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10 décembre 2025 13:47
En l’espace de quelques semaines, de nombreuses personnes, surtout des jeunes, ont mis fin à leurs jours ; un phénomène qui inquiète. Le cas d’une jeune maman de trois enfants, âgée de 21 ans, a particulièrement choqué les citoyens puisque c’est en live sur les réseaux sociaux qu’elle a commis l’irréparable, sous le regard stupéfait et impuissant des internautes. Praanima Boolaky, spécialisée, après des études en Australie, sur les désordres psychiatriques, l’addiction et la neurodivergence (qui regroupe des fonctionnements neurologiques différents comme l’autisme ou le syndrome de Tourette), analyse toute cette situation autour du suicide et du cas de la jeune femme qui s’est donnée la mort en direct sur Facebook. Pour des séances avec elle, vous pouvez lui envoyer un email sur : sheisnotapoet@gmail.com
Quelle a été votre première réaction en apprenant ce cas de suicide ?
Un mélange de profonde tristesse et d’inquiétude professionnelle. D’un point de vue psychologique, il est profondément troublant de constater à quel point la détresse d’une personne peut atteindre un niveau aussi extrême, surtout lorsqu’elle se manifeste publiquement sur les réseaux sociaux. Cet incident met en lumière plusieurs problèmes critiques : la gravité des troubles de santé mentale non pris en charge, l’effet aggravant de l’isolement social et l’absence de mécanismes de protection sur les plateformes numériques, où les personnes vulnérables peuvent exprimer ou mettre en scène leur souffrance. J’ai ressenti une grande compassion pour cette femme et sa famille, ainsi qu’un choc face à un moment aussi intime et tragique survenu dans un espace censé favoriser les échanges et l’expression (…)
Comment analysez-vous cette affaire en tant que psychologue ?
D’un point de vue psychologique, un tel acte est rarement attribuable à une seule cause. Même chez les jeunes adultes, et particulièrement chez les mères, le suicide résulte souvent d’une combinaison complexe de facteurs émotionnels, sociaux et psychologiques (…) Pour une jeune mère, des pressions supplémentaires telles que l’isolement, les bouleversements émotionnels post-partum non pris en charge, le stress financier ou relationnel, ou encore le sentiment d’être incapable d’assumer ses responsabilités, peuvent exacerber ces sentiments. Lorsque ces luttes intérieures restent cachées ou sans soutien, elles peuvent engendrer un fardeau émotionnel dangereux (…) Dans ces états, la personne peut agir impulsivement, guidée par des émotions intenses plutôt que par une réflexion rationnelle. La présence des réseaux sociaux peut parfois amplifier cette crise, créant un espace où la détresse est extériorisée en temps réel. Cet acte reflète une souffrance profonde, et non un manque d’amour pour ses enfants ou son entourage. Il souligne l’urgence de sensibiliser à la santé mentale, d’intervenir précocement et de créer des espaces sécurisants où les jeunes parents, et en particulier les femmes, peuvent exprimer leurs difficultés sans crainte d’être jugés. Cela étant dit, il est urgent que les hommes soient eux aussi autorisés et acceptés dans leurs états de vulnérabilité, encore très stigmatisés dans la société.
Quelles seraient les solutions ?
Prévenir de tels actes tragiques exige une approche à plusieurs niveaux. Premièrement, le dépistage précoce de la détresse psychologique : intégrer l’éducation à la santé mentale dans les écoles et les communautés afin que les jeunes puissent reconnaître les symptômes d’anxiété, de dépression et de surcharge émotionnelle chez eux-mêmes et chez les autres. Deuxièmement, des services de santé mentale accessibles et confidentiels sont cruciaux. Nombre de jeunes hésitent à demander de l’aide par crainte de la stigmatisation, des difficultés financières ou du jugement. Renforcer les services de consultation, les lignes d’écoute téléphonique d’urgence et le soutien communautaire peut créer des espaces d’expression sécurisés. Troisièmement, le renforcement des réseaux de soutien social – famille, pairs et groupes communautaires – contribue à réduire le sentiment d’isolement. Les jeunes ont besoin d’environnements où la vulnérabilité émotionnelle est normalisée et où demander de l’aide est perçu comme un signe de courage plutôt que de faiblesse. Quatrièmement, les plateformes de médias sociaux devraient mettre en place des mécanismes de protection plus robustes, tels que la détection des crises en temps réel, des dispositifs de signalement et des protocoles d’intervention rapide (…) En définitive, la prévention repose sur la création d’une culture où la douleur émotionnelle est reconnue, le soutien est accessible et où personne ne se sent obligé d’affronter ses difficultés seul.
D’autres drames suscitent des interrogations : quand le désespoir frappe en silence
Deux tragédies survenues récemment dans le Nord et l’Est de l’île rappellent avec force la gravité des détresses silencieuses que vivent certains membres de notre société. Le premier drame s’est déroulé à Petit-Raffray. Au petit matin, la police découvre un jeune homme retrouvé pendu à son domicile, suspendu à l’aide d’un câble de télévision attaché à une structure métallique du toit. Le corps, encore en position debout, ne présentait aucun signe de lutte. L’autopsie a confirmé un décès par asphyxie due à la pendaison. La victime vivait en concubinage et des antécédents de conflits conjugaux avaient été signalés, laissant entrevoir un contexte familial difficile.
Quelques jours plus tôt, un second cas avait été signalé à Queen Victoria, Flacq. Les policiers ont trouvé un jeune homme de 21 ans pendu à l’aide d’une ceinture attachée à une barre métallique dans un entrepôt. Son corps, déjà en état avancé de décomposition, ne présentait aucun élément suspect. L’autopsie a également conclu à une asphyxie par pendaison. Ces deux situations, bien que distinctes, mettent en lumière une réalité préoccupante : la vulnérabilité de nombreuses personnes confrontées à la souffrance émotionnelle, à la solitude ou à des conflits personnels. Il est essentiel de renforcer la prévention, l’écoute et l’accompagnement pour éviter que d’autres vies ne s’éteignent dans l’ombre.
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