• PTr : quand le leadership de Navin Ramgoolam fait débat
  • Triple décès dans un accident | Varsha : «Je n’arrive pas à croire que trois membres de ma famille soient morts»
  • Bibi Nessant Madaree, victime d’un «hit and run» fatal à Phoenix | Ali : «Je lance un appel à témoin pour retrouver le motard qui a tué ma mère»
  • Bulletins retrouvés et contestations : La confusion s’intensifie
  • La somme des doutes…
  • Dr Sleep : Ewan McGregor a le «Shining»
  • Hippisme 34e journée | Opera Royal : message reçu 5 sur 5 !
  • Marjaavaan : Bad boy in love
  • Duke of York Cup | White River : l’épilogue
  • Au Casela : A l’épreuve de l’e-bike safari

Marie-France Violette : mon combat pour les jeunes porteurs d’un handicap intellectuel

C’est pour son fils Lucas qu’elle a commencé son combat.

C’est au nom de son fils Lucas, trisomique, qu’elle a commencé une bataille, il y a plusieurs années. Elle nous raconte son cheminement…

Elle l’avoue : il y a eu des moments de doute. Une période de sa vie où elle a laissé le découragement prendre le dessus, où elle s’est retrouvée submergée par les obstacles et où de nombreuses questions se bousculaient dans sa tête. Face aux épreuves, elle s’est remise en question, s’est intérrogée sur son combat, une bataille qu’elle mène depuis de longues années pour des jeunes porteurs d’un handicap intellectuel.

 

Entres problèmes financiers et autres soucis administratifs, elle a été ébranlée, secouée. Cela a été peut-être, pour elle, le seul gros nuage, «une faiblesse» qui est venu assombrir toute l’histoire de son engagement. Mais poussée par l’amour, elle s’est accrochée, a tenu bon. «Je me bats pour mon fils et pour tous les enfants qui ont la même réalité», confie Marie-France Violette, directrice du Centre de la Trinité qui existe depuis huit ans.

 

C’est au sein de son organisme, à la rue Raoul Felix, à Rose-Hill, qu’elle nous reçoit avec un grand sourire et un réel emballement pour nous raconter ce pour quoi elle se donne depuis la naissance de son cadet. «Lucas est trisomique, explique Marie-France. Quand il est né, cela a été, pour ma famille et moi, un moment difficile. On ne savait pas comment gérer. Je me suis posée mille questions : pourquoi c’est arrivé ? Quand on regarde autour de soi, il n’y a pas beaucoup de personnes qui portent un handicap et dans ces moments-là, on cherche des réponses. On n’a jamais envisagé que notre fils naisse différemment. On avait déjà un premier enfant, Laurent, j’avais un boulot, j’étais gouvernante dans le domaine de l’hôtellerie, et on avait entamé la construction de notre maison. Personne n’est préparé à vivre ce genre de choses et à s’occuper d’un enfant qui porte un handicap.»

 

Du jour au lendemain, elle a donc dû donner une nouvelle dimension à sa vie : «Très vite, l’amour a pris le dessus. Il me fallait réagir. À l’époque, il n’y avait pas d’Internet et c’est en dévorant les livres que j’en ai appris plus sur la trisomie. On se retrouve à devoir apprendre. On ne connaissait rien de ce monde et c’est un gros travail à faire.» Puis se souvient-elle,  il y a eu l’acceptation : «C’était mon enfant et il me fallait réagir et me battre pour lui.» Marie-France prend ainsi la décision d’arrêter de travailler : «C’était comme une évidence. Il me fallait tout faire pour donner le meilleur à mon enfant. Je croyais en lui. Il fallait donc que je l’aide. Je n’ai jamais fait des projets sans lui.»

 

Main dans la main, Maie-France chemine avec Lucas : «C’est à travers le mouvement Foie et Lumière que j’en ai su davantage sur les besoins des jeunes porteurs d’handicap intellectuel. Avec mon fils, on faisait tout étape par étape. Je me contentais et me réjouissais de chacun de ses progrès et je n’étais pas déçue quand il ne pouvait pas faire quelque chose. Chaque petit pas en avant me donnait du courage. Il a même pu fréquenter une école maternelle normale, ce qui me donnait du courage car il s’y était parfaitement adapté, intégré et avait trouvé sa place.» Le gros du travail était fait à la maison, poursuit Marie-France : «Je lui appris comment aller aux toilettes, comment manger seul et, petit à petit, il a commencé à se débrouiller seul.» Au fil des années, Marie-France s’est familiarisée avec le type de handicap dont souffre son fils : «Il ne faut jamais avoir des attentes sur ce qu’ils ne peuvent pas faire. Il faut les respecter avec leurs limites.»

 

Intégration sociale

 

Quand elle regarde une photo de son fils, elle ne peut s’empêcher de se rappeler toute la période qui a précédé la création de l’organisme. Celui-ci se veut être un lieu d’accueil qui permet à ses pensionnaires de développer une certaine autonomie et où chacun s’adapte et trouve sa place dans la société. «Le Centre de la Trinité a démarré en 2011 avec quelques parents. L’idée est venue quand on s’est rendu compte qu’il n’y avait pas d’issue de secours pour nos enfants après leur passage dans les écoles spécialisées au moment où ils doivent quitter ces institutions à l’âge de 20 ans. Ces enfants sont des trisomiques, des autistes et des retardés intellectuels, qui se retrouvaient sans aucun endroit pour les accueillir. Notre mission, c’est la socialisation de ces personnes quand nous oeuvrons pour leur intégration sociale.»

 

Ce type de lieu est très important, souligne la directrice et fondatrice du centre. D’une salle à l’autre, entre celle qui offre des cours d’informatique et celle qui propose des cours de cuisine/pâtisserie, sans oublier les différents ateliers de création et les sorties sociales, elle est fière de nous présenter son centre «pas comme les autres». «C’est primordial que les personnes porteuses d’un handicap intellectuel aient un endoit où s’épanouir, insiste notre interlocutrice. Elles sont comme tous les autres jeunes qui, après le collège, choisissent d’aller à l’université ou se tournent vers des centres de formation. Ici, on les encadre et on leur offre plusieurs cours qui peuvent contribuer à les rendre plus autonomes. La vie ne s’arrête pas parce que ces personnes ont un handicap. On opère comme une école et on a des ateliers qui aident les jeunes à apprendre beaucoup de choses. Aujourd’hui, ils savent aller faire du shopping, payer… Bref, ils peuvent se débrouiller en public.»

 

Actuellement, c’est avec 23 pensionnaires que Marie-France et sa petite équipe opèrent. «Le plus jeune a 15 ans et le plus âgé en a 53.» Pour elle, ils sont tous ses enfants : «Tout mon engagement découle de mon histoire. Mon fils Lucas a maintenant 26 ans. Et au fil des années, je l’ai vu grandir et évoluer. Aujourd'hui, c’est un jeune homme qui peut se débrouiller seul. Il a même un boulot depuis presque deux ans. Il sait voyagé, faire sa chambre et cuisiner. Il lui arrive de nous faire à manger et de s’assurer que tout soit prêt si on rentre tard, son père et moi, après une journée de boulot.» C’est le message que Marie-France souhaiterait faire passer aux parents qui ont des enfants porteurs d’un handicap intellectuel : «Ces jeunes sont capables de faire beaucoup de choses.»

 

Quand elle regarde son fils aujourd’hui, elle reconnaît qu’elle n’aurait jamais cru qu’il aurait pu voler de ses propres ailes : «Je ne me suis jamais dit que Lucas devait pouvoir faire ça ou autre chose. Je lui ai fait confiance et il a avancé petit à petit. Je suis fière de lui et ça me donne envie de me donner encore plus pour les autres jeunes. C’est pour cela d’ailleurs que je me bats pour le Centre de la Trinité. Tout est possible pour eux. Ce n’est pas un travail qui se fait en un jour parce que ces jeunes ont un rythme qu’on doit respecter.» Si Marie-France parle de combat, c’est parce que la gestion d’un tel centre nécéssite beaucoup de sacrifices et a un coût : «Au début, ça a été très dur. On opérait dans une maison que nous avait prêtée un parent. Après, on a bougé. Aujourd’hui, nos charges de location ont augmenté. Avec toutes nos autres charges, notre personnel qui se compose de sept personnes, cela devient très difficile. Deux de nos jeunes ont d’ailleurs été médaillés aux Jeux olympiques spéciaux 2019 à Abu Dhabi. Ce qui nous a rendu très fiers.»

 

Pour arriver à opérer, Marie-France compte beaucoup sur les bienfaiteurs : «Nous recevons de l’aide de généreux donateurs, comme le président de la République par intérim qui nous accorde son soutien précieux mensuellement. Il est venu nous visiter une fois et il a été touché par ce que nous faisons.» Un bal est aussi prévu le 31 août au Racing Club, de 18 heures à minuit : «Ce sera une levée de fonds pour nous aider dans nos différentes activités. Le ticket est à Rs 300.» Celles-ci ne pourront que l’aider à continuer son combat pour les jeunes porteurs d’un handicap intellectuel.