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Décès de Josianne Cassombo Nankoo

L’adieu à une «grande dame enracinée dans la musique et la nature»

17 juin 2026

Que ce soit dans le passé en dansant ou avec d'autres plus récemment pour le tournage d'un documentaire, Josianne vivait et respirait le sega typik, comme elle nous l'avait dit plusieurs fois...

On lui doit les fameux Tangale et Mo al sinema, entre autres. Alors que l’emblématique chanteuse de sega typik nous a quittés le mercredi 10 juin, plusieurs reviennent sur son parcours, son art musical ancré, sa vie consacrée en grande partie à ses légumes et ses animaux, et son contact humain des plus positifs.  

Elle était toujours si simple, comme en témoignent ceux qui l’ont côtoyée. Et c'est avec la même simplicité qu'elle nous disait, il y a environ neuf ans lorsque notre caméra s’était posée chez elle à Petite-Rivière, qu’elle voulait qu’on se rappelle d’elle comme «enn gran segatie, avek so ravann». Oui, Josianne Cassombo Nankoo restera définitivement dans les mémoires comme une grande dame de la musique mauricienne. Elle nous a, hélas, quittés, le mercredi 10 juin, à l’âge de 86 ans, des suites de complications de santé. Elle laisse, derrière elle, tout un héritage dédié au sega typik et à sa transmission. Vous savez en tout cas qui remercier pour les fameux Tangale, Mo al sinema, Sofe Ravann et autres tubes repris ensuite par d’autres artistes comme Lindy Bacbotte et Nancy Dérougère.

Des morceaux qu’elle a sortis en ne sachant ni lire, ni écrire, comme elle l'avouait volontiers. Car Josianne Cassombo Nankoo voyait la vie d’une autre façon. L’artiste et photographe Pierre Argo, son bon ami depuis plus de 50 ans, ne dira pas le contraire. Il se rappelle d'ailleurs très bien de sa première rencontre avec les Cassombo : «C’était dans les années 70. Je faisais des photos à Petite-Rivière, un lieu qui me plaisait bien pour sa nature. Et j’ai entendu des sons de ravanne au loin. En m’approchant, j’ai vu toute la famille Cassombo réunie autour de ravannes, de boissons et de nourriture, jouant de la musique et chantant. À l’époque, c’était Louis, l’oncle de Josianne, qui "menait" la famille. Je suis devenu très ami avec eux. Et j’avais envie de pousser leur art plus loin. En 1982, j'aidais le groupe familial, baptisé Zenfan Ti Rivière, avec sa première cassette sur laquelle figurait Tangale. Et je découvrais Josianne aussi, une femme proche de la nature, qui comme les autres villageois, s'occupait simplement de ses légumes et de ses animaux. Sa famille et elle jouaient toujours par plaisir, ne désirant pas le succès. Un succès qui a pourtant frappé à leur porte et les a emmenés bien loin.»

Pendant des années, Josianne, son époux Pierre – décédé en 2016 – et toute leur famille porteront leur sega typik aux quatre coins de l’île, dans les hôtels et lors de nombreuses soirées spéciales, et dans d'autres parties du monde, notamment en Europe. L'argent récolté a permis à Josianne de construire sa maison et celle de sa famille, comme elle nous le disait dans l’une de ses dernières interviews. Et, quoi qu'il en soit, c'était encore et toujours le retour à l’essentiel : des soirées sega typik en famille avec cette ambiance si particulière.

Marousia Bouvéry, l’une des têtes pensantes du groupe ABAIM, avec qui les Cassombo et plusieurs autres ont créé Lasosiasion Pratikan Sega Tipik en 2014, après l’inscription du sega typik au patrimoine immatériel de l’UNESCO, nous confie : «Josianne était comme une racine dans le grand arbre du séga. Elle est restée dans cette belle tradition du sega typik qu'elle défendait avec fougue. Elle avait à cœur ce devoir de reconnaissance et de transmission de celui-ci et était très présente avec nous lorsque nous avons envoyé le dossier du sega typik une première fois, vers 2012, pour demander à ce qu'il soit reconnu comme patrimoine immatériel de l'UNESCO. Dossier qui avait alors été rejeté, pour ensuite être accepté en 2014.» 

Puis, il y a la relève. Car c’est toute une tribu qui s’est construite au fil des années : le groupe Zenfan Ti Rivière est maintenant devenu Génération Casambo, qui compte une douzaine de personnes de plusieurs générations. Et à sa tête, maintenant que Josianne n’est plus là, il y a Ginette Nankoo, sa belle-fille (Josianne a eu trois enfants, deux filles et un garçon), qui est bien décidée à honorer sa mémoire et à oeuvrer à sa reconnaissance.

Elle nous parle de l'artiste et de la femme que sa belle-mère était : «Josianne a toujours été proche de la nature et de la famille. Et on se souvient d’elle avec son sourire et, bien sûr, son rire, sa voix et sa joie très communicative. Elle aimait manger ses légumes, élever ses animaux. Elle aimait cette vie simple et aussi jouer de la ravanne avec la famille, composer et chanter ses morceaux qui parlaient de sa vie. Elle aimait cette simplicité, alors que d’autres ségatiers faisaient carrière à l’international. Mais maintenant, il faut que tout le monde la reconnaisse, nous allons essayer de trouver des façons de la faire reconnaître, de faire savoir aux Mauriciens que Tangale, par exemple, c’est elle, entre tellement d’autres morceaux qu'ils connaissent en ne sachant pas forcément qu’ils sont de Josianne.» Tout un chemin, tout un univers à faire découvrir au plus grand nombre.

Nous présentons nos sincères condoléances à la famille et autres proches de cette grande dame du sega typik et de la musique mauricienne en général.

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