Un nuage de suspicions. Celui qui entoure Laura Travady, 29 ans. Elle fait l’objet d’une accusation provisoire de murder après le décès de son concubin Bryan Alifoykooye. Cet habitant de La Brasserie avait été égorgé à son domicile le 11 avril. La suspecte a participé à une reconstitution des faits durant la semaine écoulée avant d’être reconduite en cellule policière. Depuis, son nom est également cité dans une autre affaire de mort suspecte alimentant les interrogations. Certains évoquent la possibilité d’implications multiples, sans qu’aucune conclusion officielle ne soit établie à ce stade. L’enquête policière se poursuit pour faire la lumière sur cette sombre affaire.
La situation de Laura Travady se complique, donc, avec l’émergence de cette possible seconde affaire qui a initialement été classée comme une overdose. La Major Crimes Investigation Team (MCIT) a récemment procédé à des vérifications à la suite de déclarations suggérant un lien avec le décès d’un habitant de Curepipe, Jake Mario Vencatachellum, 47 ans. Son corps avait été découvert le 26 février 2025 sur un terrain en friche à Riche-Terre, deux jours après que sa disparation a été signalée par sa fille au poste de police de Curepipe. L’autopsie avait conclu à un œdème pulmonaire provoqué par une overdose.
Cependant, plusieurs zones d’ombre persistent, estiment les proches de la victime. Dans son entourage, des soupçons avaient émergé dès le départ. Dans un message publié sur les réseaux sociaux en mars 2025, Jonathan, le frère de la victime, affirmait que ce dernier aurait été agressé avant son décès. Julie Vencatachellum, la fille du défunt, se souvient avec beaucoup d’émotions des jours qui ont suivi la disparition de son père. Elle évoque des témoignages, reçus à l’époque, évoquant la présence de Laura Travady aux côtés de celui qu’on appelait Ti Richard. «Des amis les avaient vus ensemble le jour de sa disparition. Puis, elle était revenue seule, elle avait des traces de sang sur elle, selon ce qu’on nous a dit», allègue-t-elle.
La jeune femme confie que ses proches et elle étaient partis à la recherche de «madam-la» sans succès et qu’à la morgue, ils avaient découvert des traces de coupure sur le corps de Jake Mario Vencatachellum. Il y avait aussi eu une tentative de retrait d’argent du compte bancaire du défunt après sa mort (un élément troublant qui avait conduit à l’intervention de la police de Terre-Rouge). Néanmoins, Julie Vencatachellum nous assure qu’on lui avait fait comprendre qu’au vu de l’endroit où son père avait été découvert «ti oblize met overdoz» : «Nous ne savions pas quelles démarches nous devions entreprendre pour faire entendre notre voix.»

Malgré ces allégations, aucune preuve formelle d’un acte criminel n’a, à ce stade, été établie par les enquêteurs. Néanmoins, ces doutes plantés dans le cœur de Julie Vencatachellum ont grandi cette dernière année. Et quand les proches de Bryan Alifoykooye ont évoqué la possibilité que la suspecte soit impliquée dans la mort de leur papa, ses frères et elle ont décidé de ne plus se taire. La famille, encore en souffrance, rongée par l’incertitude, espère que la vérité finira par faire surface : «Cela fait un an que nous vivons sans notre papa. C’est vraiment difficile. Mes frères et moi, ainsi que le frère de mon papa, avions encore besoin de lui. Nous savons qu’il ne reviendra pas. Nous ne voulons, donc, qu’une chose : que justice soit faite !»
Ce départ soudain, brutal exacerbe le manque et les chagrins : «Il n’y a pas un jour qui passe sans que je ne pense à lui. Parfois, je m’assois et je parle à sa photo. La façon dont il riait me manque. Mes enfants ne connaîtront pas leur grand-père, son fils ne connaîtra pas son papa. Il était sévère, oui, mais il était toujours là pour nous. Nous étions tout le temps ensemble.»
Une douleur qui trouve un écho plus brut, le temps n’ayant pas encore fait son travail, chez la famille de Bryan Alifoykooye. Son frère Steven se confie : «Nou oule zis lazistis.» Pour lui, des questions restent en suspens. Il dit détenir des informations : «Nous voulons savoir si la police a posé des questions à Laura Travady afin de savoir s’il y avait des gens avec elle pour ce crime barbare. Nous avons des informations qui indiquent qu’elle n'était pas seule. Mais est-ce que la police a visionné les images des caméras de sécurité des habitants de la localité ?»
Des suspicions qu’il refuse de taire. Car, désormais, c’est la vérité que recherchent ces deux familles.