• Infections urinaires : quand les enfants sont touchés
  • Hippisme 30e journée | Alshibaa en l’absence de White River
  • «O Re Piya», un spectacle amoureux raconté
  • #FILLTHEBOTTLE, quand Tamarin s’y met
  • Tentative de trafic de drogue via Rodrigues : L’ICAC saisit les biens du commanditaire présumé Teosand Perle
  • Législatives 2019 : Candidats de nouveaux petits partis, ils font leur baptême du feu
  • Yousouf Elahee : et s’il était…
  • Haltérophilie : Maurice organisera les Championnats d’Afrique de 2020
  • A_Rad Creations ou la mode autrement
  • Anou Protez Nou Bann Zil… du Nord

Aurore Rouzzi : «L’écologie rime souvent avec économies»

La première édition du Forum Eco-Bio a eu lieu le samedi 22 juin. Aurore Rouzzi, de SensiBio, organisatrice de l’événement, nous en dit plus sur cette initiative.

Comment est né le projet ?

 

L’inspiration du Forum Eco-Bio vient de l’event Soigner la terre pour nourrir les hommes, une conférence tenue à l’Institut français de Maurice (IFM) en mai et dont j’ai organisé la première partie. J’ai fait, entre autres, une causerie sur les solutions concrètes à Maurice pour une vie plus saine pour l’homme et l’environnement. J’ai donc recensé quelques structures qui agissaient en ce sens. Puis, je me suis dit : je dois réunir tous ces acteurs. Et j’ai été embarquée dans un véritable marathon étalé sur plusieurs semaines.

 

Pourquoi êtes-vous venu de l’avant avec une telle initiative ?

 

Parce que c’est plus qu’urgent. Il y a quand même eu une demande en ce sens. Des personnes cherchent des produits écologiques et ne savent généralement pas où les trouver. Le consommateur est à la recherche, par exemple, de savon bio et il ne sait pas où il peut s’en procurer, près de chez lui. Ceux qui peuvent le faire vont en fabriquer chez eux mais ceux qui ne savent pas s’y prendre et qui veulent l’utiliser ne savent souvent pas où en trouver. Le but, c’était de guider les consommateurs afin qu’ils puissent trouver les produits qu’ils recherchent ; qu’ils voient les choix qui s’offrent à eux, bref, tout ce qui se fait en la matière ; et que les concepteurs, de leur côté, puissent vendre. Il y a, par exemple, des agriculteurs qui nous ont dit qu’ils voulaient bien faire du bio mais qu’ils ne savaient pas à qui ils peuvent vendre. Des consommateurs, pour leur part, disent qu’ils veulent bien consommer du bio mais ils ne savent pas avec qui acheter. Maurice est une petite île et il y a des tas d’initiatives et beaucoup de Mauriciens et de Mauriciennes qui se lancent dans des projets. Le but, c’est de les soutenir et de mettre en avant leurs entreprises et leurs initiatives. L’idée est de mettre en contact les consommateurs et les producteurs. Avec l’organisation du Forum Eco-Bio, je me suis rendu compte qu’il y avait plus d’une soixantaine d’initiatives à soutenir et c’est encourageant.

 

Est-ce facile de monter un projet de ce genre ?

 

J’ai eu mon idée et je l’ai mise en place en un mois et demi.

 

Qu’est-ce qu’un événement comme celui-ci peut apporter au pays ?

 

Les Mauriciens savent maintenant qu’il y a des solutions. Ils entendent de plus en plus qu’on leur dit de changer leurs habitudes de consommer mais comment faire ? Ils ont peut-être l’envie, ils ont peut-être des idées mais ils ne savent pas comment se lancer et adopter une nouvelle façon de consommer pour être en phase avec un environnement sain. En organisant le Forum Eco-Bio, je voulais que les consommateurs et les producteurs se rencontrent, et montrer tout ce qui se fait localement en termes de production bio. En rencontrant ceux qui produisent, je me suis dit que les consommateurs peuvent ainsi avoir des prises de contact avec eux, voir où se procurer les produits qui les intéressent et voir ainsi où est-ce qu’un produit est disponible et dans quelle partie de l’île. Ça a permis que chacun dans sa zone puisse repérer son petit vendeur. Pour l’organisation de cet événement, je n’ai pas tenu compte de la concurrence parce qu’il y a un marché pour tout le monde et il y a même encore de la place.

 

Est-ce souhaitable que les Mauriciens changent justement leur façon de consommer ?

 

C’est vraiment une nécessité d’un point de vue environnemental et social. On est tous au courant car on n’arrête pas de nous dire, depuis une bonne dizaine d’années, qu’on court à la catastrophe écologique. On fait partie d’un écosystème nous aussi, quoi qu’on en dise, et ce n’est pas une conception de hippie décalée. C’est vraiment un fait qu’on fait partie d’un tout. D’ailleurs, on se rend bien compte que c’est de plus en plus difficile de produire certains légumes à cause de certains ravageurs. La pollinisation se fait dans certains pays à la main. Normalement, ce n’est pas censé se passer comme ça. Il faut vraiment aller de l’avant et changer ses habitudes. C’est plus qu’urgent ! 

 

Pour certains, consommer bio, c’est cher. Qu’en pensez-vous ?

 

Consommer bio, c’est effectivement un peu plus cher. Ce n’est pas une légende. Mais par contre, il faut juste savoir pourquoi. Il y a pas mal de paramètres qui entrent en jeu mais en premier lieu, c’est que tout ce qui est mécanisation est limité et dans la phase de mécanisation, il y a tout ce qui est produit chimique. Il y a ainsi la main-d’œuvre qui coûtera plus cher car, au lieu d’utiliser de l’herbicide pour désherber, il faudra le faire à la main. Il y a aussi d’autres méthodes mais ça prend toujours plus de temps qu’avec de l’herbicide. Le travail du sol sera plus long, les entrants sont plus chers avec plus de probabilités de pertes pour les récoltes. Il faut fabriquer son composte et ça prend du temps. Le manque de technique et de formation entrent aussi en jeu, entre autres. Avec tous ces paramètres, les producteurs sont obligés de vendre à un certain prix pour absorber les coûts et tout ce que cela peut générer.

 

Est-ce facile de changer du jour au lendemain ses habitudes et sa façon de consommer ?

 

C’est une question de volonté. C’est vrai que c’est plus cher mais en général, quand on consomme du bio, on a la notion de moins gaspiller. Ce qu’il faut faire quand on change son alimentation – et ça vient naturellement –, c’est d’acheter la matière première et la transformer. C’est-à-dire qu’on va acheter les légumes et les cuisiner. On ne va pas acheter des boîtes et des plats déjà prêts. Puis, il y a différents prix dans le bio. Juste à l’échelle mauricienne, il y a du bio qui est extrêmement cher, il y a du bio normal et il y a des produits qui sont un peu moins chers.

 

Trouvez-vous que les Mauriciens s’intéressent à ce mode de consommation ?

 

Je vois pas mal les questions : où est-ce que je peux acheter tel ou tel produit ? Où est-ce que je peux éviter les emballages ? Je pense que ça commence à toucher un peu tout le monde. De toute façon, l’écologie rime souvent avec économies. Ça va être plus cher à l’achat mais par contre après, vous allez garder le produit plus longtemps. J’encourage qu’il y ait plus d’événements où les consommateurs peuvent être en contact avec le producteur et où les consommateurs peuvent avoir des contacts et ainsi savoir où se procurer les produits qu’ils utilisent.

 


 

Autour de SensiBio

 

SensiBio a été créé il y a deux ans et demi. Il s’agit de sensibilisation, de formation et d’accompagnement en agriculture bio pour tous les types de public. SensiBio et le Lycée des Mascareignes ont collaboré à la première édition du Forum Eco-Bio. Cet événement a pour but de promouvoir les initiatives écologiques et biologiques à Maurice. L’objectif était de rencontrer et soutenir les professionnels, producteurs et créateurs dans leurs démarches et initiatives en matière d’écologie et d’agriculture biologique. Le forum a aussi permis aux visiteurs de participer à quatre conférences pour s’informer de manière concrète et pédagogique sur le développement durable et les solutions pour moins polluer, entre autres. À travers les différents stands, les visiteurs avaient accès à des démonstrations, suivies de la vente de produits biologiques et écologiques.