Publicité

Repas de famille : le guide pour «manz ar li»

19 décembre 2025

Gare à l’indigestion des sentiments. Entre la dinde, le salmi, le foie gras, le vinday ourit, la petite crise de larmes du cousin qui vient de se séparer, les insultes du tonton acariâtre qui a pris au moins six verres de trop, le laïus sur «sa bann zenes-la» de la tatie qui vieillit mal, les débats politiques stériles autour du dessert des jeunes-vieux ; ça fait du lourd ! Gare aux remontées acides ! Et si, en plus, 2025 n’a pas été top, que vous vous êtes mis.e trop de pression pour les fêtes, que vous traînez chagrin, cafard et problèmes financiers, bah là, un peu d’eau gazeuse ne suffira pas à faire passer tout ça !

Les repas de fêtes ont ce talent unique de mélanger amour, souvenirs, attentes irréalistes et obligation tacite d’être «heureux.se parce que c’est Noël». Du coup, la table familiale peut vite devenir un terrain miné pour la santé mentale. Bonne nouvelle : il existe des stratégies simples – validées par des psychologues – pour traverser ces moments sans exploser intérieurement (ou extérieurement). Survivre aux repas de fêtes, ce n’est pas tout aimer ni tout supporter. C’est s’écouter, se respecter et se rappeler que prendre soin de sa santé mentale est toujours prioritaire même (et surtout) à Noël.

1. Rappelez-vous que vos émotions sont légitime. La psychologue américaine Susan David, spécialiste des émotions à Harvard, rappelle : «Discomfort is the price of admission to a meaningful life» (Conférence TED Talk «The Gift and Power of Emotional Courage»)

Traduction libre : l’inconfort fait partie de la vie. Ressentir de l’agacement, de la tristesse ou de l’anxiété pendant les fêtes ne fait pas de vous quelqu’un de négatif.ve ou ingrat.e. Cela fait de vous un être humain.

Conseil pratique : au lieu de lutter contre vos émotions, nommez-les intérieurement («je me sens tendu.e», «je me sens jugé.e»). Les identifier permet déjà de diminuer leur intensité.

2. Vous n’êtes pas obligé.e de tout dire(ni de tout entendre). Selon le psychologue clinicien Christophe André : «Savoir se taire est parfois une grande forme de sagesse émotionnelle» (Livre : Imparfaits, libres et heureux). Vous n’avez pas à répondre à toutes les questions intrusives («Alors, toujours célibataire ?», «Et le bébé, c’est pour quand ?»). Protéger votre intimité est un acte de santé mentale, pas un manque de politesse.

Astuce : préparez à l’avance une réponse neutre et courte pour les sujets sensibles. Changer de sujet est autorisé. Se lever pour aider en cuisine aussi.

3. Posez des limites, même si c’est inconfortable. La psychologue américaine Brené Brown est très claire : «Daring to set boundaries is about having the courage to love ourselves» (Livre : The Gifts of Imperfection). Dire «non», refuser un débat, écourter une visite ou prendre l’air cinq minutes n’est pas un caprice. C’est une limite saine. Alors, aroze ar pwa !

Rappel essentiel : une limite n’est pas une punition pour l’autre, c’est une protection pour vous.

4. Lâchez l’illusion du repas parfait. Le psychiatre Irvin D. Yalom écrit : «The idea that everything must be meaningful and harmonious is one of our greatest sources of anxiety.» (Livre : Existential Psychotherapy).

Les repas de fêtes ne seront jamais parfaits. Il y aura des silences gênants, des maladresses, parfois des tensions. Attendre une harmonie absolue est souvent ce qui crée le plus de stress.

Essayez ceci : remplacez l’objectif «que tout se passe bien» par* «faire de mon mieux avec ce qui est là». *Pran li sinp ! *

5. Faites des pauses sensorielles. La psychologue française Emmanuelle Piquet rappelle, dans une interview à Psychologies Magazine, l’importance de la régulation émotionnelle par le corps : «Le corps est souvent la voie la plus rapide pour apaiser l’esprit.» Trop de bruit, trop de monde, trop de stimulation : votre système nerveux sature.

Mini-pauses salvatrices : respirer profondément, sortir quelques minutes, toucher quelque chose de froid, marcher, s’isoler aux toilettes (si elles sont propres !).

6. Vous n’êtes pas obligé.e d’être joyeux.se. La psychologue Isabelle Filliozat insiste : «L’obligation au bonheur est une violence émotionnelle» (Livre : L’intelligence du cœur). Les fêtes peuvent réveiller des deuils, des absences, des regrets. Il est possible de participer sans aller bien. Vous n’avez pas à jouer un rôle.

7. Prévoyez l’après. Enfin, pensez à l’après-repas. Un appel à un.e ami.e, une série réconfortante, une promenade, un moment seul.e. Anticiper un sas de décompression aide énormément.

Publicité