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Coût de la vie, sécurité, logement

Attentes pressantes pour le Budget 2026 -2027

13 juin 2026

Ashvin Gudday, Prisheela Motee et Yohann Lanfray partagent leur vision.

Un moment clé entre réponses immédiates et réformes de fond. Quatre voix en dessinent déjà les grandes priorités, entre urgence sociale, efficacité de l’action publique et protection des plus vulnérables.

Vous serez mangé.e à quelle sauce ? C’est la question que beaucoup de Mauriciens se posent à l’approche du discours budgétaire prévu ce vendredi 19 juin. Et vu la hausse du coût de la vie, la pression sur les ménages et un contexte économique mondial encore bien incertain, l’inquiétude est loin d’être exagérée. Pour beaucoup, le Budget présenté par Navin Ramgoolam est attendu comme un moment clé : entre besoin de soulagement immédiat et appel à des réformes plus profondes.

C’est aussi dans cet esprit que quatre personnes engagées dans le social et la réflexion ont accepté de partager leurs priorités. Ashvin Gudday insiste sur l’urgence sociale et la nécessité de protéger les ménages face à la perte de pouvoir d’achat. Prisheela Yusha Motee met l’accent sur des réponses plus ciblées et concrètes, du logement à la sécurité, en passant par les plus vulnérables et la production locale. Yohann Lanfray, lui, rappelle que tout ne dépend pas du court terme : les contraintes internationales sont fortes et il faut surtout améliorer l’efficacité de l’action publique. Et, l’économiste Lillka Cuttaree plaide pour un meilleur ciblage de l’aide sociale et une réflexion plus juste sur l’équilibre fiscal.

Malgré des approches différentes, un constat rassemble ces points de vue : la population attend des mesures concrètes, lisibles et efficaces.

La mesure la plus urgente à prendre

Ashvin Gudday : «La cherté de la vie demeure la principale préoccupation des Mauriciens.nes, particulièrement pour les ménages à faibles et moyens revenus confrontés à la hausse du prix du gaz ménager, de l’électricité, du carburant et des produits alimentaires. L’introduction d’un soutien au revenu pour compenser la disparition progressive de la CSG Allowance apporterait un soulagement immédiat à de nombreuses familles. Alors que les inégalités se creusent et que les tensions sociales augmentent, le Budget représente une occasion cruciale d’agir pour préserver la cohésion sociale.»

Prisheela Yusha Motee : «Revoir le seuil de pauvreté à Maurice est indispensable pour qu’il reflète réellement le coût de la vie. Aujourd’hui, de nombreuses familles en difficulté n’y sont pas éligibles et restent privées d’aides ciblées. La création de «villages sociaux» offrirait également un soutien concret aux personnes les plus vulnérables : femmes victimes de violence, personnes âgées isolées, personnes en situation de handicap et familles précaires. Une telle mesure contribuerait à réduire durablement les conséquences sociales et humaines de la pauvreté..»

Yohann Lanfray : «Attendre un soulagement immédiat et généralisé du coût de la vie n’est pas réaliste dans le contexte actuel de chocs économiques mondiaux. La hausse des prix est surtout liée à des facteurs externes qui pèsent sur l’importation et l’énergie. Un soulagement concret viendra plutôt d’une meilleure gestion des dépenses publiques et d’un service public plus efficace et rapide. Améliorer la coordination et la responsabilité dans l’administration permettrait de réduire les gaspillages et d’offrir aux citoyens un service plus fiable au quotidien.»

Pour les plus vulnérables…

Ashvin Gudday : «Les travailleurs à faibles revenus, les personnes âgées, les personnes en situation de handicap et les veuves figurent parmi les groupes les plus vulnérables face à la cherté de la vie. Beaucoup attendent encore la concrétisation de promesses telles que l’accès à des médicaments gratuits, la revalorisation de la Carer’s Allowance ou des pensions plus adaptées. Le Budget devrait proposer des mesures ciblées pour soutenir ces catégories, tout en apportant également un soulagement à la classe moyenne, de plus en plus fragilisée par l’érosion du pouvoir d’achat.»

Prisheela Yusha Motee : «Les familles à faibles revenus, les personnes âgées isolées, les femmes chefs de famille, les personnes en situation de handicap et les jeunes précaires demeurent les plus exposés.es aux difficultés économiques. Cependant, la qualité de vie dépend aussi du sentiment de sécurité. Le Budget devrait donc renforcer les capacités de la police à travers l’utilisation de body cams, une formation spécialisée, des recrutements ciblés et une meilleure organisation des services. Des mesures adaptées pour les récidivistes contribueraient également à renforcer la stabilité sociale et le développement du pays.»

Yohann Lanfray : «Les personnes en situation de pauvreté sont celles qui sont les plus vulnérables face à la hausse du coût de la vie. Les soutenir efficacement passe par les aider sur leur plus grand besoin, et c’est leur logement, selon moi. En dehors des aides directes, il y a beaucoup d’autres mesures qui peuvent être mises en place pour promouvoir l’accessibilité d’un logement de bonne qualité à la classe moyenne et celles en dessous.»

S’il ne restait qu’une recommandation…

Ashvin Gudday : «Si j’ai l’opportunité de faire une seule recommandation phare pour ce Budget, je dirais au Premier ministre, qui incarne également le rôle de grand argentier, de rétablir l’éligibilité de l’âge de la pension de vieillesse à 60 ans. Cette mesure fait toujours gronder les Mauriciens, car elle a été une douche froide pour les citoyens. De nombreuses personnes doivent aujourd’hui mettre les bouchées doubles pour surmonter cette étape. Des travailleurs.ses de secteurs pénibles n’ont plus droit à une retraite paisible, ce qui est dramatique. L’impact est important sur la société, d’autant que les citoyens continuent à se sentir sous pression.»

Prisheela Yusha Motee : «Renforcer massivement le soutien à la production locale. Maurice demeure fortement dépendante des importations pour de nombreux produits de consommation courante, ce qui expose les consommateurs.trices aux fluctuations des prix internationaux. Le gouvernement pourrait mettre en place des incitations fiscales, des facilités de financement et des programmes d’accompagnement pour les producteurs locaux dans les secteurs de l’agriculture, de l’agroalimentaire et de la petite industrie. Une augmentation de la production locale contribuerait à stabiliser les prix, créer davantage d’emplois et renforcer la sécurité alimentaire du pays. À long terme, cette stratégie permettrait de réduire la dépendance aux importations tout en augmentant le pouvoir d’achat des ménages mauriciens.»

Yohann Lanfray : «Ma recommandation : ne pas se laisser guider par des motivations politiques, mais par la souffrance grandissante des Mauriciens et le besoin urgent d’améliorer la structure du gouvernement censé les soutenir. L’impact concret serait une meilleure crédibilité du gouvernement vis-à-vis de la population, contribuant ainsi à restaurer un climat de confiance.»

EN BONUS : une réforme structurelle essentielle ?

Ashvin Gudday : «Des réformes structurelles doivent remettre l’économie au service du social en renforçant le filet de sécurité et la justice sociale. Une redistribution plus équitable via une taxe sur la richesse et une meilleure fiscalité des entreprises est nécessaire. Il faut soutenir le Made in Moris, l’autosuffisance alimentaire et énergétique, réduire la dépendance aux importations et stabiliser la vie des ménages.»

Prisheela Yusha Motee : «Ce serait d’investir davantage dans le développement du capital humain à travers l’éducation, la formation professionnelle et l’adéquation entre les compétences et les besoins du marché du travail. Maurice doit préparer sa population aux emplois de demain dans les secteurs à forte valeur ajoutée tels que l’économie numérique, l’intelligence artificielle, les services financiers spécialisés et l’économie verte.»

Yohann Lanfray : «Notre pouvoir d’achat et notre qualité de vie dépendent avant tout de notre capacité à créer de la richesse. J’entends ici par richesse non seulement les ressources matérielles, mais aussi la prospérité issue du développement du capital humain. Dans cette perspective, une réforme se distingue par son impact direct et durable : l’éducation. Or, au regard des nombreux rapports consacrés à notre système éducatif, ainsi que de mes propres observations personnelles et professionnelles, il apparaît évident qu’une réforme en profondeur de l’éducation aurait dû être engagée depuis longtemps.»

Who are they?

Ashvin Gudday est un militant politique et syndical. Observateur des réalités de l’île et des mouvances politiques, son engagement auprès des travailleurs est constant.

Prisheela Yusha Motee est une militante engagée de l’association Raise Brave Girls, qu’elle a fondée, œuvrant pour l’autonomisation et la protection des filles et des femmes.

Yohann Lanfray est Chartered Financial Analyst (CFA) et ancien analyste à la Banque centrale. Il est aujourd’hui coach en finances personnelles.

**Trois questions à...

Lillka Cuttaree, économiste : «Que l’effort fiscal soit réparti de manière plus équitable»

Un regard sur les possibilités du gouvernement ?

À quelques jours du Budget 2026-2027, il faut reconnaître que la marge de manœuvre du gouvernement sera limitée dans un contexte où la dette publique frôle 90 % du PIB. Cette réalité impose des choix difficiles, mais aussi une réflexion de fond sur notre modèle de développement, notre système fiscal et nos priorités nationales.

Quelle est, selon vous, la mesure la plus urgente à prendre ?

La mesure la plus urgente reste un soutien ciblé aux ménages les plus vulnérables. Pour de nombreuses familles, la hausse du coût de la vie se traduit par des arbitrages difficiles entre alimentation, transport, santé et éducation. Les familles monoparentales, les personnes âgées disposant de faibles revenus et les jeunes en situation de précarité sont aujourd’hui les plus exposés. Dans un contexte budgétaire contraint, il est préférable de concentrer les ressources sur ceux qui en ont réellement besoin plutôt que de multiplier les mesures générales. Si je devais soumettre une seule recommandation au ministre des Finances, ce serait d’engager une réflexion courageuse sur notre politique fiscale. Une part importante des recettes de l’État provient aujourd’hui de la TVA. Bien qu’efficace pour générer des revenus, il s’agit d’une taxe indirecte qui pèse proportionnellement davantage sur les ménages à faibles revenus. La question est donc de réexaminer l’équilibre global du système afin que l’effort fiscal soit réparti de manière plus équitable tout en préservant la compétitivité du pays.

Pour que cela soit possible, comment faire ?

Le véritable débat est celui de la création de valeur. Dans un contexte de contraintes budgétaires et de faible croissance, la question n’est pas seulement de redistribuer les ressources existantes, mais de générer davantage de richesse collective. Cela implique d’investir en priorité dans l’éducation, la santé, les compétences, l’innovation et l’entrepreneuriat.

Cette stratégie passe aussi par une diplomatie économique renforcée, un rôle plus affirmé de hub régional et une meilleure connectivité. L’éducation et la santé doivent être considérées non comme des dépenses, mais comme des investissements essentiels à la création de valeurs économiques et sociales à long terme.

Le secteur privé sera sans doute davantage sollicité, via la fiscalité ou des partenariats public-privé. Cette contribution doit s’inscrire dans une logique de valeur partagée, où l’État agit comme facilitateur du développement plutôt que simple redistributeur.

Enfin, Maurice doit repenser le soutien aux PME et à l’exportation. Au-delà des aides financières, il est essentiel d’accompagner les entreprises dans l’amélioration de leur productivité, de leur gouvernance et de leur capacité d’innovation, avec des institutions publiques capables de mobiliser les expertises nécessaires.

Parallèlement, renforcer la production locale permettrait de réduire la dépendance aux importations et d’accroître la résilience économique. Dans un contexte mondial incertain, c’est la meilleure garantie du pouvoir.

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