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Salman Cheetamun, 25 ans, meurt noyé à Moka

Le destin brisé d’un jeune champion de Jiu-Jitsu sourd et muet

20 juin 2026

Sharonne Maulette, présidente de la MBJJF, souligne que Salman illuminait toujours le dojo par son sourire et son innocence.

Cet habitant de Mare-aux-Goyaves avait fait de son handicap une force. Il était un champion de Brazilian Jiu-Jitsu, un époux aimant et un modèle de persévérance. Hélas, il a perdu la vie dans les eaux de la cascade Minissy, à Moka, cette semaine. Outre des proches bouleversés, le jeune homme laisse derrière lui le souvenir d’une personne humble, souriante et profondément attachante.

Il avait 25 ans. Et était de ceux qui transforment les difficultés en opportunités. Sourd et muet depuis l’enfance, Salman Cheetamun avait appris à faire de ce silence une force. Sur les tatamis, ce champion de Brazilian Jiu-Jitsu (BJJ) parlait un autre langage : celui du courage, de la discipline et du combat. Hélas, le mardi 16 juin, vers 15h50, Salman Cheetamun n'a rien pu faire contre la mort qui était venue le chercher. Il a perdu la vie dans les eaux de la cascade Minissy, à Moka, laissant derrière lui un silence brutal et une douleur immense.

Ce sont les pompiers du Mauritius Fire and Rescue Service qui ont repêché son corps sans vie. Selon les premières informations, cet habitant de Mare-aux-Goyaves, à Camp-de-Masque-Pavé, se trouvait à la cascade avec des amis lorsqu’il a rencontré des difficultés dans l’eau. Il n'a malheureusement pu être sauvé et y a laissé la vie. Selon l’autopsie, il a succombé à une asphyxie provoquée par noyade. Une enquête a été ouverte.

Un fonceur

Mais derrière cette noyade, il y a surtout une vie, une histoire et une foule de souvenirs. Salman venait tout juste de célébrer sa première année de mariage avec Natasha, elle aussi sourde et muette. Un jeune couple uni, qui avançait ensemble dans un monde qui ne leur faisait pas toujours de cadeaux. Salman, lui, allait de l'avant avec ce sourire et cette combativité que beaucoup n’oublieront jamais. Dans le sport, il avait trouvé un refuge, une famille, une raison et une occasion de se dépasser. Tawfiq Jaunbocus, Head Coach de la Mauritius Brazilian Jiu-Jitsu Federation (MBJJF), se souvient encore du jour où tout avait commencé. «Je l’ai connu en 2018 lorsque j’ai lancé le Deaf BJJ Program. C’était un jeune garçon qui aimait les sports de combat. Dans la région de Mare-aux-Goyaves, il n’y avait pas beaucoup d’activités sportives. Je l’ai approché, je lui ai tendu la main et je lui ai donné sa chance», déclare le champion du monde de BJJ. Et Salman a saisi cette chance avec détermination.

«C’était une personne vraiment formidable et très humble. Il aimait plaisanter, il était jovial, c’était un bon vivant. Il respectait tout le monde, sans exception. Au dojo comme ailleurs», souligne Tawfiq Jaunbocus. Mais ce qui l'a le plus marqué chez Salman, c’est son mental. «Li pa ti pe give up easily. Il avait un esprit de guerrier sur le tatami. Il donnait tout, jusqu’au bout. Il n’a jamais abandonné. Jamais», dit l'entraîneur. En effet, sur les tatamis, Salman s’est construit une légende discrète mais forte : champion national, vainqueur à plusieurs reprises de l’Open Africa de BJJ, multiple médaillé d’or dans les compétitions régionales. Mais pour ceux qui l’ont connu, ses médailles ne racontent qu’une partie de son histoire.

Vive douleur

La MBJJF lui a rendu hommage avec des mots remplis d’émotion, rappelant son sourire, son humilité et son amour du sport. Pour la fédération, il faisait partie des premiers visages du Deaf BJJ Program, une génération pionnière qui a ouvert la voie. Dans les mots de ceux qui l'ont côtoyé de près, la douleur est encore plus vive. «So lamor inn tous mwa boukou. Li finn antren ek nou. Nou finn transpir ansam lor tatami. Li finn touzour donn so maximum», confie Tawfiq Jaunbocus, la voix chargée d’émotion. «Mo swete ki so nam repoze anpe ek ki li gagn enn plas dan paradi.»

La présidente de la MBJJF, Sharonne Maulette, évoque, elle, un souvenir lumineux. «J’ai rencontré Salman il y a une dizaine d’années. Il était sourd et muet, mais ce handicap ne le rendait pas différent des autres. Il était amical, gentil, charmeur et toujours motivé à progresser. Il était constamment souriant et de bonne humeur. C’était un garçon qui illuminait le dojo avec son innocence et son sourire.» Elle ajoute avec regret : «Repose en paix Salman. Parti beaucoup trop tôt à seulement 25 ans. Ton sourire, ton énergie et tes rêves resteront à jamais dans nos cœurs.»

Aujourd’hui, le monde de Jiu-Jitsu pleure un formidable combattant. Mare-aux-Goyaves pleure l'un des siens. Et une famille pleure un mari, un fils, un frère. Mais quelque part, dans le silence qu’il laisse derrière lui, résonne encore le plus grand combat de Salman : celui d’un jeune homme qui a refusé de renoncer, jusqu’au bout. Certes, il s’en est allé trop tôt. Mais ceux qui l’ont connu continueront longtemps de le faire vivre, dans leurs souvenirs et dans ce qu’il a transmis sans jamais parler. Un champion. Un battant. Un sourire qui ne s’éteindra pas.

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