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Deux jeunes policières aident une femme à accoucher en catastrophe

«Cet événement restera à jamais gravé en nous…»

13 mai 2026

Retour sur cette extraordinaire histoire où deux jeunes policières du poste d’Abercrombie ont aidé une femme enceinte à accoucher en urgence dans un véhicule de police alors qu’elle était en route vers l’hôpital Jeetoo.

Il y a quelques jours encore, elles étaient inconnues du grand public. Mais un heureux événement les a propulsées sous le feu des projecteurs cette semaine. Dans la rue maintenant, les gens les reconnaissent, les félicitent, leurs familles et collègues sont fiers d'elles. Pour tous, elles sont maintenant des «héroïnes». Elles ont même été récompensées d’un Certificate of Commendation venant du commissaire de police. Elles, ce sont deux jeunes policières du poste d'Abercrombie : les Women Police Constables (WPC) Gaurisha Bulluck-Kistoo, 23 ans, et Keshnee Gayadin, 24 ans.

Elles nous racontent comment leur vie a changé du jour au lendemain. Leur exploit : avoir aidé une femme à mettre au monde son bébé dans des circonstances inhabituelles. «Nous ne nous considérons pas comme des héroïnes. Nous avons fait notre travail du mieux que nous pouvions dans des circonstances spéciales. Il est vrai que cet événement a changé nos vies et restera à jamais gravé en nous, mais nous restons les mêmes, des personnes simples et dévouées à notre mission de policières», nous confie Gaurisha Bulluck-Kistoo.

Elles sont en tout cas très fières et heureuses d’avoir pu aider à mettre un petit garçon au monde et remercient «Dieu d’avoir sauvé la vie de la mère et de l’enfant» ainsi que la population pour les mots gentils à leur égard et les messages de soutien. Mais au-delà de tout ça, le plus important pour elles, c’est que le bébé et sa maman aillent bien. Ce qui est le cas puisqu’ils ont pu quitter l’hôpital dès le lendemain (voir en hors-texte).

Cette merveilleuse aventure commence dans la matinée du mardi 5 mai 2026, vers 10 heures. Gaurisha Bulluck-Kistoo et Keshnee Gayadin sont alors au comptoir du poste. «Je faisais du counter service avec une collègue lorsqu’une dame a débarqué en courant pour nous dire qu’une femme allait accoucher dans un autobus qui venait de Port-Louis et allait vers Bois-Marchand. Le conducteur s’était arrêté en urgence à un arrêt d’autobus à Route Nicolay», raconte Gaurisha Bulluck-Kistoo.

Sans perdre une seconde, les deux policières saisissent des gants et se précipitent sur les lieux. «Nou finn galoupe nou’nn ale san atann van lapolis», poursuit la constable. À leur arrivée sur les lieux, la situation est déjà compliquée. La future maman, âgée de 25 ans et enceinte de neuf mois, est en plein travail. «Madam-la so pos do ti fini kase kan nou’nn rant dan bis-la. Li ti lamwatie touni. Li ti fini koumanse segne. Non finn bizin azir vit. Nou'nn koumans par rod led ek bann piblik pou kouver madam-la ki ti tousel dan sa moman-la.»

Ancune ambulance

Face à l’urgence, les deux jeunes policières prennent rapidement le contrôle de la situation. Les passagers masculins sont priés de descendre du bus afin de préserver l’intimité de la future maman. «On a fait descendre les hommes. Il ne restait que les dames. On était à huit. Le receveur et le chauffeur sont également descendus à notre demande.»

Mais un autre problème surgit : aucune ambulance du SAMU n’est disponible dans les environs. Malgré la panique qui commence à la gagner, Gaurisha Bulluck-Kistoo garde son sang-froid. «J’ai commencé à paniquer avant de me ressaisir. J’ai ensuite appelé le SAMU. L’opérateur m’a dit qu’il n’y avait aucune ambulance dans les environs avant de me passer un médecin du service pour m’expliquer la marche à suivre.»

Sa collègue et elle improvisent alors une civière avec un drap avant de transporter la jeune femme vers un véhicule de la District Supporting Unit (DSU), arrivé très vite sur place. À bord du 4x4 conduit par le constable Mungur, accompagné du PC Ramnarain, la course vers l’hôpital Jeetoo débute, sirène hurlante.

À l’arrière du véhicule, Gaurisha Bulluck-Kistoo tente de rassurer la future maman tout en restant en contact avec le médecin du SAMU au téléphone. «Je me tenais sur la banquette à l’arrière avec la dame dans le véhicule. On avait mis la sirène. On ralentissait uniquement sur les ralentisseurs. Je ne sais pas à quel moment précis j’ai entendu un bruit assez particulier puis j’ai entendu le nouveau-né pleurer», raconte-t-elle avec émotion.

Le bébé vient de naître dans le véhicule de police, à proximité de la région de Fanfaron. «Je parlais constamment avec sa mère. Je lui disais de reprendre son souffle et qu’on allait arriver à l’hôpital très vite», ajoute la jeune femme, qui avoue avoir craqué émotionnellement quelques secondes avant leur arrivée à l’hôpital Jeetoo. «Je tenais la tête de la mère dans une main et le nouveau-né dans l’autre. Je parlais constamment à la dame pour l’aider à garder le moral. Elle hurlait à cause de la douleur», confie-t-elle. À leur arrivée à l’établissement hospitalier, le personnel médical prend immédiatement le relais. Le cordon ombilical est coupé dans le véhicule de police avant que la mère ne soit transportée au Labour Ward. «C’est là que j’ai vu que le bébé était un garçon. Il y avait du sang partout dans notre véhicule», raconte la policière.

«Servir le pays»

Originaire de Fond-du-Sac et affectée au poste de police d’Abercrombie depuis juin 2025, Gaurisha Bulluck-Kistoo avait effectué ses débuts en tant que policière à Line Barracks après sa formation à la Police Training School. «J’ai toujours voulu servir le pays. Je voulais initialement travailler avec les enfants mais lorsque j’ai eu l’occasion d’intégrer la force policière, je l’ai fait. Je ne regrette pas mon choix aujourd’hui, surtout après avoir aidé cette dame à mettre au monde son bébé dans des circonstances inhabituelles», précise la jeune femme.

Elle confie qu’elle a déjà vu des scènes identiques à plusieurs reprises dans des films sans penser qu’un jour elle allait faire face à une situation pareille alors même qu’elle vient de débuter sa carrière au sein de la force policière. Cette benjamine d’une famille de trois filles, ancienne élève du collège Modern à Centre-de-Flacq, affirme que cette intervention restera à jamais gravée dans sa mémoire. «Li ti enn moman vreman extraordiner. Pa pou kapav explike sa. Mo fier monn resi donn enn asistans koumsa. Bann kour first aid Police Training School inn bien servi mwa. Mama-la ek so tibaba sain et sauf. Monn ousi priye boukou pandan nou traze ver lopital», explique-t-elle avec émotion.

Sa collègue, la WPC Keshnee Gayadin, 24 ans, qui appartient au même batch qu’elle, partage un sentiment semblable après cette expérience hors du commun. «Ma collègue et moi avons eu les bons réflexes», souligne simplement cette habitante de Cottage. Elle ajoute avec bonheur : «Mo fami ti mari kontan pou mwa kan mo ti desid pou rant lapolis. Zordi mo fier mo mem apre seki nou finn resi fer.»

Un sergent du poste de police d’Abercrombie avance que c’est la troisième fois que des policiers de cette région effectuent une intervention identique à celle faite par le binôme Gaurisha Bulluck-Kistoo et Keshnee Gayadin.

La mère et son bébé, admis au Ward 2.6 de l’hôpital Jeetoo après l’accouchement après un passage au Labour Ward, se portent bien. L’intervention des deux policières y est certainement pour quelque chose. Une histoire humaine forte, marquée par le courage, le sang-froid et le dévouement de deux jeunes policières confrontées à une situation exceptionnelle.

Mère et fils ont déjà quitté l’hôpital

La jeune maman de 25 ans et son bébé, un petit garçon, se portent bien et ont été autorisée à rentrer chez eux dès le lendemain de l’accouchement, soit le 6 mai, après la visite de leur médecin respectif. L’habitante de Ste-Croix qui s’est montrée quelque peu agressive vis-à-vis de la presse n’a pas souhaité faire de commentaire sur les circonstances entourant son accouchement.

Récompensées par le Commissaire de police

Le CP Rampersad Soorojebally a reçu les deux constables à son bureau au lendemain de leur exploit.

Le commissaire de police Rampersad Soorojebally a tenu à rencontrer les Women Police Constables Bulluck-Kistoo et Gayadin à son bureau, le mercredi 6 mai, à la suite de leur intervention lors de l’accouchement d’urgence survenu la veille. À cette occasion, les deux policières ont reçu des Certificates of Commendation en reconnaissance de leur et de leur professionnalisme. Le commissaire de police a salué leur réaction exemplaire, leur sang-froid, leur rapidité d’action ainsi que leur dévouement dans l’exercice de leurs fonctions. Leur intervention a permis de porter assistance dans une situation d’urgence nécessitant une prise en charge immédiate. Ce qui renforce ainsi, dit-il, le sentiment de sécurité au sein de la population.

La constable Gaurisha Bulluck-Kistoo est heureuse d'avoir vécu cette belle aventure.

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