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Allen Vincatassin : «Le gouvernement britannique a provoqué notre exil et il doit rétablir nos droits»

Celui qui a mis sur pied un «gouvernement provisoire» des Chagos, dont il est le président, passe en revue l’actualité qui entoure la bataille pour que les Chagossiens puissent avoir un droit de retour sur leurs îles…

Pour beaucoup, le fait que 116 pays aient voté pour l’avis consultatif de la Cour internationale de Justice (CIJ) concernant la souveraineté de Maurice sur l’archipel des Chagos, est considéré comme une victoire historique. Partagez-vous cet avis ?

 

Où étaient les Nations unies lorsque nous avons été exilés ? Où étaient-elles durant ces 50 dernières années ? La question que nous devons nous poser, est la suivante : est-ce que ces pays voteraient de la même manière si on leur donnait les faits réels sur le rôle joué par Maurice dans notre exil, l’accord bilatéral de 1982 sur la suppression de notre droit de retour sur les Chagos ? C’est seulement une victoire du gouvernement mauricien qui porte préjudice à la cause des Chagossiens. Les Jugnauth, qui se présentent maintenant comme de grands défenseurs de la souveraineté, et du peuple chagossien, après avoir remporté une résolution non contraignante de l’Organisation des Nations unies (ONU), veulent simplement réécrire l’histoire et remporter les prochaines élections. Ils ne sont pas intéressés par notre cause, ils veulent que les États-Unis leur paient un loyer sur Diego Garcia pour relancer l’économie. Le gouvernement britannique a déclaré qu’il n’avait pas reconnu la souveraineté de Maurice.

 

À la suite de ce développement, vous avez fait la déclaration suivante dans les médias britanniques : «It is the worst-case scenario.» Et Olivier Bancoult du Groupe Réfugiés Chagos (GRC) vous a adressé un message en disant : «S’il réfléchit bien au mal que nous a fait le gouvernement britannique, il verra qu’il a mal choisi son camp. On ne peut pas soutenir un gouvernement qui a bafoué notre dignité, notre droit.» Que lui répondez-vous ?

 

Le camp des Chagossiens a toujours été le mien et je ne changerai pas. Je suis né à Diego Garcia, en tant que Britannique, et je suis un citoyen britannique des territoires d’outre-mer. Je connais mes droits et je les exerce au Royaume-Uni, jusqu’à ce que je puisse retourner dans mon pays natal. J’encadre les Chagossiens au Royaume-Uni pour qu’ils commencent une nouvelle vie en attendant notre retour. Il y a ceux qui sont frustrés et amers dans leur âme, c’est pourquoi ils se sont rangés dans le camp d’un autre État et non dans le leur. Mon agenda est clair depuis le début de ma vie à Maurice et est resté le même. Je veux des îles Chagos qui n’appartiennent qu’aux Chagossiens du Royaume-Uni, jusqu’à ce que nous en décidions autrement. Cela ne m’empêche pas de critiquer le gouvernement britannique, je continue de leur dire où il se trompe. Je conseille aux gens de lire mon livre, The flight to freedom, disponible sur Amazon. Ils auront alors une meilleure compréhension.

 

Quelle est votre relation avec le Groupe Réfugiés Chagos ?

 

Je ne pense pas qu’il serait sage de notre part d’entretenir une relation avec une personne ou un groupe qui cherche à dérouter nos droits autochtones et à bafouer notre dignité.

 

Le GRC a quand même remporté des victoires sur ce sujet qui touche tous les Chagossiens. N’êtes-vous pas d’accord ?

 

Toutes les affaires en cour contre le Royaume-Uni n’ont abouti à rien, ni sur la réinstallation ni sur les indemnisations. Dans le passé, le GRC a promis des millions à des Chagossiens et certaines personnes croient encore à ces fausses promesses. Dieu merci, beaucoup ont pris la décision de venir au Royaume-Uni sous ma vision et sous mon leadership, pour changer le cours de leur destin et l’avenir de leurs enfants.

 

Êtes-vous conscient que votre voix discordante dans cette bataille crée une division parmi le peuple chagossien ?

 

La lutte des Chagossiens a toujours été de revenir dans leur pays et non de se battre pour que l’île Maurice en obtienne la souveraineté. Mais quelques «lèche-bottes» de notre communauté se sont laissé envoûter car ils n’ont pas le courage de se présenter comme des Chagossiens britanniques, étant frustrés. Si j’étais à leur place, j’aurais rendu mon passeport britannique. Je ne fais aucun compromis en ce qui concerne notre lutte car mon grand-père, le regretté Michel Vincatassin, m’a légué un bel héritage. Il a commencé la lutte en tant que «Britannique-Diego Garcien» et non en tant que Mauricien. C’était son procès devant la Haute Cour de Londres qui a ouvert la voie à la compensation de 1982. J’ai suivi ses pas et je suis resté fidèle à la cause réelle.

 

Vous ne cessez de dire que les Chagossiens doivent rentrer sur leurs îles mais grâce aux Britanniques, et non grâce aux Mauriciens. Pourquoi dites-vous cela ?

 

Le gouvernement britannique a provoqué notre exil et nous pensons donc que c’est à eux de nous réinstaller et de rétablir nos droits. S’il peut soutenir les habitants de l’île de Pitcairn, il devrait être en mesure de nous restaurer et de nous soutenir car les Chagos sont également un territoire britannique d’outre-mer. Pour la plupart, nous ne voulons pas être gouvernés par Maurice et nous ne voulons plus être victimes de mauvaises décisions.

 

Vous avez mis sur pied un «gouvernement provisoire» des Chagos «établi il y a six ans par voie de référendum» et dont vous êtes le président, et vous estimez que les îles Chagos doivent être dirigées par un gouvernement chagossien. Pourquoi ?

 

La raison pour laquelle nous avons créé le gouvernement en exil est pour faire entendre notre voix en tant que peuple et nous ne voulons pas que l’État mauricien – ou d’autres États – nous représente. C’est pourquoi nous négocions directement avec le gouvernement britannique. Nous ne voulons pas que les Chagos deviennent une petite Inde comme Maurice et nous ne voulons certainement pas que le gouvernement mauricien nous fasse devenir comme Agalega. Nous voulons des îles Chagos qui appartiennent aux Chagossiens.

 

Je crois que le peuple chagossien a le droit de disposer lui-même de son avenir et qu’il peut décider de la manière dont il veut être gouverné. Sans être raciste, je pense que beaucoup de gens sous-estiment les Chagossiens, si des Indiens, des Africains et des personnes de différentes origines peuvent gouverner, les Chagossiens peuvent le faire eux aussi. Alors pourquoi devrions-nous être gouvernés par les Mauriciens ? Sir Seewoosagur Ramgoolam, Anerood Jugnauth et d’autres voulaient l’indépendance mais nous n’avons pas eu notre mot à dire. Nous sommes restés un territoire britannique. Ils doivent désormais assumer la responsabilité et les conséquences de leur acte. Le peuple chagossien doit passer en premier.

Environ 3 000 Chagossiens résident en Grande-Bretagne où vous êtes installé vous aussi. Que pensent-ils du combat mené par les autorités mauriciennes ?

 

La majorité des Chagossiens sont fâchés à ce sujet et ont exprimé leur opinion sur les réseaux sociaux et dans la presse.

 

Quel est donc votre «stand» sur la question de compensation et du droit de retour ?

 

Maintenant que la résolution de la CIJ et des Nations unies est connue, je vais mener des discussions avec le gouvernement britannique afin qu’il revoie sa politique en matière de réinstallation pilote, sur les 40 millions de livres sterling d’aide, la situation de l’immigration et la nationalité de la communauté chagossienne.

 

Que pensez-vous des trois voyages qui sont prévus vers les Chagos ?

 

Nous avons toujours fait partie de ces visites avec l’aide de Sarah Brown (épouse de Gordon Brown, ancien ministre principal) et d’autres ministres des territoires d’outre-mer. Lors de la première visite de Maurice, les autorités mauriciennes ne nous ont pas donné d’opportunité. Donc, nous y participerons toujours et nous ne recevons d’ordre de personne qui n’ait une autorité.

 


 

Le haut-commissariat britannique vs Olivier Bancoult

 

Le haut-commissariat britannique à Maurice a, dans un communiqué rendu public le jeudi 30 mai, réagi après que le leader du Groupe Réfugiés Chagos (GRC), Olivier Bancoult, a demandé à la communauté chagossienne de ne pas prendre en compte l’appel lancé par les autorités britanniques pour effectuer trois visites cette année dans l’archipel. Le haut-commissariat britannique à Maurice souligne ainsi que «l’organisation de ce genre de visites au cœur de l’archipel des Chagos existe depuis 2006» et que plusieurs membres de la communauté chagossienne ont déjà entrepris voyage dans le passé ce. «Il ne faut pas se laisser piéger par les Britanniques», avait affirmé, pour sa part, Olivier Bancoult du GRC, lors d’une conférence de presse, le mercredi 29 mai.