L’affaire impliquant deux anciennes employées du cabinet ENS Africa prend une nouvelle tournure. Ce vendredi 8 mai, le cabinet d’avocats ENS Africa a été reconnu coupable de discrimination religieuse par l’Equal Opportunities Commission (EOC) concernant une décision liée au port du hijab sur le lieu de travail. Les plaignantes, Nadrah Bintee Diouman-Ameer et Mushiirah Hanna Humeirah Aubdoolah, dénonçaient leur licenciement en juin 2025, qu’elles estiment directement lié au fait qu’elles aient choisi de porter le voile. Elles comptaient respectivement huit et sept années de service au sein du cabinet au moment de leur licenciement.
Les deux femmes avaient alors saisi l’EOC, accusant les responsables d'ENS Africa de les avoir sanctionnées pour non-respect d’une prétendue politique de «laïcité» et d’un code vestimentaire interne. Or, selon le rapport de l’EOC, aucune preuve solide n’a permis d’établir l’existence claire, formelle et appliquée de cette politique. De plus, les deux salariées ne disposaient pas de contrats de travail dûment établis, un élément qui a pesé dans l’examen du dossier.
Le rapport souligne, par ailleurs, qu’un simple uniforme ne peut être interprété comme une acceptation implicite de règles restrictives en matière d’expression religieuse. Il rappelle enfin un principe fondamental : aucun règlement interne ne peut primer sur la Constitution. En outre, l’Equal Opportunity Commission conclut qu’il n’existait, aucune politique applicable leur interdisant de porter leur voile sur leur lieu de travail. La commission estime que les éléments présentés suggèrent que les plaignants ont probablement subi une discrimination indirecte et invite les parties concernées à trouver une entente dans le règlement de cette affaire.
Nous n’avons pu avoir une réaction de la firme TNS Africa mais les plaignantes, quant à elles, ainsi que leur avocat, expriment leur soulagement et leur joie.
Réactions…
Me Imtihaz Mamojee, Senior Counsel : «Elles ont fait preuve d’une détermination remarquable»
«Ces deux femmes ont fait preuve d’une force de caractère et d’une détermination remarquable face à ce qu’elles estiment être de l’arbitraire et une forme de stigmatisation liée au port du hijab. Il est important de rappeler que le hijab, en soi, n’est pas un signe ostentatoire, mais plutôt un symbole de modestie. L’article 11 de la Constitution protège spécifiquement la liberté de religion et de croyance. Maurice n’est pas un État “laïque” au sens strict du modèle français, que certains esprits bornés et rétrogrades veulent importer sous nos cieux. (...) J’espère que les employeurs du pays prendront bonne note de ce rapport.»
Mushiirah Hanna Humeirah Aubdoolah : «Une situation extrêmement difficile…»
«Cette situation a été extrêmement difficile et stressante pour moi. Depuis mon licenciement, je me suis retrouvée sans emploi, avec toutes les dépenses du quotidien à gérer. J’ai dû compter sur le soutien de mon époux. Cela a véritablement bouleversé ma vie. J’ai pris mon mal en patience pendant tous ces mois et, ce vendredi, le verdict de l’Equal Opportunities Commission m’a apporté un certain soulagement. Nous vivons dans une île multiculturelle où plusieurs communautés cohabitent. Il est important de respecter les croyances et les choix de chacun. J’ai travaillé chez ENS Africa pendant plusieurs années sans jamais rencontrer de problème jusqu’à ce jour où je me suis retrouvée licenciée à cause de mon hijab. Malgré tout, si la compagnie décide de me rappeler, je suis prête à continuer à y travailler.»
Nadrah Bintee Diouman-Ameer : «Un grand soulagement…»
«Je remercie la présidente pour ce jugement juste. Je ressens un grand soulagement de voir que justice a été rendue, sachant que nous avons été victimes de discrimination de la part de personnes dont je n’aurais jamais imaginé qu’elles puissent agir de manière raciste. Je remercie mon Créateur et je suis également heureuse pour toutes les religions. Ce n’est pas seulement une victoire, mais un véritable triomphe. Je me sens heureuse, soulagée et reconnaissante envers mes avocats, le tribunal et toutes les personnes qui m’ont soutenue dans cette quête de justice.»