Qu’avez-vous ressenti au moment de vivre cette toute première sélection avec Maurice ?
Ce fut une expérience incroyable. J’ai intégré un groupe très soudé qui m’a extrêmement bien accueillie dès mon arrivée. Pour une première sélection, je ne pouvais pas rêver mieux. En plus de cela, nous avons réussi à terminer ce rassemblement avec deux victoires, ce qui rend l’expérience encore plus spéciale.
On imagine que ce double succès face à Djibouti apporte une immense satisfaction ?
Il y avait énormément d’émotions. C’était ma première sélection et aussi l’une des premières fois que toute ma famille avait l’occasion de me voir jouer en personne. Des larmes ont coulé pendant l’hymne national, un moment que je n’oublierai jamais. Mais au-delà de cela, ce que j’ai ressenti avant tout, c’est une immense fierté. Cette sélection représente des années de travail, de sacrifices et de persévérance. Après le coup de sifflet final, il y avait beaucoup de sourires, de joie et d’enthousiasme dans le groupe. Voir que tous les efforts investis ont porté leurs fruits était extrêmement gratifiant.
N'avez-vous pas un soupçon de regret concernant votre temps de jeu lors de ces deux rendez-vous à Côte-d’Or, devant le public mauricien ?
Non, pas du tout. Il faut garder les choses en perspective. C’était ma toute première sélection. J’ai eu la chance d’obtenir du temps de jeu alors que certaines joueuses n’en ont pas eu du tout, donc je suis déjà très reconnaissante pour cette opportunité.
J’ai confiance en mes capacités et je sais ce que je peux apporter à l’équipe. Je n’ai pas eu beaucoup de temps avec le groupe pour montrer tout mon potentiel, et j’ai également dû composer avec une petite blessure qui ne m’a pas permis de participer au deuxième match.
Je fais confiance au sélectionneur et à ses décisions. Nous avons eu une bonne discussion et il m’a donné des points précis sur lesquels travailler avant la prochaine sélection. Mon objectif est de revenir encore plus forte, prête à assumer un plus grand rôle au sein de l’équipe et à gagner ma place dans le onze de départ. Mais je sais que cela passera avant tout par mon travail, mes performances et les efforts que je fournirai au quotidien.
Finalement, le football reste un sport collectif. Nous repartons avec deux victoires, peu importe qui a joué ou non, et c’est ce qui compte le plus.
Quel regard portez-vous sur le niveau actuel du football féminin mauricien ?
Le niveau devient de plus en plus compétitif. Le staff met beaucoup de choses en place pour permettre à l’équipe de progresser et de continuer à se développer. Il faut vraiment leur tirer notre chapeau pour le travail accompli.
On voit clairement le talent qui existe au sein de cette sélection. Nous avons un groupe relativement jeune, accompagné de quelques joueuses plus expérimentées qui jouent un rôle important auprès des plus jeunes. C’est aussi une équipe composée de joueuses qui tiennent à ce projet et qui veulent faire avancer le football féminin mauricien. J’ai vraiment hâte de voir ce que l’avenir nous réserve.
Y a-t-il une joueuse en particulier qui est parvenue à vous impressionner ?
Plus qu’une joueuse en particulier, j’ai été impressionnée par la qualité de notre jeune génération. Intégrer une sélection senior entre 15 et 20 ans n’est pas quelque chose de courant dans le football international, pourtant plusieurs de nos joueuses sont dans cette tranche d’âge.
Cela démontre tout le talent qui existe actuellement ainsi que le bon travail effectué au niveau du développement des jeunes. Le futur est très prometteur. De plus, nous pouvons aussi compter sur l’apport de joueuses évoluant à l’étranger, ce qui crée un très beau mélange de profils, tant sur le plan tactique, technique que physique. Je suis très enthousiaste pour la suite.
Quels sont vos objectifs pour la suite de votre carrière ?
Nous allons savourer ces victoires, mais dès mon retour, le travail reprend. Je vais continuer à travailler fort et retourner jouer au Canada. Mon objectif est de continuer à progresser, d’être à mon meilleur niveau et de mériter une nouvelle sélection.
J’aimerais pouvoir contribuer davantage lors des prochaines échéances internationales, et aider Maurice ainsi que le football féminin mauricien à franchir de nouvelles étapes.

Et la Coupe du monde 2026 dans tout ça ?
Elle aura certainement les yeux braqués sur les écrans comme la planète entière. La nouvelle internationale mauricienne a émigré au Canada avec ses parents lorsqu’elle avait dix ans, soit en 2009. Surnommée la «ti pima de Pointe-aux-Piments» après sa prestation mémorable dans l'émission «Ti Mambo», Miléna adorait le football et a fait ses débuts officiels à Rosemont, à l’âge de 12 ans, pour ensuite gravir les échelons dans les compétitions scolaires et exceller comme défenseure. Elle est appelée à faire les Jeux du Québec à Shawinigan en 2012, où son équipe a raflé l’or en division 2. Puis elle entre dans le bain de la compétition avec Repentigny, avec qui elle obtient l’argent aux championnats canadiens en 2014. Bénéficiant d’une bourse à l'Université Campbellsville, au Kentucky (États-Unis), elle intègre rapidement l'équipe de foot et devient un élément important au point de porter le brassard de capitaine.
«C’est toujours un moment spécial. Nous sommes privilégiés de pouvoir peut-être voir certains des plus grands joueurs de l’histoire, comme Cristiano Ronaldo, Neymar ou Lionel Messi, participer à l’une de leurs dernières Coupes du monde. Le Canada et les États-Unis sont deux pays extrêmement diversifiés. Ce sera un moment unique pour de nombreuses personnes ayant une double nationalité de pouvoir célébrer à la fois leurs origines et leur pays d’adoption. Les deux sélections se retrouvent dans des groupes intéressants, mais rien n’est impossible. Je les vois tout à fait capables de franchir le premier tour, et ensuite, tout peut arriver. C’est ce qui fait la beauté du football : tant que les 90 minutes ne sont pas terminées, rien n’est joué.»
Sa favorite pour remporter le titre ? «La France me semble très solide sur le papier et fait naturellement partie des favorites. Mais encore une fois, dans une Coupe du monde, il y a toujours des surprises. J’ai également un petit faible pour Haïti. C’est une nation insulaire comme Maurice, avec laquelle nous partageons notamment la langue créole. J’ai aussi la chance d’avoir un ami d’enfance qui évolue avec cette sélection et qui va réaliser son rêve de participer à une Coupe du monde. J’espère les voir aller le plus loin possible», analyse-t-elle.