Plusieurs jours se sont écoulés depuis qu’elle a été arrachée à la vie sauvagement, mais les jours qui passent ne semblent aucunement apaiser la souffrance des membres de son entourage. Au domicile familial, à Les Salines, un vide abyssal s’est installé dans le quotidien de ses proches dévastés. Tous s’accordent à dire que Sneha Jootun, qui n’était âgée que de 23 ans, «pa ti merit enn lamor koumsa».
Son corps sans vie a été retrouvé le vendredi 5 juin dans la maison de son ex-petit ami Pravish Changia, âgé de 31 ans. L’autopsie pratiquée par le Dr Seewooruttun, médecin légiste de la police, a attribué son décès à des stab wounds to the neck, chest and abdomen. La jeune femme a reçu une vingtaine de coups de couteau, témoignant d’un déchaînement de violence inouï. Appréhendé pour meurtre, son ex-petit ami, en détention policière depuis, est déjà passé aveux. C’est sous forte escorte policière qu’il a participé à un exercice de reconstitution des faits le mercredi 10 juin.
Entre l’indignation de la foule et la douleur des proches, l’exercice, qui a démarré vers la mi-journée, s’est tenu dans un climat de tension extrême. Au vu des risques de débordements, c’est accompagné d’un imposant dispositif de sécurité que Pravish Changia est arrivé sur les lieux. Face au bourreau de son enfant, Renuka a laissé éclater sa fureur, hurlant sa colère et son désespoir sous les yeux des forces de l’ordre impuissantes. «To pik mo tifi 21 kout kouto, to enn demon ! Kriminel !» lui a-t-elle lancé, lui reprochant la barbarie des actions qui ont arraché la vie de sa fille. Rencontrés à leur domicile durant les instants ayant suivi l’exercice, les proches de Sneha Jootun sont restés figés dans la même douleur. «Nous sommes encore choqués, traumatisés. Li ankor bien difisil pou aksepte», lâche l’un de ses frères, anéanti.
Sneha Jootun était la seule fille d’une fratrie de trois enfants. «Li ti enn bon tifi, tou dimounn ti kontan li», lâche sa mère, meurtrie. Elle travaillait comme comptable chez United Docks Ltd mais nourrissait la ferme ambition de poursuivre ses études pour évoluer. «Elle allait commencer des cours de comptabilité au niveau de l’Association of Chartered Certified Accountants cette année.» Comme beaucoup de jeunes femmes de son âge, elle voulait apprendre à conduire et comptait s’acheter une voiture ; des démarches qui s’inscrivaient dans sa volonté de devenir indépendante.
Sa relation avec Pravin Changia, un chauffeur de taxi habitant à une rue de chez elle, avait démarré il y a trois ans, mais, raconte Renuka, «elle avait décidé d’y mettre un terme récemment parce qu’il ne correspondait pas au genre d’homme qu’elle voulait dans sa vie». Pour cause, derrière la façade qu’il s’efforçait de présenter, Pravin Jootun cachait un visage bien différent. «Li ti pe amenn rol bon dimounn avek lezot, ti pe koze riye, me li pa ti koumsa. Il était possessif et cherchait à contrôler les moindres faits et gestes de Sneha. Il avait mauvais caractère. Linn deza bat li plizier fwa akoz so zalouzi», avancent les frères de la victime. Sans compter qu’il était connu des services de police.
La veille de son décès, relate Renuka, «Sneha était montée se coucher. Mo panse garson-la inn kouyonn li pou fer li sorti ek amenn li kot li». Le lendemain matin, Renuka s’est rendue au travail sans s’apercevoir qu'elle n’était pas là. Elle ne l’a su qu’après avoir reçu l’appel d’une collègue de sa fille vers 9 heures lui demandant pourquoi celle-ci ne s’était pas présentée au travail. «J’ai essayé de joindre ma fille au téléphone, sans succès. J’ai donc appelé Pravin, me disant qu’elle était certainement avec lui. Il a décroché et m’a répondu qu’elle dormait parce qu’elle ne se sentait pas bien, qu’elle me rappellerait.» Toujours sans nouvelles de sa fille vers 11 heures, ce qui était contraire à ses habitudes, elle s'est inquiétée : «J’ai quitté mon lieu de travail pour me rendre chez Pravin parce que j’avais un mauvais pressentiment.»
En se repassant minutieusement la scène dans sa tête, dit-elle, «je revois la mère de Pravin en larmes avant même que je ne monte les escaliers. Elle était forcément déjà au courant de ce qui était arrivé à ma fille». Elle poursuit, toujours aussi bouleversée : «Un habitant de la localité m’a aussi dit par la suite avoir entendu des hurlements provenant de chez eux vers 6 heures ce matin-là. Linn dir mwa ki lalimier inn alime kot mama Pravin dan sa ler-la, ki li ti forseman deza okouran ki finn pase me ki li pann azir. Li ousi li koupab, bizin aret li ousi parski li pann port sekour mo tifi, ni sonn lapolis!» Elle s’insurge aussi contre le fait que «Pravin inn al manz dal puri apre ki linn touy Sneha. Cela démontre à quel point il n’avait aucun remord pour son geste. Mo espere ki lazistis fer so travay, ki li pa gagn kosion. Li enn danze pou piblik. Mo dimann lazistis pou mo zanfan». L’enquête suit son cours.