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Dr Sangeet Jooseery : «Forcer une personne à avoir une relation sexuelle, même si on est en couple ou marié, est un délit»

23 mars 2016

Dr Sangeet Jooseery : «Forcer une personne à avoir une relation sexuelle, même si on est en couple ou marié, est un délit»

Que comprenez-vous par sexual violence among intimate partners ?

 

On parle de violence sexuelle quand une personne ressent le besoin de satisfaire ses besoins sexuels à travers la force. Et, entre partenaires intimes, dans un couple marié, par exemple, cette violence prend la forme de violence physique, à travers des agressions physique et sexuelle, quand il y a attentat à la pudeur, agression et coercition sexuelle. Elle se manifeste aussi sous la forme de violence psychologique ou émotionnelle, c’est-à-dire quand il y a dominance et soumission, quand quelqu’un exerce un contrôle sur l’autre (control freak), quand il y a harcèlement sexuel, chantage émotionnel ou relation toxique.

 

Pour information, les partenaires intimes peuvent être : le mari ou la femme, le concubin ou la concubine. Dans un couple, la victime peut être la femme ou l’homme. Selon des chiffres, 91 % des femmes sont concernées et 9 % des victimes étaient des hommes.

 

Est-ce un phénomène nouveau ? Pourquoi lancer une campagne maintenant ?

 

Ce n’est pas un phénomène nouveau. La violence sexuelle entre partenaires intimes est un fléau qui existe depuis longtemps. Et c’est encore plus le cas dans les pays sous-développés où prévalent les sociétés patriarcales. Les récents chiffres officiels du Bureau central des Statistiques indiquent une préoccupante augmentation des cas de violence entre partenaires intimes et d’abus sexuels. Selon des statistiques de sources policières de 2012, des 12 606 cas d’agressions recensées, 418 étaient de nature sexuelle, dont 361 étaient des victimes féminines et 48 étaient enregistrées comme des viols.

 

Les chiffres révèlent aussi que la plupart des victimes sont des femmes et des filles, et que les auteurs des agressions sont majoritairement des hommes. Ces derniers considèrent les femmes comme leur propriété et pensent qu’ils ont ainsi tous les droits sur elles uniquement parce qu’ils sont en couple.

 

Pour le lancement de votre campagne, vous ciblez quatre régions. Pourquoi ?

 

Nous allons dans un premier temps travailler dans certaines régions de Beau-Bassin, Bambous, Abercrombie et Curepipe. Ces endroits ont été répertoriés suite à nos recherches par rapport à notre sujet qu’est les violences sexuelles entre partenaires intimes.

 

Les victimes de violence domestique ont souvent peur de dénoncer. Les femmes victimes de violence sexuelle oseront-elles dénoncer leur partenaire ?

 

C’est un sujet tabou. Les victimes ne dénoncent pas leur partenaire car elles le craignent, croient que le mariage les lie inconditionnellement l’un à l’autre, ou encore parce qu’elles ont peur ou honte des réactions négatives des parents, amis et proches. C’est pour ces raisons que notre association va travailler sur le fond du problème. Nous allons miser sur l’information et l’éducation. Car, forcer une personne à avoir une relation sexuelle, même si on est en couple ou marié, est un délit.

 

Dans le volet information, nous allons vulgariser le problème en expliquant aux victimes que ce genre de violence n’est pas normal. C’est pour cela que nous misons aussi sur une campagne de communication pour qu’un changement de comportement opère. Il faudrait que les victimes arrivent à se libérer de leur secret, arrivent à dire non et stop. Ces cas ne sont pas ébruités parce que les victimes ignorent qu’elles ont des droits. Qu’on soit un homme ou une femme, on a tous le droit à la parole, on est tous égaux et il ne faut pas croire que l’un est inférieur à l’autre.

 

Une victime doit ainsi savoir qu’elle a le droit de dire non, d’arrêter de subir et que le choix de sortir de son cauchemar lui revient. C’est là que notre association intervient.

 

Qu’est-ce se qui se passe à partir du moment où une victime vient frapper à votre porte ?

 

On encadre les victimes. On les reçoit. On les écoute. Nous travaillons avec des psychologues cliniciens qui sont là pour conseiller les victimes. On a aussi le support du ministère de l’Égalité du genre et du développement de l’enfant qui nous aide pour la prise en charge de ceux et celles qui se tournent vers nous. Si, dans l’immédiat, nous n’avons pas de lieu pour accueillir les victimes suivant la phase de séparation d’avec les auteurs des agressions, nous pouvons compter sur l’appui du ministère qui a des mécanismes de protection pour les victimes. Un exemple peut être les halfway homesqui font partie du processus de réhabilitation.

 

Nous travaillons aussi avec les auteurs des agressions pour leur faire réaliser l’ampleur de leurs actes et surtout éviter qu’ils les répètent.

 

Comment allez-vous procéder dans la pratique ?

 

Nous proposons une approche globale et intégrée visant la prévention, la protection et la réhabilitation. Notre stratégie d’intervention est basée sur différents axes : l’information et l’éducation, la formation, le plaidoyer, le marketing social et l’assistance médiatique. Nous faisons surtout un gros plaidoyer pour que le délit de violence sexuelle soit considéré comme un délit criminel. Malheureusement à Maurice, la loi n’est pas bien définie concernant la violence sexuelle commise par un époux.

 

Présentez-nous l’Association for Population and Development ?

 

L’association pour la Population et le Développement (APD) est une ONG fondée en 2013, basée à Beau-Bassin. La mission de l’ONG est la promotion des intérêts, le bien-être et le développement de la population. Elle regroupe des professionnels tels que des éducateurs, juristes, sociologues, psychologues, travailleurs sociaux, leaders des communautés et des religieux. L’APD travaille en réseau et en partenariat avec le gouvernement, d’autres ONG et la société civile sur la prévention, la protection et la réhabilitation.

 

L’APD intervient sur la violence domestique, des cas de grossesse non désirée et précoce, contre la maltraitance des enfants et les problèmes liés à la santé, la reproduction sexuelle, la drogue, le sida, l’alcoolisme  ou encore pour le développement de la femme et la responsabilisation de l’homme au sein de la famille.

 

Nous sommes au no 7, rue Chasteauneuf, Beau-Bassin, et nous sommes joignables aux numéros suivants : 466 7913/5772 2598/5750 8043 ou au 5783 9413. Une adresse mail est aussi disponible : apdmauritius@outlook.com.

 


 

Bio express

 

Si son nom ne vous est pas inconnu, c’est parce qu’il a été, pendant 15 ans, à la tête de la Mauritius Family Planning and Welfare Association, jusqu’à sa démission en 2006. Sangeet Jooseery a aussi été le directeur exécutif de Partners in Population and Development à New York. Marié à Usha, il est père de deux enfants, Smita et Kentish.

 


 

Ma semaine d’actu

 

Quelle actualité locale a retenu votre attention ces derniers temps ?

 

Le mini-remaniement ministériel et toute l’histoire autour de Vishnu Lutchmeenaraidoo. Je suis un spécialiste de la communication politique et j’enseigne cette matière à l’université de Maurice. Je détiens d’ailleurs un PHD dans ce domaine. C’est ce qui fait que la politique m’intéresse beaucoup.

 

Et sur le plan international ?

 

Je suis de très près les campagnes présidentielles aux États-Unis et je m’intéresse beaucoup à la visite de Barack Obama à Cuba.

 

Que lisez-vous actuellement et pourquoi ?

 

Je lis le livre War for Wealth de Gabor Steingart. C’est un livre politique sur la globalisation.

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