Dans une société minée par la drogue, elle a choisi de sauver des enfants. À 33 ans, Prisca Lalouette mène une vie simple à Petite-Rivière-Noire, où elle élève sa fille de 14 ans et son garçon de 7 ans. Employée comme bonne dans sa région, elle consacre pourtant une grande partie de son temps libre à une mission bien plus vaste : la prévention des addictions auprès des enfants.
Volontaire au sein de l’ONG DRIP (Développement, Rassemblement, Information et Prévention), elle est aujourd’hui l’une des responsables des ateliers de sensibilisation principalement axés sur la prévention des drogues, de l’alcool et du tabac. Elle intervient aux côtés de deux autres volontaires, en utilisant notamment un support pédagogique intitulé Samy et l’île maléfique. «Sa liv-la koz prevansion kont sigaret, lalkol ek ladrog an desin», explique-t-elle, soulignant l’importance d’adapter les messages aux plus jeunes.
Encadrer les nouvelles générations
Les ateliers de DRIP ciblent les enfants de 5 à 11 ans, dans plusieurs régions du pays, notamment Baie-du-Cap, Petite-Rivière-Noire, La Ferme, La Valette à Bambous, Cotteau Raffin, Ste-Croix, Le Morne, Tamarin, La Saline à Rivière-Noire, Cité Sainte-Catherine à Saint-Pierre. L’organisation est également active à Cité Anouska, à Forest-Side. «Nou pe kontign enn travay ki nou ti fini koumanse laba lane pase. Nou fer nou bann latelie enn fwa par semenn apre lekol pandan de zer. Bann zanfan ankor rapel tou seki nou ti fer.»
Dans sa propre localité, environ 50 enfants participent régulièrement aux activités, et plus de 21 jeunes ont déjà été touchés par les actions de prévention. Prisca insiste sur l’impact social du programme : malgré certaines difficultés liées au contexte de pauvreté, la situation reste stable dans sa communauté grâce au travail de terrain.
Un élément particulièrement encourageant, selon elle, est l’implication d’anciens enfants formés par DRIP, qui reviennent aujourd’hui aider à encadrer les nouvelles générations. «Mo ti vini pou donn koudme avan. Apre sa inn pasionn mwa. Fer prevansion pa difisil. Zis bizin trouv bann bon mo pou koze pou bann zanfan diferan laz.» Sur le terrain, les réalités restent toutefois préoccupantes. Prisca explique que certains jeunes enfants connaissent déjà des termes liés à la drogue et décrivent même des scènes observées dans leur environnement quotidien. Face à cela, les ateliers insistent sur l’importance de se tourner vers des activités positives, notamment le sport.
«Nou finn aprann boukou kitsoz ek bann zanfan 5 an dan bann landrwa ki nou travay. Zot deza kone ki apel ladrog simik, ki apel pike ek kot bizin pike. Zot dir nou ki zot trouv sa toulezour dan lanvironman kot zot ete. Zot finn ousi dir nou ki zot abitie ek trouv bann zombi dan zot landrwa. Lerla nou dir zot tournn zot ver sport», confie Prisca. Elle cite d’ailleurs les clubs de foot comme alternatives structurantes pour la jeunesse, dont ceux évoluant dans la région de Petite-Rivière-Noire : «Dan landrwa isi ena plizier lekip football. Ena Petite Riviere-Noire FC ki dan Premier League. Ena Morgan SC ki dan divizion rezional. Ena ousi Morgan SC so lekip fam ek enn lekip pou bann zanfan 5 a 12 an.»
Pour Prisca, la prévention doit être continue et renforcée. Elle insiste sur la nécessité d’un soutien financier et institutionnel durable pour permettre à DRIP de poursuivre ses actions. «Si pa ti ena lekip DRIP nou ti pou dan dife. Bizin kontign fer prevansion pou sov sertin zanfan de lanfer ladrog», conclut la jeune femme, déterminée.
DRIP sensibilise plus de 1 500 enfants et parents

Depuis 2017, DRIP œuvre comme entreprise sociale à but non lucratif dans la prévention des addictions liées aux produits psychoactifs, notamment l’alcool et le tabac. Son approche repose sur l’éducation, la sensibilisation et la prévention dès la petite enfance, à travers une vision holistique qui prend en compte l’ensemble des facteurs influençant les comportements à risque. «Prevansion marse», précise Isabelle David (photo), directrice de cette ONG. Celle-ci travaille en étroite collaboration avec les communautés locales, d’autres ONG, les établissements scolaires, les clubs sportifs, les entreprises et les institutions gouvernementales et internationales. Son objectif est de renforcer les capacités des communautés en formant des enfants, des jeunes et des adultes à devenir des acteurs de changement. Alignées sur les Objectifs de Développement Durable (ODD), les actions de DRIP favorisent l’inclusion sociale, le leadership communautaire et le développement local. «Entre 2024 et juin 2026, l’organisation a déployé un vaste programme de prévention dans 26 régions de Maurice, touchant près de 1500 enfants et parents», souligne Isabelle David. Les activités, organisées sur plusieurs semaines, ont combiné sport, musique, ateliers interactifs et discussions afin d’ancrer durablement les messages de prévention. «Cette démarche a permis de créer une véritable culture de prévention au sein des communautés, renforçant leur résilience face aux drogues», explique Isabelle David. DRIP souligne que le soutien financier des fondations Ciel, Currimjee, Médine Horizon et du groupe Alteo a été déterminant pour assurer l’ampleur et la portée nationale de ce programme.

**400 jeunes unis contre la drogue **
Dans le cadre de la Journée internationale contre l’abus des drogues et le trafic illicite, près de 400 enfants issus de différentes associations communautaires ont participé, ce samedi 27 juin, à une journée de sensibilisation au Plaza placée sous le signe de la prévention, du sport et de la solidarité.
Parmi ceux présents, des jeunes provenant notamment de Future Hope à Roche-Bois, de La Ruche et du Centre de l’Amitié à Bambous, de Talents Team à Bambous-Virieux, d’Ange du Soleil à Tamarin ainsi que des villages de Grande-Rivière-Sud-Est et de Beauchamp.
La journée a été marquée par des animations sportives encadrées par le ministère de la Jeunesse et des Sports, des ateliers de partage et de créativité inspirés des actions de prévention menées au sein des communautés, ainsi qu’un défilé dans l’enceinte du centre. Une animation musicale est venue clôturer les activités dans une ambiance festive et conviviale.
À travers cette initiative, les organisateurs ont souhaité renforcer les messages de prévention auprès des jeunes tout en favorisant leur engagement dans des activités positives. L’objectif est de développer une culture de résilience collective face aux drogues et de promouvoir des environnements protecteurs pour les enfants et les familles.
NADC : la prévention et la réhabilitation encore et toujours
À l’occasion de la Journée internationale contre l’abus et le trafic illicite des drogues, la National Agency for Drug Control (NADC) réaffirme son engagement en faveur d’une approche globale pour lutter contre les addictions, en mettant l’accent sur la prévention, le traitement et la réhabilitation. En collaboration avec la Faculté de médecine et des sciences de la santé de l’Université de Maurice, la NADC a organisé un atelier réunissant des experts, universitaires, représentants d’ONG et professionnels de la santé. Les échanges ont porté sur les enjeux liés à la consommation de drogues, notamment les traumatismes, la stigmatisation, les inégalités sociales, la prévention communautaire, la réduction des risques et les traitements fondés sur des données scientifiques. La NADC a également lancé la première édition du Village national des services de prévention, de traitement et de réhabilitation au Plaza, à Rose-Hill. Cette initiative a rassemblé les principaux acteurs des secteurs de la santé et du social afin d’offrir au public un accès à des services d’information, de conseil, d’accompagnement psychosocial, de traitement et de réinsertion. À travers ces deux initiatives, la NADC réaffirme sa volonté de renforcer la collaboration entre les institutions, les ONG et les communautés afin de bâtir une réponse plus efficace, humaine et durable face au fléau de la drogue.
Les scouts pour une jeunesse «Stronger than Drugs»
Près de 2 000 jeunes sont attendus à Côte d’Or ce dimanche 28 juin pour une journée placée sous le signe du sport, de la prévention et de la solidarité. Dans le cadre de la Journée mondiale contre l’abus et le trafic illicite de drogues, la Mauritius Scouts Association (MSA) organise une grande journée sportive et récréative destinée à sensibiliser les jeunes aux dangers de la consommation de drogues. Placée sous le thème «Stronger than Drugs, United Through Scouting», cette initiative réunira des scouts venus de différentes régions du pays autour d’activités sportives, de jeux récréatifs et de moments de partage. Au-delà des activités sportives, la journée accordera une place importante à la sensibilisation. Plusieurs organisations engagées dans la prévention des addictions proposeront des séances d’information et d’échanges afin de mieux faire comprendre les conséquences liées à la consommation et au trafic de drogues. L’événement se déroulera en présence de plusieurs personnalités, dont le président de la République, patron de la MSA, qui agira comme invité d’honneur, et le ministre de la Jeunesse et des Sports. À travers cette mobilisation, la MSA entend rappeler que la lutte contre la drogue est une responsabilité collective et que les jeunes ont un rôle essentiel à jouer dans la construction d’une société plus saine, plus solidaire et plus résiliente.