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Baie-du-Tombeau : le cauchemar des sinistrés

Christelle, ici avec sa grand-mère Julie, 80 ans, espère retourner chez elle avant les fêtes.

C’est toute leur vie, tous leurs souvenirs et le peu qu’ils possèdent qui sont partis en fumée, le mercredi 20 octobre, lorsqu’un incendie a ravagé 12 maisonnettes et abîmé d'autres. Si les habitants n’ont pas été blessés, les dégâts eux sont  impressionnants.

14h30. Jeudi 28 novembre. Nous arrivons à cité Longère, à Baie-du-Tombeau, que certains connaissent comme Longère Tôle. Les petites maisons en tôle et en bois, collées les unes aux autres, séparées par des petits sentiers, s’étendent sur une bonne distance. Entourées d’une terre marron prononcé et sèche, que le vent fait par moments tournoyer en des nuages de poussière. Le soleil, lorsqu'il est à son pic, fait scintiller les feuilles de tôle et nous laisse deviner la chaleur intenable qui doit régner à l’intérieur. Sous un grand arbre,  le seul à proximité des maisonnettes, quelques femmes sont installées et papotent sur des bancs de fortune pour fuir la chaleur des cases en tôle à cette heure de la journée. Non loin d’elles, des enfants gambadent et jouent, inconscients du drame qui s’est joué, il y a deux jours dans leur voisinage.

 

Margaret, habitante de la Longère Tôle, confie que depuis cet incendie dévastateur, il y a une crainte qui hante ceux qui ont été épargnés. «Nous avons peur depuis, surtout quand nous dormons. Car nous nous disons qu'en cas d’incendie, il se peut que dans notre sommeil nous ne le sachions pas. Mais aussi parce que les maisons sont collées les unes aux autres donc s’il y a le feu dans l’une, il se propagera facilement. Malheureusement nous n’avons pas d’autre choix que de patienter avant d’être relogés. Mais nous sommes quand même soulagés que tous soient sains et saufs.» Notre interlocutrice nous guide jusqu’à la rangée de maisons qui a été la proie des flammes, mercredi matin. C’est une scène de désolation qui s’offre à nous. Les tôles sont noircies, des objets brûlés tapissent le sol des maisons, les meubles et autres objets ainsi que les bois faisant office de supports de maisons, sont tous carbonisés. Nous avons l’impression de visiter une cité fantôme où le temps s’est arrêté et où les gens se sont évaporés. La fumée imprègne les alentours de ces maisons. «Des familles ont trouvé refuge dans un centre à Riche-Terre. Elles ont tout perdu et comptent sur la bienveillance de certains volontaires pour les aider», explique Margaret.

 

Appel à l'aide

 

En quinze minutes de voiture de la cité Longère, nous arrivons à la cité Roma, à Riche-Terre, où se situe le centre communautaire qui héberge les 54 sinistrés. Une atmosphère morose règne sur place. Sur l’unique lit du centre, Jenny Caderbaccus, enceinte de sept mois, est assise, le regard plongé dans le vide. «Je passe mes journées à réfléchir à comment je vais faire pour m’en sortir. Car je vais accoucher en décembre et j’ai tout perdu. J’avais déjà préparé les affaires du bébé et ce n’est pas évident pour moi de partir tout racheter. Je devais déjà gérer la recherche d’une nouvelle maison et, maintenant, à cela c’est rajouté un nouveau stress. Je lance un appel à toutes les personnes qui peuvent m’aider, que ce soit pour les affaires du bébé ou même pour trouver une maison décente où ma famille et moi pourrons vivre. Je suis rongée d’inquiétude quand je pense à cette situation», lâche-t-elle, la voix tremblante et les larmes aux yeux.

 

Ce n’est pas Christelle Collet qui dira le contraire sur l’anxiété qui les habite tous. «Nous nous demandons tous combien de temps nous resterons dans ce centre. Nous aimerions tellement passer les fêtes chez nous entourés de nos proches. Ce n’est pas évident de vivre ainsi, car nous dormons sur des nattes de yoga. Pour les  sinistrés, le centre est très retiré et il n'y a pas de transport à proximité. Je demande aux gens s’ils peuvent nous fournir des matelas pour que nous puissions au moins dormir correctement. Car j’ai même ma grand-mère de 80 ans avec nous et il y a beaucoup d’enfants aussi dans le centre», confie la jeune femme en soupirant.

 

Elle espère vivement qu’ils quitteront tous le centre avant les fêtes de fin d’année, surtout qu’elle doit célébrer la première communion de sa fille. «J’avais déjà tout acheté pour cette occasion spéciale qui est prévue pour le 1er décembre mais aujourd’hui je me retrouve sans rien. Les pompiers n’avaient plus d’eau et comme nous subissons des coupures d’eau, tous ceux du voisinage qui sont venus nous aider n’ont rien pu faire. C’est vraiment désolant et invivable une telle situation. C’est un coup dur car nous sommes tous habitués à avoir notre petit chez nous. Nous ne pouvons qu’espérer que la situation s’améliore rapidement», avance Christelle Collet.

 

Quoi qu’il en soit, les deux femmes et les autres sinistrés remercient profondément les volontaires qui leur viennent déjà en aide en leur fournissant de l’eau potable, de la nourriture et des vêtements.

 

Le ministère sur le terrain

 

Rs 8 688. C’est la somme d’allocation qui est distribuée par personne en tenant compte des besoins des sinistrés en termes de nourriture, vêtements, meubles et ustensiles de cuisine, en plus d’un resettlement allowance  de Rs 4 259 allouée, à chaque chef de famille. Du côté du ministère de l’Intégration sociale, de la Sécurité Sociale et de la Solidarité nationale, on souligne qu’au jeudi 21 octobre, 35 familles avaient déjà touché leur compensation. D’ailleurs, la ministre, Fazila Daureeawoo-Jeewa a pris plusieurs mesures pour venir en aide aux sinistrés suite à ses visites dans les trois centres de refuge. Soit l’approvisionnement en matelas, la préparation et la livraison de repas et la provision de lait, couches et biberons pour les enfants, ainsi qu'une visite médicale.

 

Élan de solidarité

 

Ils sont nombreux à venir en aide aux sinistrés de la cité Longère. Le député de l’Alliance Nationale du no 5, Ranjiv Woochit, a également rendu visite aux sinistrés afin de leur apporter de l’aide. «Ce n’est pas le politicien qui est venu mais un simple citoyen. Car c’est un devoir pour nous d’aider ceux qui sont en difficulté», nous confie-t-il. Ce dernier a fourni des vives, des ustensiles de cuisine et des bonbonnes de gaz, entre autres, aux sinistrés. Comme lui, la mosquée de Baie-du-Tombeau, Caritas et l’artiste Billy Ng s’organisent pour mettre sur pied une opération de solidarité.