Une nomination hautement symbolique
Devenir un jour la première femme DPM de Maurice. La ministre confie n’y avoir jamais vraiment pensé. Et pourtant, c’est désormais la responsabilité qu’elle assume. Au moment de la confirmation, pas d’explosion de joie, mais un silence. Quelques minutes suspendues pour mesurer la portée d’un tel événement. «C'est un moment que je n'aurais jamais osé formuler comme une ambition personnelle. On ne se lève pas un matin en se disant : je vais devenir la première femme DPM de Maurice. Je suis une patriote. C'est le résultat d'un engagement, d'un travail, d'une fidélité à des valeurs.»
Lorsque son parti l’a proposée pour être No 2 du gouvernement, c’est par devoir qu’elle a accepté, devenant ainsi la première à briser ce plafond de verre. «J’ai d’abord ressenti le poids de ce que ça représente pour toutes les femmes de ce pays. Pour toutes celles qui ont douté qu'un jour, une femme puisse occuper ce fauteuil. Ce moment leur appartient autant qu'à moi.»
Sa famille, une force intime
Son émotion était palpable lorsqu’elle a évoqué son père, sa mère, son époux et son mentor quelques minutes seulement après avoir prêté serment. Une émotion pure et difficilement dissimulable. Au-delà de toute réjouissance, c’est surtout le visage de son père qui s’est imposé à elle, comme une évidence. Celui qui a laissé sur sa vie une empreinte indélébile, et dont la présence, malgré son absence, continue de l’accompagner. «Mon père était "boy" aux Chagos. Un homme qui n'a jamais mis les pieds dans une salle de classe et pourtant, celui qui a le plus cru en l'éducation. C'est lui qui m'a poussée et qui a refusé que je m'arrête en chemin. Un homme sans diplôme qui a tout misé sur l'instruction de sa fille.» Il y a aussi sa mère, installée en Angleterre, dont l’amour et le soutien lui procurent encore aujourd’hui une force incroyable. Ses parents, confie la ministre, lui ont laissé un héritage précieux. «Mon père m'a transmis la rigueur et l'exigence, cette conviction que le travail bien fait est la seule chose qui ne ment pas. Ma mère m'a appris la résilience silencieuse, cette capacité à tenir debout quand tout vacille, sans en faire un spectacle.»
Et puis, il y a Yvon, son époux, son compagnon de toujours qui a été là avant même que tout commence pour elle en politique et qui l’a accompagnée à chaque étape de sa carrière. «Il est mon roc. Peu de gens savent que c'est à lui qu'on avait promis le premier ticket en 1982. Et il me l'a offert. Il a cru en moi avant même que j'y croie pleinement moi-même. Mercredi, quand je l'ai regardé dans la salle, j'ai su que ce moment était aussi le sien.» Si on dit toujours que derrière le succès d’un homme se cache une femme, pour Arianne Navarre-Marie, c’est son époux qui a été cette présence dans l’ombre, ce soutien fidèle.
Sa force, elle la puise aussi dans l’amour de ses deux enfants qui lui accordent un soutien parfois silencieux mais toujours constant. Pour Arianne Navarre-Marie, rien n’aurait été possible sans cette force précieuse. Et puis, il y a celui avec qui elle a cheminé pendant 40 ans, son mentor, Paul Bérenger, à qui elle a fait un clin d’œil depuis le Réduit. «Il m'a appris quelque chose d'essentiel : que l'engagement politique n'a de sens que lorsqu'il est au service de quelque chose qui dépasse votre propre intérêt. Et pour moi, ce sont les gens, la population et le pays avant toute autre considération.» D’une manière ou d’une autre, tous ont façonné, affirme-t-elle, son parcours et sont devenus sa boussole au fil des années.
Des premiers jours intenses
Depuis la prestation de serment ce mercredi à la State House, les journées de la nouvelle DPM Arianne Navarre-Marie, s’enchaînent à un rythme effréné. Entre ses nouvelles responsabilités et la gestion de son ministère, ces premiers jours étaient particulièrement intenses. «Ma première sortie a été le lancement de Mentors in Making, une initiative de mon ministère, visant à développer chez des jeunes étudiants des repères solides. C’est tellement symbolique pour moi, l’égalité des genres», confie celle qui s’installera dans ses nouveaux bureaux ce lundi.
Elle a ensuite enchaîné avec les NWEC Awards des femmes entrepreneures, un dialogue annuel sur le genre, puis, samedi matin, elle a assisté à l'événement «She Creates», une remise de subventions aux associations féminines. Plus qu’une obligation, c’était pour elle un choix réfléchi. «Je voulais que mes premiers jours en tant que DPM soient ancrés dans ce qui me définit profondément le travail concret et le terrain. Les dossiers sur mon bureau peuvent attendre une heure. Mais les femmes qui créent, qui entreprennent, qui se battent chaque jour, il faut les voir et les écouter.»
Elle a aussi participé, vendredi, à son premier Conseil des ministres en tant que DPM. Rien de différent en somme, souligne-t-elle, si ce n’est le regard des autres qui ne la perçoivent plus vraiment de la même manière. «L’ambiance était studieuse et constructive, business as usual. Le poste est désormais pleinement assumé et le travail du gouvernement se poursuit dans la continuité. Mes collègues et moi avons des responsabilités, des dossiers à faire avancer et des décisions à prendre. Le pays a besoin que nous nous retroussions les manches et soyons pleinement opérationnels. C’est dans cet esprit que j’aborde cette fonction.»
Arianne Navarre-Marie assure rester fidèle à elle-même avec la même simplicité, les mêmes convictions et la même rigueur. Face aux nouvelles attentes qu’impose ce nouveau titre, elle reste déterminée : «Je n'ai pas appris à gouverner dans les salons. J'ai appris sur le terrain, au contact des réalités de ce pays.»
Un espoir pour les femmes
Être la première femme DPM de Maurice, ce n’est pas anodin. Le symbole derrière cette nomination est fort tout en étant porteur d’espoir pour les jeunes et les femmes qui aspirent à franchir elles aussi ces marches. «Je veux laisser la preuve que la compétence, l’engagement, le service à la nation n'ont pas de genre. Je veux que lorsqu’une petite fille mauricienne lève les yeux vers les institutions de son pays, elle ne se pose plus la question de savoir si c'est possible pour elle.»
C’est une ambition qui l’habite, dit-elle, profondément. Aujourd’hui plus que jamais, avec cette nouvelle casquette, elle entend représenter dignement les femmes dans toute leur diversité. «Celles qui entreprennent avec peu, celles qui subissent des violences, celles qui ont du talent et attendent une opportunité. Mon ministère agit déjà, mais en tant que DPM, je veux peser dans les décisions pour que l’égalité des genres et l’aide aux familles ne soient plus des enjeux sectoriels.»
Ses racines, ses valeurs
Ne pas oublier d’où l’on vient pour savoir où l’on va. Ses racines chagossiennes, ses origines modestes dans les Dockers Flat de Port-Louis, ses débuts dans la politique à seulement 21 ans. Bien plus que des souvenirs, ils restent pour elle un véritable socle. Lorsqu’elle regarde en arrière, comme on le fait souvent lorsqu’on vit un moment important, Arianne Navarre-Marie ne peut s’empêcher de mesurer le chemin parcouru. «Je me souviens des premières réunions, des premières prises de parole publique, des premiers combats, surtout à 15 ans l’encadrement éducatif des enfants dans mon Dockers Flat. Rien n'était acquis. Et cette conscience-là, je la garde précieusement. Elle m'empêche de m'installer dans le confort.»
Si elle a grandi dans un environnement où le pouvoir ne lui était pas familier, elle a su tracer sa route jusqu’à occuper l’une des plus hautes fonctions de l’état. «À chaque enfant de ce pays qui pense que certaines portes ne sont pas pour lui, je dis qu’elles le sont. Le chemin peut être long, exigeant, parfois ingrat. Mais il existe. Mercredi, j’ai peut-être contribué à le rendre un peu plus visible pour celles et ceux qui le cherchent encore.»
**Premier ministre par intérim : un premier défi **
Elle démarre sur les chapeaux de roues. Dès ce dimanche soir, elle assurera l’intérim à la tête du pays en l’absence du Premier ministre qui s’envole pour le Kenya où se tiendra le sommet «Africa Forward» les 11 et 12 mai. Malgré la lourde responsabilité qu’incombe cette fonction, elle reste déterminée et entend mener celle-ci avec sérieux et sérénité, confie-t-elle. Son motto ? Pas de bruit, mais du travail. «C'est une responsabilité considérable. Je vais répondre pour la première fois aux PMQT’s. Je ne l'aborde avec appréhension, mais avec conviction. J’aurai le soutien de l’équipe gouvernementale. Mon rôle sera d'assurer la continuité, la stabilité, la sérénité dans la gestion des affaires de l'État.»