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Fabienne St Louis, triathlète mauricienne aux JO, parle de son cancer | Son père Alain : «J’ai été impressionné par sa force»

22 août 2016

Les larmes. La joie. L’émotion à l’état brut. C’est ainsi que la triathlète mauricienne Fabienne St Louis, 28 ans, est apparue, le vendredi 19 août, dans un entretien accordé à la BBC, pour raconter son combat contre un cancer des glandes salivaires à quelques mois des Jeux olympiques de Rio lors desquels elle était en lice le samedi 20 août.

 

Une réalité que sa famille et elle n’avaient pas souhaité rendre publique jusqu’ici, avant que son rêve d’être à Rio ne se concrétise. Une révélation pour encourager les nombreuses personnes et nombreux sportifs qui souffrent du cancer à travers le monde et leur dire «de ne pas abandonner». «Ce n’est pas parce qu’on est malade qu’on doit baisser les bras. On doit se battre jusqu’au bout», lâche la sportive de haut niveau, entre rire et sanglots.

 

Une épreuve qu’elle a traversée grâce à sa volonté et sa rage d’aller de l’avant dans sa vie et sa discipline de prédilection pour laquelle elle se donne à fond depuis des années et aussi grâce au soutien indéfectible de ses proches. «Depuis que les médecins ont découvert la maladie, ma famille et moi avons dû nous battre. J’ai lutté contre la maladie jusqu’à avril. Maintenant, je suis là et je suis tellement contente.Aujourd’hui, je suis plus forte.» 

 

Bonne hygiène de vie

 

Son père Alain St Louis, qui est aussi le président de la Fédération de Triathlon dans laquelle elle excelle,a été le témoin privilégié, avec les autres membres de la famille, de ces moments difficiles, mais aussi de cette victoire contre le cancer. Il a d’ailleurs encore un peu de mal à réaliser ce qui est arrivé à sa fille. «C’était très dur, comme si le ciel nous tombait sur la tête. Vous vous rendez brusquement compte que personne n’est à l’abri du cancer, même pas un athlète de haut niveau qui a une bonne hygiène de vie. Quand vous réalisez tout cela et que votre enfant a cette maladie, c’est vraiment pénible. Mais Dieu merci, elle s’en est sortie», confie Alain St Louis du Brésil où il se trouve àl’occasion de ces jeux avec toute la famille.

 

Pour le président de la Fédération mauricienne de triathlon (FMTri), cette épreuve a été aussi rude pour Fabienne que pour les autres membres de la famille. Mais ils ont tous été en admiration devant son courage et sadétermination. «C’est une battante. Elle ne se laisse pas décourager. J’ai moi-même été impressionné par sa force et son caractère. Bien sûr, la nouvelle de sa maladie l’a profondément touchée, mais elle a rapidement relevé la tête. Il faut dire qu’elle est aussi bien entourée, cela a toujours été le cas depuis toute petite et c’est peut-être ce soutien qui l’a aidée à se ressaisir», fait ressortir notre interlocuteur.

 

Deux interventions

 

C’est en décembre dernier que la sportive apprend qu’elle est atteinte d’un cancer des glandes salivaires. «À l’époque, elle avait un peu mal à la joue, alors je l’ai emmenée voir un médecin et c’est là que nous avons découvert sa maladie. Le médecin nous a fait comprendre que le mieux pour elle est de se faire soigner à l’étranger», confie le père de Fabienne.

 

Malgré la gravité de la situation, poursuit-il, sa fille, qui était à l’époque en quête d’une qualification olympique, avait pris la décision de se faire opérer après les Jeux de Rio. Mais lui a insisté pour que cette intervention ait lieu au plus vite. Fabienne a été opérée une première fois en France en mars, avant de subir une deuxième intervention au mois d’avril. Ces interventions ont eu lieu quelques semaines seulement après sa dernière sortie dans une compétition à la Troutbeck ATU Triathlon African Cup en février, au Zimbabwe. Une compétition qui a d’ailleurs vu la victoire de la jeune Mauricienne.

 

«L’essentiel, c’est qu’elle s’en soit sortie. On a enlevé la tumeur maligne et aujourd’hui, elle est O.K. Il lui reste quelques séquelles suivant ses opérations, notamment au niveau des pieds. D’ailleurs, elle repartira en France après les Jeux pour se faire opérer à nouveau afin d’être au meilleur de sa forme, mais ce qui est important pour nous, c’est que le danger est derrière nous. Dieu merci, elle n’a pas eu besoin de chimiothérapie», souligne Alain St Louis, très ému.

 

Depuis que Fabienne St Louis a révélé au grand jour sa maladie, les messages de soutien provenant des Mauriciens, mais aussi des étrangers, affluent des quatre coins du globe. Une démarche qui touche beaucoup les St Louis, ains que la principale concernée. «Nous sommes très touchés etimpressionnés par les messages de sympathie que nous avons reçus, tout comme l’est Fabienne. Mais pour le moment (NdlR : hier matin quand nous lui avons parlé),elle souhaite se concentrer sur sa course et remerciera tous ce monde après la compétition», nous a déclaré Alain St Louis avant que sa fille ne se lance dans la compétition de triathlon, à Copacabana.

 

En tout cas, c’est une Fabienne St Louis plus combative que jamais qui s’est alignée hier. En témoigne la photo que son père nous a envoyée d’elle juste avant le début de la course.Et même si elle a abandonné avant la fin, la jeune sportive a déjà tout gagné, le combat contre la maladie, mais aussi la chance inouïe de réaliser son rêve d’être à Rio envers et contre tout.

 

Une deuxième participation à des Jeux olympiques, après ceux de Londres en 2012, qui la comble tout simplement de bonheur… Ainsi que toute sa famille…

 

Qadeer Hoybun

 


 

Son émouvant témoignage sur la BBC

 

Les mots sont simples, vrais et poignants. Son regard est sincère et le ton de sa voix ne laisse pas de doute sur sa détermination et son courage. Le message que nous a livré Fabienne St Louis,

 

28 ans, triathlète, dans une interview accordée à la BBC, est fort et bouleversant. Et pour cause ! La vidéo de cet entretien, diffusé le vendredi 19 août, ne cesse de circuler sur les réseaux sociaux et d’être partagée par les Mauriciens d’ici et d’ailleurs qui ont découvert en Fabienne St Louis une battante qui fait la fierté de son pays.

 

Dans cette vidéo intitulée Rio 2016 : Mauritian athlete defies cancer to compete, la jeune athlète explique avec une grande émotion avoir souffert d’un cancer des glandes salivaires, une maladie rare détectée en décembre dernier, et s’être battue, malgré les difficultés, pour participer aux Jeux olympiques. «Depuis que les médecins ont découvert la maladie, ma famille et moi avons dû nous battre. J’ai lutté contre la maladie jusqu’à avril. Maintenant, je suis là et je suis tellement contente. Aujourd’hui, je suis plus forte», raconte-t-elle au journaliste Alex South de la BBC.

 

 

En vraie combattante qu’elle est, la triathlète fait face avec courage à un parcours semé d’embûches pour pouvoir atteindre son objectif : celui de participer à ces jeux à Rio. La jeune femme raconte avoir subi deux opérations afin d’enlever la tumeur et les cellules cancéreuses, mais que des complications ont rendu les choses encore plus difficiles : «J’ai eu une paralysie au niveau de mon visage. Le temps de trois mois, je ne pouvais rien faire, ni sourire. Si je souriais, c’était uniquement sur la moitié de mon visage. J’avais honte, mais heureusement, j’ai eu le soutien de ma famille, de mon petit ami, de mes amis, de mon coach, qui m’ont aidée à survivre.»

 

Quand le journaliste lui demande pourquoi elle a fait le choix d’être à Rio au lieu de se reposer chez elle, l’émotion atteint son paroxysme. En larmes, Fabienne St Louis explique à quel point elle aime le sport et sa discipline, et que sa présence aux JO représente toutes ces années de sacrifices. «C’est le message que je veux faire passer. Ce n’est pas parce qu’on est malade qu’on doit baisser les bras. On doit se battre jusqu’à la fin», confie-t-elle les larmes aux yeux. Une leçon de courage qui a touché les Mauriciens qui sont aujourd’hui plus que jamais fiers de leur compatriote.

 

Amy Kamanah-Murday

 


 

Réactions de la communauté sportive

 

Yogida Sawmynaden, ministre de la Jeunesse et des sports : «Elle a un moral dur comme fer»

 

«Il faut saluer sa bravoure. Cela nous montre qu’avec le sport, il est possible de vaincre la maladie. Je pense que son courage est un exemple pour tous ceux qui sont atteints de cancer. Fabienne est une grande combattante, avec un moral dur comme fer. Elle est retournée à la compétition et s’est qualifiée pour les JO. Pour moi, elle a déjà remporté sa médaille d’or. Quand je l’ai rencontrée récemment à Rio, je n’étais même pas au courant de sa maladie. C’est un exemple que les athlètes doivent suivre car il y a de l’espoir. Le cancer est une maladie qu’on peut vaincre.»

 

Shalinee Valaydon, haltérophile : «Elle a beaucoup de courage»

 

«C’est une histoire triste, j’espère qu’elle ira mieux. Je trouve aussi qu’elle a beaucoup de courage. Ce n’est pas facile parce qu’en tant que sportive de haut niveau, je sais que si on a un problème de santé,c’est dur de se donner à 100 % à l’entraînement. On trouve la motivation dans les objectifs que l’on se fixe. Je n’ai jamais vécu quelque chose de similaire, mais je sais qu’il faut beaucoup de courage et de détermination, ainsi qu’un esprit positif pour pouvoir reprendre et surtout se remettre à niveau. Elle inspire le respect.»

 

Jonathan Bru, footballeur : «Un bel exemple pour les Mauriciens»

 

«C’est une histoire qui m’a beaucoup touché. J’aimerais beaucoup la rencontrer car j’ai beaucoup à apprendre d’elle de par son courage. Elle n’a rien lâché et si seulement on pouvait avoir tous cet état d’esprit, on pourrait grandir, notamment dans le football, ma discipline de prédilection. Elle est un bel exemple pour tous les Mauriciens. Si seulement chaque sport pouvait adopter la mentalité et la force de Fabienne !»

 

Ravi Bhollah, rugbyman : «Une onde de choc»

 

«Ça a été une onde de choc pour tous les Mauriciens. Hélas, ce sont des choses qui arrivent dans la vie, tout comme une blessure dans la carrière d’un sportif. Bien sûr, on ne peut pas comparer une blessure àune maladie, mais ce sont des moments pénibles qu’il faut arriver àgérer. Le soutien des proches et des amis est très important et Fabienne a pu compter sur son entourage pour combattre la maladie. Je suis content qu’elle ait pu guérir et qu’elle ait repris la compétition.»

 

Karen Foo Kune, team manager de l’équipe féminine de Maurice : «J’admire sa bravoure»

 

«J’ai été choquée par cette nouvelle, d’autant que Fabienne est très jeune. Je suis contente qu’elle ait vaincu sa maladie et j’apprécie son courage car elle a toujours démontré qu’elle était une battante lors des compétitions. J’admire sa bravoure à travers cette extrême rude épreuve qu’elle a dû endurer et, on top of that, qu’elle ait réussi à se qualifier pour les JO. Chapeau ! Je lui souhaite encore plus de réussite.»

 

Jonathan Drack : «Je suis honoré d’avoir partagé ces JO avec elle»

 

«Cette vidéo m’a beaucoup touché et Fabienne est un exemple pour les gens. De par sa combativité et son abnégation, elle nous a montré que rien n’est impossible. Je suis honoré d’avoir pu partager ces JO avec elle.»

 

Rehade Jhuboo et Sabine Azémia

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