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Navin Ramgoolam, les heures des… espoirs

Sa garde rapprochée s’est amenuisée au fil des heures. Mais celle-là est restée jusqu’au bout.

Une nouvelle circonscription n’y fera rien. Le leader du PTr est tombé, comme son parti, face à un électorat qui préfère voir le soleil… Récit.

Des images. Des sensations. Des émotions. Que retiendra Navin Ramgoolam de cette longue journée du 8 novembre dans la circonscription n° 10 ? Et de cette interminable nuit de défaite, rythmée d’espoir et, peut-être, d’angoisse ? Des clichés au goût amer. Des instantanés au parfum du temps qui s’enfuit, qui a emporté avec lui les effluves d’une époque qui doit lui sembler révolue. Que restera-t-il, en lui, de ces heures ? La fuite par la petite porte sous une pluie d’insultes et sous forte escorte policière. Alors qu’il est entouré de ses quelques proches qui sont restés. Il est presque minuit, la joie se mêle à la haine quand les heureux du MSM envahissent la cour de l’école Ramnarain Roy, counting center du jour, dans une vague orange, prête à tout écraser sur son passage. Ou alors n’oubliera-t-il pas le retour sous haute tension pour contester les résultats, deux heures plus tard. Et la déception ultime face au 3-0 de l’Alliance Morisien (AM).

 

Le départ encore, inondé d’injures, dans un raz-de-marée formant un rejet pour le leader du PTr et acclamant les résultats qui ont été proclamés aux alentours de 4 heures du matin. Pourtant, pour cette élection, Navin Ramgoolam avait décidé de laisser son destin électoral dans les mains des électeurs d’une nouvelle circonscription. Un nouveau départ, un nouvel espoir, une nouvelle image. Malgré tout, désormais, nombreux sont ceux qui le disent : le roi a chuté… encore une fois. Face à la candidature de ce monstre en politique, incontournable de l’échiquier depuis des décennies (il a récolté 17 536 voix) ; Vikram Hurdoyal en tête de lice avec 23 252 voix (voir hors-texte). Mais aussi les deux autres candidats de l’AM ; Zahid Nazurally (18 459 voix) et Sunil Bholah (18 174 voix). Le fossé entre cette troisième et quatrième place ressemble plus à une brèche. Et jusqu’au bout, Navin Ramgoolam a voulu la colmater.

 

Ce matin du 8 novembre, jour du dépouillement des votes, Navin Ramgoolam arrive tôt au n° 10. Néanmoins, il faut attendre 15 heures pour que le décompte commence. Assis sur une chaise, discutant avec les officiels et/ou ceux qui l’accompagnent, observant l’ouverture des urnes et le mélange des bulletins de vote dans des salles de classe surpeuplées et étouffantes, il meuble les heures. Il consulte régulièrement son téléphone – où les nouvelles ne sont pas bonnes, on l’imagine – mais ne se départit que rarement de ce sourire qui n’illumine pas ses yeux. Aux alentours de midi, l’ancien Premier ministre provoque un mini-buzz dans la cour de l’école, jusque-là assez paisible. La rumeur commence avec des «li pe ale, li pe ale» et enfle d’un «li pe konsed defet». Mais non, Navin Ramgoolam ne s’en va pas.

 

Il retrouve le confort climatisé de son SUV luxueux blanc, garé non loin de l’école. Un peu d’intimité : les vitres teintées relevées, les bruits de l’extérieur s’estompent. Alors que dans la cour de l’école, tous les regards sont braqués sur lui. Sur sa silhouette, qui apparaît frêle dans ses vêtements qui semblent trop grands au vu des tendances actuelles. Avant de s’offrir ce répit, il fait une déclaration à la presse : «Mo papa inn aprann mwa ki kan ou le fer politik, ou bizin aprann manz ros.» Navin Ramgoolam sait-il déjà que l’inévitable chute est déjà un scénario écrit ? Une trentaine de minutes plus tard, il revient dans l’enceinte de l’école, faisant taire les rumeurs d’un départ précipité, qui aurait été le signe d’une défaite dont les contours commencent, néanmoins, à se dessiner à travers l’île.

 

18 heures et toujours pas de premier résultat. Mais déjà, les premières indications, grâce aux counting agents présents dans chaque salle. Dans la cour de l’école, le nom d’Hurdoyal se fait déjà entendre et s’accompagne d’applaudissements. Navin Ramgoolam, lui, prend une chaise et s’assoit. Il vient de faire le tour des counting classes. Pour ça, il faut monter de nombreuses marches, changer de bâtiment et passer de classe en classe. Une bouteille d’eau en mains, il souffle. Et se fait vite rejoindre par ses proches – certains sont assis à même le sol, d’autres l’écoutent, recroquevillés – qui forment comme une aura protectrice autour de lui. Pour le protéger quelques instants de l’insistance des regards et des flashes. Ils l’écoutent. Lui semble expliquer en faisant bouger ses mains. Est-il question d’analyse de la défaite ou alors de ce qu’il qualifiera, plus tard, d’irrégularités dans le counting of ballots que certains de ses agents lui ont rapportés ? Très vite, ceux qui l’écoutent commenceront à faire passer le message suivant : ena manday !

 

Infatigable

 

Sur la circonscription de l’Est, la nuit est tombée soudainement. Les spots ont pris le relais et dans les classes, on continue de compter. Dans les rues, les partisans du parti du soleil commencent à se faire entendre, comme une assourdissante interruption dans la quiétude de l’établissement scolaire. Les klaxons, le dolok. Les cris, les pétards. La foule est aux portes de l’établissement. Les premiers résultats sont out. La tendance est déjà dévoilée. Au n° 10, on veut déjà célébrer les vainqueurs. Navin Ramgoolam, lui, infatigable, arpente les classes, le visage de plus en plus fermé, les traits tirés. Puis s’isole dans un recoin de l’école, avec sa garde protectrice. Il ne s’en va pas. Pour que tout se passe, assure un de ses proches : «Il veut être sûr qu’il n’y a pas plus de maldonne.» Parce qu’il a peur de se faire lyncher en sortant, confie un de ses adversaires.

 

La foule impatiente s’acharne sur le portail de métal. Dans la nuit, des feux d’artifices. Navin Ramgoolam s’éclipse quelque part dans l’école, «dans une salle de classe pour se reposer», maintient un de ses proches. Le décompte prend du temps. «Si ti enn lot kandida ki Navin Ramgoolam, pa ti pou koumsa», confie un des officiers. La tension est palpable, la fatigue aussi. Vikram Hurdoyal s’adresse à la foule et lui demande de revenir plus tard ; vers 23 heures. Les clameurs s’estompent, après de longues minutes de protestation, et les bruits des partisans ne se résument qu’à quelques klaxons heureux et pétards perdus, qui font sursauter.

 

D’ailleurs, c’est l’heure du dîner. Au menu des partisans de l'Alliance Morisien : du riz frit poulet-crevette. On discute, on se congratule et on écoute Le lion est mort ce soir. Un calme superficiel avant que les choses reprennent. Presque 22 heures et Navin Ramgoolam revient, plus esseulé, mais toujours entouré de certains de ses proches. Il ne partira pas, annonce-t-on. Et l’homme entame une nouvelle tournée des classes. Infatigable, en apparence, face à cette longue nuit sans étoiles. Il surveille. Il écoute. Il garde, peut-être, l’espoir d’obtenir cette troisième place. Malgré les voix qui se font entendre, de plus en plus fortes, réclamant son départ. Malgré cette quatrième place qui semble lui coller à la peau et que l’énergie d’y croire ne semble pas diluer. Malgré la tension qui s’est construite au fil des heures et qui, désormais, emplit l’espace ; il ne s’en va pas.

 

Quelques minutes avant minuit : c’est l’explosion de joie, ceux qui patientaient dehors entrent finalement dans l’enceinte de l’école. Navin Ramgoolam concède la défaite mais parle d’irrégularités avant de quitter l’établissement sous protection policière. Néanmoins, s’il semble avoir, à ce moment précis, concédé sa défaite, il reviendra quelques heures plus tard pour demander un recount. Mais sa démarche n’y changera rien. Avant que le jour ne se lève sur une victoire l'Alliance Morisien, il devra encore une fois s’échapper, en toute discrétion, face à la colère de ceux présents. Avec, dans la tête, des images, des émotions, des sensations…

 


 

Vikram Hurdoyal : on the top of n° 10

 

Un «zanfan landrwa». Incontournable dans tous les événements de la circonscription, «bien zenere sa garson-la», dans la cour du counting center du n° 10, chacun veut dire un morceau de Vikram Hurdoyal, celui, précise-t-on, «kinn touy lerwa lion». Élu en tête de lice, le membre de la famille MSM a botté Navin Ramgoolam hors du n° 10. Pas tout à fait un néophyte en politique – en 2014 avec «Reveille des Jeunes», il prend la septième place –, président du conseil de district de Flacq, directeur d’entreprise, il a rejoint le MSM en 2018. Son premier message post-victoire a été un de remerciement pour les habitants de la circonscription mais aussi une occasion de leur demander de participer à un effort de nettoyage concernant les banderoles et les oriflammes.

 

Leader de l’opposition : ça penche pour Arvin Boolell…

 

… Même si le scénario fait déjà grincer des dents au sein de l’Alliance PTr-PMSD. Si Navin Ramgoolam n’a rien lâché au n° 10, c’était pour prendre cette place suite à la défaite de sa formation politique. Si c’était le cas, les choses auraient été plus simples. Car il n’y a pas que le nom d’Arvin Boolell qui circule (pour ce poste et celui de leader du parti). Shakeel Mohamed est aussi dans la course. Quid de Xavier-Luc Duval ? Le partenaire d’alliance, leader de parti, acceptera-t-il de ne pas avoir son mot à dire concernant ce poste ? Affaire à suivre…