Dans le contexte mauricien, la représentation des femmes dans les sphères décisionnelles demeure encore limitée, bien qu’elles représentent plus de la moitié de la population. La nomination d’Arianne Navarre-Marie comme nouvelle Deputy Prime Minister (DPM) peut donc être perçue comme une avancée symbolique et positive, tout en démontrant que les femmes ont bel et bien le potentiel requis pour diriger un pays. Elle nous rappelle aussi le long chemin qu’il nous reste à faire afin d'obtenir une participation plus équilibrée et durable des femmes dans la gouvernance et la vie politique.
Laura Jaymangal est claire dans ses propos. Si elle se rejouit de la nomination d'une femme au poste de no 2 du pays, elle espère toutefois que ça ne s'arrêtera pas là. «Une meilleure représentation des femmes ne peut pas reposer uniquement sur quelques nominations symboliques au sommet de l’État. Elle doit aussi se construire à travers un engagement plus fort des partis politiques à promouvoir davantage de femmes candidates et à leur permettre d’accéder durablement aux espaces de décision.»
Et elle tient à rappeler fortement que la liberté d’expression est un droit fondamental dans une démocratie mais que les attaques basées sur le genre ne devraient pas y avoir leur place : «Une femme en politique devrait pouvoir être critiquée sur ses idées, ses décisions ou son bilan comme n’importe quel politicien, mais pas être réduite à des stéréotypes sexistes.»

Car comme le souligne Prisheela Yusha Mottee, les compétences d’Arianne Navarre-Marie doivent maintenant primer pour pouvoir répondre aux vives attentes de la population. «Ce sont surtout ses qualités en tant que dirigeante et sa sensibilité durant les prises de décision qui pourraient la faire se démarquer. Nous devons avoir une bonne représentation des femmes dans la politique, en respectant la méritocratie et en évitant de le faire d'une manière inorganique juste pour remplir un quota basé sur le genre. De ce fait, nous nous attendons à ce qu'elle fasse honneur à son nouveau poste.»
La CEO de Transparency Mauritius note, pour sa part, que le travail de la nouvelle DPM nécessitera une approche diplomatique pour apporter de l’équilibre au sein du gouvernement : «Il existe aujourd’hui un besoin essentiel de stabilité politique, autant pour la population que pour l’exécutif lui-même qui doit pouvoir avancer sur ses objectifs et restaurer la confiance du collectif. Ce poste joue donc un rôle crucial dans cette dynamique, que ce soit en termes de cohésion, de dialogue politique ou de capacité à porter certains dossiers avec crédibilité et constance.»
Nos deux responsables d’ONG partagent un avis similaire s'agissant de la consultation. Le fait qu’une voix féminine occupe désormais ce poste pourrait permettre, selon elles, une marge de manœuvre sur plusieurs dossiers. Notamment sur les projets de lois visant à contrer les inégalités des genres et les problèmes sociaux qui nécessitent divers points de vue démographiques afin d’être mieux adaptés aux besoins de la population. Ce qui dépendra de la volonté collective du gouvernement et du degré de liberté qui sera accordé à la nouvelle DPM dans ses fonctions.
Pour finir, la présidente de Raise Brave Girls lance un vibrant appel : «À toutes les jeunes filles : vos rêves sont légitimes, vos ambitions sont possibles. Briser le plafond de verre, ce n’est pas seulement atteindre un poste, c’est ouvrir la voie à d’autres.»
PK