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Handisport : la fulgurante ascension de Roberto Michel

Le jeune homme fait la fierté de sa famille.

Sa victoire, le 3 août dernier, en Suisse, à l’occasion des Championnats du monde juniors de para-athlétisme a pris tout le monde par surprise. Roberto Michel s’est fait désormais un nom dans le giron.

La consécration de ce jeune homme de 19 ans sur la piste de Nottwil est sans doute la prestation la plus inattendue de l’année. Il est revenu de cet événement avec trois médailles, soit deux en or et une de bronze, autour du cou.

Son sacre intervient une semaine seulement après la victoire de Maurice aux Jeux des îles. Au moment où tout un peuple est encore dans l’effervescence des JIOI, l’athlète handicapé, tout comme la lanceuse Brigila Claire, deux jours plus tôt, a démontré que les handisportifs mauriciens ont le potentiel de faire honneur au pays sur la scène mondiale.

 

Une prestation inattendue, qui a même pris à contre-pied ses adversaires sur le 400m T34. Il faut savoir que la veille, soit le vendredi 2 août, Roberto Michel a décroché la médaille de bronze lors de la course du 100m. Mais c’est le lendemain qu’il fera la plus belle course de sa carrière. Roberto Michel devait coiffer ses concurrents sur la ligne d’arrivée. Des adversaires plus expérimentés que lui en fauteuil roulant. Comme un bonheur ne vient jamais seul, il collectionnera une deuxième breloque jaune après son succès sur le 200m, le dimanche suivant.

 

«C’était à la fois impressionnant et stressant de se retrouver au championnat du monde. Lors de ma course du 100m, je ne pensais pas être sur le podium. J’ai fondu en larmes après la course sans même me rendre compte que j’étais troisième. C’est  quand mon coach, Jean Marie Bhugeerathee, est venu me féliciter que j’ai compris ce que je venais d’accomplir», relate Roberto Michel avec une pointe d’émotion.

 

Cette première médaille sera un déclic pour le handisportif. «Elle m’a donné la force et la confiance que j’avais besoin pour la suite. Durant la soirée précédente, la finale du 400 m, j’ai discuté avec mon entraîneur, mes parents et mes amis. Tous étaient persuadés que je pouvais remporter l’or le lendemain et j’étais motivé à bloc», révèle le Mauricien.

 

La suite on la connaît, Roberto Michel a bouclé l’épreuve en terminant devant les Anglais Zhou Zien et Cooper Matthew. Il a établi, au passage, un record national avec un chrono de 58:83. «Ce soutien m’a permis de tout donner en piste. La course était tellement serrée que j’ai franchi la ligne sans pour autant savoir que je venais de battre les Anglais. Je l’ai compris en voyant mon nom apparaître sur le tableau d’affichage. A partir de là, j’étais dans une autre dimension. C’est un moment unique qu’on ne peut décrire tellement c’est fort à vivre », explique Roberto Michel.

 

Le sport a changé ma vie

 

Cette consécration a permis de faire connaître ce jeune habitant de Trou-d’Eau-Douce, qui, un an plus tôt, ignorait qu’il avait l’étoffe d’un futur champion. Roberto Michel nous avouera que sans sa rencontre avec Jean-Marie Bhugeerathee, il ne se serait jamais mis au sport. Depuis, sa vie a changé.

 

«J’ai rencontré Jean-Marie lors d’une visite au Centre de Joie de Vivre, à Poste-de -Flacq. Je fréquente cet établissement où je suivais une formation en menuiserie. Il m’a conseillé de me mettre au sport. J’ai commencé avec la natation et l’athlétisme. Je m’y suis rendu au stade de Réduit et c’est là que j’ai découvert la course en fauteuil. Quand j’ai vu le matériel de compétition, j’ai été impressionné. Le sport a changé ma vie. Avant j’étais toujours nerveux mais depuis, je suis beaucoup plus calme. Je lâche toute ma colère sur mon fauteuil», avoue le jeune champion dans un éclat de rires.

 

Souffrant d’un handicap qui affecte en grande partie son corps, des pieds jusqu’au bassin, Roberto Michel, se déplace assez difficilement. Néanmoins, cela ne l’empêche pas de se rendre six fois la semaine au stade Maryse Justin, à Réduit, par le bus. Un dévouement sans faille qui comporte beaucoup de sacrifices mais qui, au final, apporte aussi son lot de satisfaction à travers des résultats concluants.

 

Pour se mettre à la compétition, ce fils d’une famille de trois enfants, tous des garçons, a dû faire quelques concessions. Il a mis de côté sa formation en menuiserie, même si de temps en temps il reprend son rabot et son ciseau à froid. Il a appris à utiliser un fauteuil de compétition afin de focaliser sur sa carrière de sportif. «C’est une expérience particulière quand on essaye un fauteuil roulant. Les entraînements, c’est une autre paire de manches. Avec Jean-Marie, le travail c’est du sérieux mais c’est aussi un père qui veille sur nous. Il nous conseille, nous guide et est toujours à l’écoute. Rapidement j’ai compris que je devais choisir entre la natation et l’athlétisme et aujourd’hui je ne regrette pas ce choix. J’en profite pour encourager les personnes handicapées à se mettre au sport, c’est une opportunité qui nous permet de découvrir que notre handicap n’est pas un obstacle», affirme le Flacquois.

 

Depuis c’est tout un nouvel univers qui s’est ouvert à Roberto Michel. Un bon résultat aux championnats du monde seniors, en novembre prochain, figure en tête sur sa liste. Il espère également participer aux Jeux Paralympiques qui se dérouleront en 2020 à Tokyo. Il est affamé ce jeune sportif. «Je n’ai pas envie de tarder même si je suis encore jeune, j’ai envie de vivre tous ces événements et en même temps de faire honneur à mon pays», conclut notre interlocuteur avec ambition.