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Sa tante lui taillade le visage au cutter - Amrita Barman, 31 ans : «Linn dir mwa “zordi mo pou touy twa”»

19 octobre 2022

La jeune femme est toujours hospitalisée.

Elle porte une première longue balafre qui débute à quelques centimètres de son oreille droite et descend jusqu’à son menton, ainsi qu'une deuxième, au-dessus de sa lèvre supérieure. Ces cicatrices, elle les portera certainement toute sa vie. Allongée sur son lit d'hôpital, quelques jours après son agression barbare, Amrita Barman souffre… Pas seulement de la douleur ressentie lorsqu'elle a été mutilée au visage et qui est toujours très présente mais aussi du fait qu'elle devra porter toute sa vie des marques qui lui rappelleront au quotidien cette journée où elle a frôlé la mort. «À chaque fois qu'elle se voit dans le miroir, lorsqu'elle enlève ses bandages, elle fond en larmes», lâche Rati, sa soeur aînée, impuissante face à sa peine.

 

Cette violente attaque remonte à l'après-midi du mardi 11 octobre. Ce jour-là, Amrita Barman, 31 ans, s'était rendue au tribunal de Bambous, dans sa localité, afin de régler une amende. L'affaire concerne une autre dispute survenue il y a quelque temps entre elle et sa tante Saroja Geerdharry qui habite dans la même cour. «Ma tante était aussi présente, étant impliquée également, mais elle ne devait pas comparaître devant la cour ce jour-là.» Après avoir quitté les lieux, la jeune femme avait prévu de rejoindre sa cousine à Port-Louis mais les événements ont pris une tournure inattendue.

 

Elle venait à peine de quitter l’enceinte du tribunal pour se diriger vers l'arrêt d'autobus lorsqu'elle s'est rendu compte qu'elle était suivie par sa tante. «J'entendais ses pas derrière moi. J’attendais qu'elle s'en aille mais elle a continué de me suivre. Je l'ai même filmée.» En arrivant à l'arrêt d'autobus, elle a aperçu sa nièce, soit la fille de la tante en question, alors que cette dernière de l'avait pas lâchée d'une semelle. Elle a sorti son cellulaire pour contacter sa cousine et lui dire qu'elle était en route, décidant de ne pas leur prêter attention, lorsque sa tante l’aurait soudainement empoignée par les cheveux. «Linn tourn mo latet ek linn dir mwa “zordi mo pou touy twa, mo pou trans to lagorz”.» Elle aurait ensuite sorti un cutter pour l'agresser.

 

À ce moment-là, la trentenaire a pris conscience qu'elle pourrait bien y laisser la vie. «Elle a dirigé son arme vers mon cou mais je me suis défendue. So tifi ti pe donn koudme pou tir mo lame. Elle m’a aussi infligée des coups à la tête et aux côtes, et j’ai perdu l'équilibre.» Étant donné qu'elle se protégeait la gorge avec les mains, sa tante lui aurait finalement mutilé le visage. «Pendant que je me débattais, elle a laissé tomber son arme. J'ai pu me relever mais ma tante m'a agrippé les mains. J'entendais ma cousine lui hurler “bat li, li pankor blese”, puis je me suis mise à saigner.» La suite des événements est floue dans sa tête. «Je ne voyais plus rien ; j'avais du sang plein les yeux, puis j'ai perdu connaissance.» Ce sont des officiers de la Special Supporting Unit (SSU), présents au tribunal, qui lui ont porté secours.

 

Elle a été conduite dans un premier temps à l'hôpital Victoria, où elle a reçu les premiers soins et a subi de délicates interventions chirurgicales, avant d'être transférée à l'hôpital Jeetoo, où elle est toujours sous observation médicale. C'est avec beaucoup de difficulté qu'elle a donné sa déposition à la police, ainsi que les noms de ceux qui l’ont agressée, soit Saroja Geerdharry, sa tante de 34 ans, et la fille de cette dernière, qui n’a que 13 ans. La première a été appréhendée par les forces de l'ordre. Une accusation provisoire d’assault with aggravating circumstances a été logée contre elle. La trentenaire reste en détention car la police a objecté à sa remise en liberté. La mineure, quant à elle, a pu rentrer chez elle après avoir donné sa version des faits à la police en présence de son père.

 

Cette dispute entre sa tante et elle, confie la victime, ne serait pas la première. En 2020, dit-elle, «li ti tir kouto ar mwa» ; une autre journée dont elle garde d'atroces souvenirs. «Li ti pe fer so bann insinifian, ti pe zour mwa, me mo pann pran li kont. J'attendais que ma fille, qui avait alors 7 ans, rentre de l'école. Lorsque son van scolaire est arrivé, je suis descendue la récupérer et elle m'a suivie avec son arme.» Dès que le véhicule a démarré, dit-elle, «linn agres mwa devan mo zanfan. Mon époux est intervenu et a été blessé au bras droit. Pendant que j'essayais d'arracher le couteau à ma tante, elle a été accidentellement blessée à la tête. Ce jour-là, elle m'a menacée. Linn dir mwa “mo aksepte pey enn kosyon sorti me mo pa pou kit twa. Mo pou touy twa”». La jeune femme ne l'avait alors pas prise au sérieux, convaincue que cette dispute familiale finirait par prendre fin.

 

Jalousie

 

L'origine de la dispute, estime Amrita Barman, serait la jalousie de sa tante. «Saroja est la troisième femme de mon oncle mais j'ai toujours eu plus d'affinités avec sa deuxième épouse. Elle me rend régulièrement visite et je lui confie aussi mon enfant à chaque fois que je dois sortir. Saroja nous a aussi vues ensemble à plusieurs reprises. Je pense qu'elle ne le supporte pas et que c'est la raison pour laquelle elle s'acharne sur moi.» Sa tante aurait, de plus, porté plainte contre elle à plusieurs reprises. «Li met fos sarz lor mwa pou fer mwa gagn problem. Elle a souvent allégué à la police que je m’étais introduite chez elle pour agresser ses enfants mais elle n'a jamais pu présenter des preuves de ce qu'elle avançait. Bann-la inn trouve ki li pe invante.» Amrita Barman ne serait pas la seule à subir ce calvaire. Saroja Geerdharry se disputerait aussi souvent avec d’autres membres de son entourage.

 

Rencontré à Bambous, l'époux de Saroja Geerdharry avance, toutefois, une autre version. «Mon épouse s'en est pris à ma nièce parce qu'elle était à bout. Amrita l'a souvent provoquée ; je pense qu'elle n'en pouvait plus. Ma nièce l'a agressée à plusieurs reprises dans le passé et a même déjà envoyé des gens pour la suivre ou la menacer.» Depuis cette énième bagarre, dit-il, le monde de sa famille a été chamboulé : «J’ai dû envoyer nos trois enfants chez ma belle-soeur à Rivière-du-Rempart. Ils sont traumatisés. Seule mon aînée sait que sa mère est actuellement en détention.»

 

Le motif de la bagarre, dit-il, est bel et bien une histoire de jalousie mais celle-ci ne viendrait pas du côté de sa famille : «Ma nièce ne supporte pas de nous voir avancer. Li pa dakor kan li trouv nou pe aranz nou lakaz.» Il allègue que la jeune femme ferait aussi de la sorcellerie pour leur faire du mal. «Azordi mo madam pala, mo pena ase larzan pou rod enn avoka pou li.» Il lance, par la même occasion, un appel à quiconque pourrait lui venir en aide pour que son épouse puisse retrouver sa famille. «Mo espere li pou la biento. Mo zanfan pe tro soufer.»

 

Si elle est toujours hospitalisée, Amrita Barman, de son côté, dit craindre des représailles à sa sortie. «Mo panse li pou refer mem zafer. Je crains pour ma sécurité et celle de ma fille.» D'autant que son époux, un ressortissant indien, n'est pas à Maurice actuellement. Son entourage, également terrorisé, confie : «Nous ne savons pas encore comment les choses se passeront lorsque sa tante sera libérée mais nous ne comptons pas laisser Amrita seule. Nous ferons en sorte qu'elle soit toujours accompagnée pour qu'une telle chose ne se reproduise pas. Nous avons vu de quoi sa tante est capable et jusqu'où elle peut aller. Nous espérons vivement que la police prendra les actions nécessaires.»

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