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Dr Anjali Bungaleea : «Chaque suicide est une tragédie qui a des effets durables»

Un élève de 17 ans s’est jeté du deuxième étage de son collège car il aurait été injustement accusé d’avoir triché lors d’un contrôle de mathématiques. Le 19 avril, la déception amoureuse aurait poussé un jeune de 18 ans à se donner la mort alors qu’un mois auparavant, c’est une étudiante de l’Université de Maurice qui a mis fin à ses jours. Regard du Dr Angali Bungaleea, Counselling Psychotherapist, Lecturer, coach, auteure et chercheuse, sur ces drames… 

Qu’est-ce que cela vous fait d’entendre les cas de suicide qui ont fait l’actualité ces derniers temps ?

 

Au préalable, le suicide n’est pas une crise d’adolescence mais un acte tellement intense et insupportable que cette douleur humaine provoque une avalanche d’émotions au sein de la famille et de la société. Le suicide est la prolongation d’une dépression et est vue comme une option de souffrance après avoir cherché plusieurs autres solutions sans succès. L’acte suicidaire est plus susceptible de se produire chez un adolescent parce que psychologiquement, un jeune en manque de stabilité au niveau académique, personnel et familial, est impulsif, instable, émotif, constamment en déséquilibre et en état de conflit avec lui-même.

 

Les facteurs hormonal et émotionnel créent des pensées chaotiques avec des autoanalyses exagérées par rapport à son trouble intérieur, qu’il n’arrive pas à exprimer avec des mots. L’encadrement familial et l’entourage scolaire doivent être un éventail de solutions pour identifier des stratégies pour pouvoir donc résoudre rapidement des situations similaires.

 

Quand des jeunes choisissent de ne plus vivre, quel message envoient-ils ?

 

Les jeunes suicidaires sont ceux qui vivent des périodes de crise et de perturbations répétitives. La crise d’adolescence est connue comme une période où il y a des sautes d’humeur et des conflits parentaux, entre autres. Ces angoisses d’adolescents s’accumulent de jour en jour et affectent la capacité quotidienne à faire face au stress, avec un sentiment de vulnérabilité. Les troubles émotionnels deviennent si intenses que la victime a du mal à retrouver son équilibre psychique.

 

La famille et l’entourage ne surmontent jamais un suicide et se posent plusieurs questions, tout en essayant de comprendre le pourquoi des choses. La manifestation des sentiments comme la honte, le blâme, la culpabilité, la colère, la peur, le désespoir, la confusion et l’isolement les accable parce qu’ils ont l’impression d’avoir échoué en tant que proches de la victime. Ils pensent qu’ils n’ont pas été assez attentifs aux besoins de la personne. Il est donc important d’être proactif en vue d’obtenir l’aide appropriée.

 

Selon la World Population Review de l’Organisation mondiale de la santé, Maurice occupe la 87e place sur 176 pays. Comment faut-il interpréter ces chiffres ?

 

Chaque suicide est une tragédie qui touche tout le monde et qui a des effets durables. La société, de nos jours, est très dynamique, avec le travail qui est très compétitif, l’instabilité familiale, et le stress qui se manifeste sous toutes ses formes et qui rend l’individu susceptible.

 

Le suicide des adolescents est également élevé, avec des situations comme le bullying, l’humiliation, la discrimination et le manque d’encadrement émotionnel. À Maurice, le suicide reste un problème complexe, avec un manque d’efforts de prévention et de collaboration solide entre de multiples secteurs de notre société, dont ceux de la santé, l’éducation, l’emploi, l’agriculture, l’industrie, la justice, le droit, la défense, la politique et les médias. Ces efforts doivent être intégrés car aucune approche utilisée seule ne peut avoir un impact sur un sujet aussi complexe.

 

C’est-à-dire ?

 

La prévention du suicide n’est pas convenablement traitée. Il est important de mieux sensibiliser notre société afin de faire progresser la prévention du suicide. Il est primordial d’assurer le dépistage précoce, le traitement et la prise en charge de personnes souffrant de troubles mentaux et de troubles liés à l’usage de substances psychoactives, de douleurs chroniques ou de détresse émotionnelle aiguë.

 

Il est important aussi de former les agents de santé non spécialisés à l’évaluation et à la prise en charge des comportements suicidaires, et de continuer à faire le suivi des personnes qui ont fait une tentative de suicide et leur apporter un soutien au niveau de la société.

En tant que professionnelle, avez-vous souvent affaire à des personnes qui ont des tendances suicidaires ?

 

Les cas de tentative de suicide sont de plus en plus communs. Il est à noter que des femmes arrivent à exprimer leurs émotions en lien avec la vulnérabilité mieux que les hommes et il est triste de noter que plusieurs hommes attendent que leur état s’aggrave avant d’aller consulter. Bien souvent, une personne qui pense à se suicider a déjà vécu une expérience secondaire du suicide suite à une perte douloureuse dans sa famille ou dans l’entourage. Il ne s’agit pas nécessairement de personnes qui ont des troubles psychiques comme la dépression, la schizophrénie ou encore les troubles anxieux. Il y a aussi ceux qui paraissent tout à fait normaux mais qui accumulent des blocages émotionnels qui datent de plus longtemps, par exemple ceux qui ont vécu une maltraitance durant leur enfance, ceux qui ont connu une déscolarisation, l’humiliation, le bullying, des abus sexuels, une rupture sentimentale ou qui ont un mauvais état de santé, entre autres.

Peut-on prévenir le suicide ?

 

Le suicide ne se produit pas du jour au lendemain et sans avertissement. Les personnes suicidaires donnent des indices sur leurs intentions pour alerter leur entourage à travers des messages directs et indirects, comme les menaces de suicide, les comportements automutilants, les lettres d’adieu. Ou alors ils manifestent des signes de dépression, des troubles du sommeil, des troubles de l’appétit et de la fatigue ; montrent une agitation extrême ; ou expriment de la tristesse, de la colère, la dévalorisation, sans oublier l’isolement physique et psychologique. Une des premières causes du suicide est la violence familiale avec des situations déstabilisantes comme la violence des parents ou les agressions sexuelles. D’autres, comme les chagrins d’amour, l’intimidation à l’école et la cyber-intimidation, peuvent aussi être des indications.

 

Pouvez-vous nous donner quelques exemples de signal d’alarme ?

 

Par exemple, il faut être attentif à la personne qui se détache et se désintéresse des activités qu’elle appréciait auparavant. Quelquefois, elle va commencer par préférer la solitude et fuir ses amis.

 

Qu’est-ce qu’il faut faire lorsqu’on identifie une personne qui a ce genre de pensée ?

 

En premier lieu, il faut lui en parler. Parfois, la personne n’ose pas aborder le sujet par peur ou par honte. La communication est un confort immédiat. Ensuite, il faut l’encourager à consulter un professionnel. C’est aussi impératif qu’elle ait de l’aide de sa famille, de son entourage et d’un professionnel pour réussir à se sortir de cette situation. Sans aide, les choses peuvent empirer.

 

Quel message avez-vous pour une personne qui pense à commettre l’irréparable ?

 

Il est primordial de prendre au sérieux les signes avant-coureurs du suicide et les changements de comportement chez l’adolescent ou autre personne. Il faut privilégier le dialogue, poser des questions, écouter sans juger, le tout avec patience. Il faut aussi aborder le sujet du suicide ouvertement et directement, et parler des inquiétudes sans porter un jugement. Il ne faut nullement hésiter à demander de l’aide à un autre parent, un enseignant, un professionnel de la santé, pour pouvoir faire face à des situations similaires. Il est conseillé de consulter un psy pour évaluer l’état dépressif et celui-ci prescrira un suivi psychologique en conséquence. Ce genre d’aide est parfois nécessaire afin d’aider le jeune patient à faire face à ses problèmes, à les identifier et à les résoudre.