to establish the full facts and get to the bottom of this incident. He gives his assurance that there will be no cover-up and that anyone found responsible for any wrongdoing will be held accountable in accordance with the law».

Dans la foulée, le Premier ministre a aussi annoncé qu’il annulait son déplacement à Rodrigues prévu pour ce dimanche 11 octobre, notamment pour la Journée de l’Autonomie, célébrée ce 12 octobre. C’est le vice-Président de la République, Robert Hungley, qui s’y rendra. Le ministre de la Jeunesse et des Sports Deven Nagalingum, qui devait également se rendre à Rodrigues, a lui aussi annulé son déplacement, étant très mobilisé avec cette affaire qui a eu lieu dans sa circonscription, le no 19.

La vice-Première ministre et ministre de l’Égalité des Genres Arianne-Navare Marie a, de son côté, demandé à la population de ne pas «avoir peur». «Venez de l’avant si vous voulez témoigner sur cette affaire», a-t-elle ajouté, en assurant aussi qu’il n’y aura pas de cover-up.  

La mobilisation s’est faite aussi pour qu'Élodie Thomas ait les meilleurs soins possibles. Ce samedi 10 octobre, l’express a rapporté qu'IBL, le groupe responsable des supermarchés Winner’s, aurait proposé de la faire transférer à La Réunion, mais que «des avis médicaux auraient estimé qu’un tel déplacement comporterait des risques». Finalement, c’est une équipe de quatre médecins spécialistes indiens qui est attendue lundi matin pour procéder à une intervention chirurgicale urgente. Le ministre de la Santé Anil Baichoo a expliqué cette démarche dans un communiqué publié ce samedi : «Ce matin, je me suis rendu à l’hôpital Victoria, à Candos, pour m’enquérir personnellement de l’état de santé préoccupant de la victime de la fusillade à Camp-Levieux et rencontrer l’équipe médicale ainsi que les spécialistes concernés. Face à la gravité de son état, notamment un œdème cérébral généralisé, ses examens médicaux ont été transmis au Dr Paresh Naik et à son équipe de spécialistes à Mumbai, en Inde. Après évaluation, ces derniers ont conclu à la nécessité d’une intervention chirurgicale urgente. L’état de la patiente ne permettant pas son transfert à l’étranger sans mettre davantage sa vie en danger, nous avons pris les dispositions nécessaires pour faire venir à Maurice une équipe de quatre à cinq médecins spécialistes indiens, attendue lundi matin pour procéder à l’intervention (…).»

Et ce samedi, à Plaisance, à Rose-Hill, plusieurs personnalités politiques étaient au chevet d’Elodie Thomas. Outre Sydney Pierre, Deven Nagalingum, Anil Baichoo et Eshan Jomun, qui étaient très présents aux côtés de la famille, notamment à l’hôpital, on a aussi vu plusieurs membres du Fron Militan Progressis, notamment Paul et Joana Bérenger, Rama Valayden (aussi avocat de la famille), Chetan Baboolall, Neelkanth Dulloo ou encore l’ancienne mairesse de Beau-Bassin–Rose-Hill Gabriella Batour et Patrick Belcourt, leader d'En Avant Moris, venus en force au chevet de la victime. Et en début de soirée, les communiqués continuaient de tomber, venant notamment du président de la République Dharam Gokhool, de Rezistans ek Alternativ, de l’ancien Premier ministre Pravind Jugnauth, qui ont tous fait part de leur leur soutien à la famille, tout en dénonçant toute forme de violence.

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