Si cette moisson de quatre médailles confirme les progrès de Maurice sur la scène internationale, Mathieu Visenjoue reste néanmoins partagé. Le représentant de la Fédération mauricienne de savate boxe française et disciplines assimilées estime que les cannistes mauriciens auraient pu réaliser une performance encore plus remarquable s’ils avaient bénéficié du soutien et de l’accompagnement indispensables au haut niveau. Dans l’entretien qui suit, le double champion du monde se confie avec franchise sur son parcours, ses succès et les obstacles auxquels il a dû faire face.
Que ressentez-vous après cette victoire ?
Je suis très fier de ce titre. Cela prouve que la canne de combat est sur une bonne lancée à Maurice et que le pays a le potentiel d’exceller dans cette discipline. La preuve, nous avons eu une finale cent pour cent mauricienne en fauteuil, alors qu’en demi-finale, j’ai croisé le fer avec un Français qui était très coriace. Ça fait deux titres que je remporte back-to-back et j’espère pouvoir en obtenir un troisième dans deux ans. Là où ça me fait mal, c’est que j’aurais pu faire encore mieux que le bronze en individuel, mais le manque d’encadrement et de soutien médical a joué contre nous.
Que s’est-il passé ?
J’ai ressenti une gêne à l’épaule lors de la première manche du combat d’ouverture contre le vice-champion de France Benjamin Paplorey. Ce qui m’a empêché de donner le meilleur de moi-même pour le reste du tournoi. Je suis sûr que si la fédération avait les moyens d’inclure un entraîneur et un physiothérapeute dans l’équipe, j’aurais pu être quatre fois plus performant. Idem pour mes compagnons de voyage. J’ai été à la fois athlète, entraîneur et chef de délégation. Ce n’est pas évident pour un sportif de gérer autant de stress. À un moment, toute cette pression finit par se retourner contre vous.
Comment était la compétition ?
Très relevée. Il y avait six pays, à savoir la Tchéquie, le Japon, la France, l’Angleterre, l’Allemagne et Maurice. Ce qui fait trois continents. En individuel, je perds contre un champion de France en phase de poules et le futur champion du monde en demi-finale, l’Anglais Jacob West, pour terminer troisième. Je suis également satisfait du parcours de mes amis en équipe nationale. Ils ont tout donné. Pascal de Robillard, qui est sur le circuit de la boxe française depuis des années, a enfin une médaille mondiale et Chanista Joshi, qui participe pour la première fois à un Mondial, est elle aussi sur le podium. Après tous ces sacrifices, il y a la satisfaction d’avoir représenté dignement le pays.
Qu’est-ce qui a manqué à l’équipe ?
Le manque de soutien. La fédération fait tout son possible, mais est limitée en termes de moyens financiers, car, entre la boxe française et la canne de combat, c’est très compliqué de répartir notre budget. Les aides du ministère ne suffisent pas, car il ne suffit pas de financer les billets d’avion, il faut aussi s’entraîner et, pour ce faire, les conditions doivent être réunies, notamment le transport, un suivi médical et une bonne nutrition. Nous avons aussi besoin de sparring-partners pour pouvoir progresser. Comment demander aux jeunes de pratiquer une activité sportive et de combattre les fléaux si nous ne pouvons pas assurer leur avenir sportif ? J’ai été champion du monde en 2024 et pourtant je ne touche aucune allocation. Un jeune a envie de réussir et, s’il n’a pas les soutiens indispensables, alors il ira voir ailleurs, mais pas nécessairement dans le droit chemin. On ne peut pas non plus demander aux jeunes de puiser dans leurs poches alors que d’autres sports ont accès à plus de facilités. Pourtant, tous les sportifs souffrent pareil à l’entraînement, mais le soutien n’est pas le même pour tous.
Comment se porte la canne de combat à Maurice ?
Ce sport est présent dans le pays depuis des années, sauf qu’il faut plus de moyens pour le vulgariser davantage. Il y a des gens qui le pratiquent dans des clubs à travers le pays, mais sans plus, car il faut des équipements et, en plus, ce n’est pas évident de réunir tout le monde quand on est disséminé sur tout le territoire mauricien, y compris Rodrigues. Si on veut mettre sur pied une équipe solide, il faut mettre des moyens de transport à leur disposition et aussi permettre à ceux qui travaillent de pouvoir se libérer pour les entraînements, sans quoi c’est difficile de faire avancer la discipline. Si le ministère nous aide sur ce point, alors la canne de combat se portera mieux et c’est le pays qui sortira gagnant.
Quels sont vos prochains objectifs ?
Me préparer pour les Mondiaux de 2028. J’espère participer au tournoi «Titis de Paris» en janvier prochain, remporter un titre et effectuer d’autres sorties lors d’Opens internationaux. Je souhaite pouvoir le faire avec d’autres cannistes mauriciens afin de nous perfectionner et de conquérir encore plus de titres pour le pays.
Le parcours des Mauriciens

Mathieu Visenjoue
Individuel
Perd contre Benjamin Paplorey (groupe) Bat Jiri Smitka (groupe) Bat Vaclav Trojan (match de barrage) Perd contre Jacob West (demi-finale)
Fauteuil
Bat Nohirisa Watanabe (quart finale) Bat Sébastien Dominguez (demi-finale) Bat Pascal de Robillard (finale) Pascal de Robillard
Individuel
Bat Norihisa Watanabe (groupe) Perd contre, Vaclav Trojan (groupe) Perd contre Lucas Bayle (match de barrage)
Fauteuil
Bat Isabelle Marquardt (quart de finale) Bat Wakako Suzuki (demi-finale) Perd contre Mathieu Visenjoue (finale) Joshi Chanistha
Individuel
Perd contre, Wakako Suzuki (groupe) Perd contre, Elena Marquardt (groupe) Perd contre, Isabelle Marquardt (match 5e place)
Fauteuil
Perd contre Sébastien Dominguez (1/4 de finale)
Équipe mixte
Maurice perd contre Tchéquie/Japon (1/2 finale)
Accueil chaleureux pour nos médaillés

Ambiance festive dans la matinée du mercredi 22 juillet à l’aéroport international Sir Seewoosagur Ramgoolam à l’occasion du retour de Mathieu Visenjoue, Pascal de Robillard et Chanista Joshi. Le double champion du monde de canne de combat ainsi que ses deux équipiers médaillés aux mondiaux de Prague ont reçu un vibrant hommage à leur arrivée au pays. Cet accueil organisé par la Fédération mauricienne savate boxe française et disciplines assimilées a réuni familles, dirigeants, amis et proches des athlètes quadricolores pour un moment fort en émotion.