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La poursuite requiert entre 35 et 39 ans d’emprisonnement contre le meurtrier de Martine Fineau

Ses sœurs : «Sa pa vo martir ki li finn sibir»

8 février 2026

La quadragénaire a été battue à mort par son concubin en 2022.

Quatre ans après la tragédie, l’heure de vérité va bientôt sonner pour Yannick Marie. Ce mercredi 4 février, il a été reconnu coupable du meurtre sans préméditation de sa concubine Martine Fineau, 43 ans, et attend désormais de connaître sa peine. Les débats sur sa sentence ont déjà démarré. Pour la poursuite, il mériterait entre 35 et 39 ans d’emprisonnement, mais pour les sœurs de la victime, la sanction devrait être beaucoup plus sévère pour toute la douleur causée. Elles s’expriment.

Elle refusent que l’héritage laissé par leur sœur à ses quatre enfants se résume à une scène de crime. Alors, depuis le décès tragique de Martine Fineau, 43 ans, Nadine, Claudine, Jenny et Carole s’acharnent à leur rappeler la femme solaire que leur mère était : celle qui avait la joie de vivre, mettait l’ambiance et amusait la galerie à chaque fois que toute la famille se réunissait. «Sa kat lane-la ti bien dir. Sak fet ki ena, nou ankor plis santi so labsans kan nou trouve ki so bann zanfan vini me ki li li pala. Nou'nn manz nou kou. A sak fwa nou zwenn, nou evok bann souvenir, nou dir "si Martine ti la, li ti pou fer sa". Nou met so foto, nou koz lor tou bann zafer ki li ti abitie fer pou fer nou riye, nou imit so manyer danse. Nous avons fait de notre mieux pour que ses enfants puissent penser à autre chose, pour préserver leur innocence.» Malgré leurs efforts, les questions ont toujours fini par arriver sans prévenir, particulièrement de la part du plus jeune de la fratrie, qui n’était âgé que de 4 ans lorsque sa mère a été arrachée à la vie.

Pour les plus âgés, c’est beaucoup plus facile de jouer le jeu. Ils se taisent, font semblant, même si l’entourage a bel et bien conscience de la tristesse et la colère qu’ils refusent encore d’exprimer aujourd’hui. Le benjamin, en revanche, est toujours confus. À chaque fois qu’il voit la photo de sa mère, convaincu qu’elle n’a jamais eu d’autre visage que celui souriant encadré au mur, il leur sort innocemment : «Get mo mama, bann-la dir ki li ti dan trou, dan delo malang. Zot tou pe dir ki linn tom ladan linn mor, me mo mama zoli li.» Pour détourner son attention, ses tantes lui ont toujours répondu : «To mama zoli mem li. Eski to pe trouv li dan delo sal la ? Elle est avec Jésus, elle est un ange. To bizin fer bon zanfan, kot li ete li pe vey twa la.»

Les soeurs de la victime estiment que son meurtrier mériterait une sanction plus sévère.

Au fil du temps, l’image de la femme radieuse et pleine de vie que les sœurs de Martine Fineau n'ont cessé de brosser auprès de ses enfants est devenue leur propre pansement face à la triste réalité, anesthésiant leur douleur. Hélas, le procès de son meurtrier, qui a démarré cette année, a fait resurgir toute la douleur qu’elles s’étaient efforcées d'enfouir jusqu’ici, leur apportant, en outre, son lot de détails sordides dont elles n’avaient même pas connaissance.

C’est le 12 mai 2022, rappelons-le, que la mise en scène orchestrée par Yannick Marie, le concubin de la victime, âgé de 26 ans au moment des faits, a été démasquée : le corps sans vie de la quadragénaire a été découvert dans une fosse septique au domicile de celui-ci à Terrasson, Pointe-aux-Sables. La déposition consignée par ses sœurs une semaine plus tôt, s’inquiétant de ne pas avoir de ses nouvelles depuis trois mois, a été l’étincelle qui a tout embrasé. D’après les recoupements d’informations des enquêteurs, Yannick Marie avait dissimulé le corps de Martine Fineau à cet endroit après l’avoir tabassée à mort en février de la même année. Au moment de la découverte macabre, l'homme était déjà en détention depuis plusieurs jours pour une amende impayée. Soumis à un feu roulant de questions, il avait avoué le crime dans un premier temps, mais est revenu sur ses dires durant le procès, arguant avoir fait des aveux sous la contrainte ; un argument qui n’a pas convaincu le juge Iqbal Maghooa.

Homicide sans préméditation

Défendu par Mes Zakir Mohamed et Yousuf Azaree, Yannick Marie a clamé son innocence lors de l’audience visant à établir sa culpabilité dans cette affaire, ce mercredi 4 février, mais il a été reconnu coupable d’homicide sans préméditation à une majorité de sept jurés contre deux. Les débats sur sa sentence se sont poursuivis le lendemain en Cour d’assises. Ses hommes de loi ont sollicité la clémence de la cour et réclamé la peine minimale, en mettant en avant l’absence d’arme, de préméditation, et la possibilité de réhabilitation. Tandis que la poursuite, représentée par Me Nalini Senevrayar-Cundun, a réclamé une peine d’emprisonnement comprise entre 35 et 39 ans, insistant sur la gravité des faits, l’absence de remords et la nécessité d’envoyer un signal fort dans la lutte contre les violences faites aux femmes. La sentence a été mise en délibéré et sera connue à une date ultérieure. En liberté conditionnelle jusqu’ici, Yannick Marie a été incarcéré dès qu’il a été jugé coupable.

Depuis le début du procès, les sœurs de Martine Fineau n’ont jamais manqué à l’appel au tribunal ; une épreuve douloureuse mais nécessaire puisque c’est leur manière à elles de continuer de la soutenir et d’honorer sa mémoire quatre ans après l’avoir perdue si tragiquement. Pendant l’audience, elles disent avoir senti le sol se dérober sous elles. «Sa ti pe ronz nou pou kone kouma li'nn fer sa. Kan nou'nn tann dir kouma li'nn bat li ar kalot pandan 15 minit, kouma nou ser finn kriye, finn plore, li pa ti fasil. Tou sa bann detay-la finn fer nou larm koule. Nou leker finn gro, nou lestoma finn sere, nou ti pe anvi vomi.» Pour toute la souffrance causée à leur sœur et leur entourage, elles sont d’avis que l’accusé mériterait une peine plus sévère, voire la peine maximale. Le fils de Martine Fineau abonde dans le même sens : «Li merit prizon avi, li bizin res andan mem.» Les sœurs de la quadragénaire de disent «bien desu. Santans zot pe reklame pa vo martir ki Martine finn sibir. Sa boug-la enn sikopat, enn predater».

Elles soulignent que lorsque Martine Fineau a été tuée par son concubin, les deux ne se connaissaient que depuis six mois ; une période durant laquelle la quadragénaire aurait vécu les pires horreurs. «Après sa séparation difficile d'avec le père de ses enfants, elle avait sombré dans l’alcool. Puis, elle a fait une cure chez Éßtoile d’Espérance car elle voulait se remettre sur les rails. Elle avait recommencé à prendre soin d’elle. Elle avait rencontré un autre homme auprès duquel elle avait retrouvé un semblant de stabilité, mais lorsque celui-ci s’est donné la mort, elle a sombré à nouveau. Quand elle a fait la connaissance de Yannick, elle s’est installée avec lui, mais il n’a fait que la brutaliser. Il la battait lorsqu’elle ne lui ramenait pas de l’argent pour se droguer. Pour mieux la contrôler, il lui faisait croire que personne d’autre ne voudrait d’elle. Il savait que notre sœur était fragile, qu’elle le croirait, mais nous avons eu connaissance de tout ce qu’il faisait bien trop tard», relatent tristement les sœurs de la victime.

Recouverte de bleus

Pendant plusieurs mois, Martine Fineau avait cherché à cacher son martyre à sa famille. «Li ti pe dir nou li'nn kogne, li ti pe met linet pou kasiet bann ble kot so lizie, sak fwa li ti ena tout sort exkiz.» Mais les membres de son entourage n’avaient pas tardé à réaliser que quelque chose ne tournait pas rond. «Sak fwa nou ti pe sonn nou ser, Yannick ti pe dir nou ki li pala. Nou ti pe bizin invante, dir li ki ena kas pou Martine, pou ki li les li vinn kot so fami.» Tellement de fois, disent-elles, «nou finn dir Martine kit li, real res kot nou bann paran. Nou mama ti pe dir li revini, ti pe trouve ki li pa erez». Cependant, elle repoussait toujours sa date de départ, prétextant notamment avoir décroché un emploi dans sa localité. Sous emprise, elle interprétait le contrôle comme une preuve d’amour.

Ce n’est qu’en février 2022 que Martine Fineau est enfin sortie de son mutisme, n’ayant plus la force de cacher à ses sœurs le calvaire qu’elle vivait, les coups qu’elle subissait. Après que son compagnon s’était déchaîné sur elle pour la énième fois, elle avait profité de son absence pour s’enfuir et avait trouvé refuge chez sa sœur Claudine à Cassis. En la voyant arriver, recouverte de bleus, cette dernière a immédiatement informé leurs autres sœurs. «Sa boug-la ti martiriz li, tengn sigaret lor li ; so lekor ti vinn kouma enn biyo bazar. So lizie pa ti pe ouver telma li ti'nn gagn bate. Kan mo ti pe get li, mo ti pe gagn ner, mo ti pe kriy ar li, mo ti pe dir li sa boug-la pou touy li enn zour, ki enn dimounn ki kontan li pa sipoze maltret li koumsa, ki li pa sipoze fer li al rod kas ar so bann pros, ek kan li pa gagne lerla trap li bate», confie Nadine. Mais Martine avait seulement acquiescé, comme pour protéger son équilibre intérieur fragile et garder ses sœurs à distance des sujets qui fâchent. Après avoir passé trois jours chez sa sœur Claudine, elle était retournée chez son concubin le 10 février 2022. «Elle nous avait dit qu’elle reviendrait, qu’elle en avait fini avec lui, qu’elle allait récupérer sa carte d’identité et ses effets personnels. C’est la dernière fois que nous l’avons vue vivante», lâchent ses sœurs.

Leurs parents ont, eux aussi, été profondément ébranlés par cette horrible tragédie. «Nou papa ek li ti kouma kanson-simiz. Li ti deza malad, me kan nou ser finn kit nou, li'nn les li ale, li'nn aret pran so bann medsinn. Li'nn kit nou an 2024. Se so tristes ki'nn fini par touy li», lâchent-elles tristement. D’ailleurs, lorsque nous avions rencontré le père de Martine Fineau il y a quatre ans, il était incapable de masquer la colère et la douleur qui le rongeaient. Il nous avait notamment confié : «Pena nanye ki pou kapav tir sa soufrans-la. Ziska mo mor mo pou viv avek sa douler-la.» Il s’est finalement laissé consumer par son deuil, préférant rejoindre sa fille plutôt que de survivre sans elle.

Leur mère, tout aussi affligée, a fait trois infarctus jusqu’ici. Pour éviter une dégradation de son état de santé, ses filles taisent volontairement certains faits. «Nous faisons de notre mieux pour éviter de lui parler de tout ce qui se passe au tribunal pour éviter que cela ne la rende encore plus malade.» Afin que d’autres femmes ne subissent pas le même sort, les sœurs de Martine Fineau lancent un vibrant appel aux autorités : «Komie finn ena avan ek komie finn ena apre nou ser ? Il est grand temps de durcir nos lois, de cesser d’accorder la liberté conditionnelle aux bourreaux et de les punir dès le premier faux pas. Finn ariv ler pou ki bann prosedir sanze !»

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