Elle avait choisi de briser le silence pour faire entendre une réalité souvent ignorée. «Je ne demande pas la pitié. Je demande simplement le droit de vivre, de travailler et de me soigner comme un être humain», avait-elle déclaré dans son témoignage lu à l’occasion de l’AIDS Candlelight Memorial, au Caudan Waterfront, le 17 mai dernier. Âgée de 45 ans, cette ressortissante malgache était venue à Maurice dans l’espoir d’offrir une vie meilleure à sa famille restée au pays. «Je suis arrivée à Maurice il y a quelques années avec un permis de travail en règle afin de travailler et d’aider la famille que j’ai laissée derrière moi. C’était un sacrifice auquel j’ai consenti pour que nous puissions survivre.» Mais son rêve s’est transformé en cauchemar.
Dépistée séropositive il y a quelque temps, alors qu’elle se trouvait à Maurice, elle vivait dans la crainte permanente que son statut soit révélé. «Le jour où cela arrivera, je risque de tout perdre : mon travail, mes soins, ma stabilité, ma dignité. Ma famille perdra aussi son seul soutien. Je serai expulsée du territoire et rapatriée comme une criminelle», témoignait-elle. Des craintes qui se sont malheureusement concrétisées.
Il y a quelques mois, tout a basculé lorsque son employeur lui a annoncé que l’ensemble du personnel devait se soumettre à un nouveau test de dépistage du VIH. «On ne nous a pas demandé notre consentement. On ne nous a donné aucune garantie de confidentialité. Tout cela alors même que les lois à Maurice ont été écrites pour protéger toute personne vivant avec le VIH», avait-elle dénoncé.
Dès lors, son destin semblait scellé. Et son témoignage lors de l’AIDS Candlelight Memorial aurait visiblement précipité les choses. Dès le lendemain, soit le 18 mai, son employeur l’aurait contactée avant de l’accompagner à la banque pour récupérer son argent, puis à son domicile afin qu’elle rassemble ses effets personnels. Peu après, elle a été contrainte de quitter Maurice pour retourner à Madagascar.
Le HIV and AIDS Act de 2006 interdit expressément toute discrimination fondée sur le statut sérologique réel ou présumé d’une personne, notamment dans le domaine de l’emploi. L’Equal Opportunities Act de 2008 offre également une protection contre les discriminations professionnelles visant les personnes vivant avec le VIH. D’ailleurs, la National Human Rights Commission (NHRC) a réagi sur ce cas (voir hors-texte).
Toutefois, en dépit de ces dispositions légales, des situations similaires continuent de se produire dans l’ombre. «Le cas de cette femme malgache n’est pas un cas isolé. Ce sont des situations qui surviennent régulièrement. J’ai moi-même travaillé sur un autre dossier similaire il y a quelques mois», affirme Jacques Achille, de l’ONG PILS. L’organisation suit de près l’évolution de son dossier. «Nous sommes toujours en contact avec elle. Nous l’avons également mise en relation avec une organisation à Madagascar avec laquelle nous collaborons afin qu’elle puisse bénéficier d’un suivi médical.»
Munie de tous les documents nécessaires et d’un permis de travail en règle, la travailleuse malgache avait quitté son pays dans l’espoir d’offrir une vie meilleure à sa famille. Aujourd’hui, elle se retrouve sans emploi et plongée dans une grande précarité. Ses parents, âgés et malades, comptaient sur elle pour subvenir aux besoins du foyer. Les espoirs placés en celle qui avait quitté son pays pour offrir un avenir meilleur à sa famille se sont brutalement effondrés, laissant place à l’incertitude et à l’angoisse du lendemain.
La National Human Rights Commission monte au créneau
Dans un communiqué publié vendredi, la National Human Rights Commission (NHRC) a exprimé sa vive préoccupation face aux cas de discrimination visant des travailleurs migrants vivant avec le VIH. L'institution dénonce des pratiques contraires aux lois mauriciennes et aux principes fondamentaux des droits humains. La NHRC appelle les autorités à agir rapidement afin de faire toute la lumière sur ces situations et de garantir le respect des droits des personnes concernées.