Publicité
16 novembre 2015 02:18
Ce dimanche, le monde commémore la Journée mondiale du souvenir des victimes des accidents de la route. Quelle est l’importance de cette journée ?
La commémoration de cette journée n’aurait pas de raison d’être si tous les usagers de la route étaient responsables. Nous sommes fautifs si aujourd’hui le monde doit commémorer une pareille journée mondiale. Maintenant, il est trop tard, par respect pour les victimes, pour alerter sur les accidents qui font trop de ravages. Il nous faut désormais, à travers cette journée, penser à ceux qui sont partis, victimes d’un accident, ou qui sont restés détruits, anéantis, diminués à la suite d’un accident.
En quoi cette commémoration peut-elle changer les choses ?
À travers la commémoration d’une telle journée, nous souhaitons surtout attirer l’attention sur ce danger et sur tout ce qu’entraîne un accident de la route : dégâts psychologiques, physiques, économiques et sociaux, entre autres. C’est aussi un moyen de rendre hommage aux victimes et de faire entendre la voix des victimes.
De janvier à novembre 2015, il y a eu 118 mort et encore plus de blessés sur nos routes. Que doit-on retenir de ces chiffres ?
Encore des morts de trop. Encore des familles détruites, des enfants qui pleurent leurs parents et vice versa. Ces chiffres soulignent que les usagers de la route ne font pas attention aux campagnes de sensibilisation puisqu’il y a toujours des imprudences. Ces chiffres montrent que des chauffeurs continuent à ne pas respecter les paramètres de sécurité comme les limitations de vitesse, et que les radars et la présence des policiers de la route ne dissuadent pas la conduite dangereuse.
Cela veut-il dire que les campagnes de prévention et de sensibilisation sont des échecs ?
Lors des rencontres et des réunions que nous faisons et qui ont été advertised pour inviter les gens à venir, nous constatons souvent que l’assistance est faible. Selon moi, cela reflète le fait que beaucoup de personnes ne se sentent pas concernées, qu’elles pensent être à l’abri d’un accident et que, sans doute, cela ne peut pas leur arriver. Or, nous savons tous qu’il y a beaucoup de paramètres qui entrent en jeu dans la survenue des accidents et cela même si une personne est vigilante au volant. Les accidents de la route doivent interpeler tout le monde. Nous pouvons tous être touchés : piétons, automobilistes, motocyclistes, jeunes, adolescents, personnes âgés, femmes enceintes, entre autres. Nous devons tous nous sentir concernés.
Cette année, un de vos slogans est Tu viktim aksidan la rut napa mor. Pourquoi ce message ?
Ce message veut tout dire. Dans bien des cas d’accidents, il y a des morts, mais aussi ceux qui survivent, les rescapés, ceux qui s’en sortent. Mais à quel prix ? Ils sont diminués, plus les mêmes. Et le visage de cette campagne est un jeune homme. Il y a cinq ans, il a fait un accident. Il était en Std II et il a aujourd’hui 11 ans. Sa vie n’a plus jamais été la même. Celle de sa famille non plus. Leur vie, leur réalité a complètement changé avec cet accident. Pour nous, le message est clair. L’imprudence au volant, le manque de vigilance et l’insouciance provoquent des pertes, de la souffrance. Et il faut changer cela. Il faut stopper les morts sur nos routes.
Qu’est-ce qui est prévu aujourd’hui ?
Une messe est prévue à 10 heures en l’église Notre-Dame-de-Lourdes à Rose-Hill. Tous les Mauriciens sont invités. C’est une invitation à prier, à réfléchir, à penser à tous ceux qui sont partis, aux blessés, aux handicapés, aux familles brisées, aux orphelins, aux femmes enceintes qui ont perdu la vie, aux enfants qui ne sont jamais nés. Une campagne d’affichage a aussi démarré et sera visible sur les billboards, dans les supermarchés et d’autres lieux publics.
Y a-t-il un moyen de renverser la tendance ?
Je continue à dire qu’une présence policière plus accrue aux alentours de lieux stratégiques, comme les boîtes de nuit, les endroits bien fréquentés, au niveau des passages pour piétons, par exemple, pourrait inciter les chauffeurs à prendre moins de risques. Je suis aussi pour qu’il y ait des patrouilles municipales dans chaque région. En cette fin d’année et à l’approche des fêtes, les Mauriciens devraient être prudents. L’alcool au volant est à bannir, la vitesse est à proscrire. Pour 2016, que chacun prenne ses responsabilités. Qu’on passe à l’année prochaine sans faire de nouvelles victimes de la route.
Marié et père de deux enfants, ce garagiste de profession a rejoint l’association Prévention routière avant tout (PRAT) parce que, selon lui, un conducteur qui connaît bien son véhicule peut mieux le contrôler. «Cela peut éviter des accidents», dit-il. Il a rejoint l’association parce que les années se suivent et se ressemblent trop : «Les gens continuent à mourir et c’est triste de laisser ce genre de choses passer. Je veux aider, que ce soit en donnant de mon temps ou en participant à des rencontres et autres réunions de prévention.»
Quelle actualité locale a retenu votre attention ces derniers temps ?
Étant membre de PRAT, je ne cache pas que je suis particulièrement interpelé à chaque fois que j’entends qu’il y a eu un accident de la route. À chaque fois, on se dit la même chose : encore, combien, comment ?
Et sur le plan international ?
Je suis quand il y a de grosses actualités, mais je reste plus focus sur l’actualité locale.
Dans le monde, plus de 1,2 million de vies sont arrachées lors d’accidents de la route chaque année et 60 % des victimes sont âgées de 15 à 44 ans. De plus, le nombre de blessés graves nécessitant une hospitalisation et qui porteront des séquelles durables est d’environ 50 millions par an. «C’est une réelle tragédie qui n’épargne pas notre petit pays», souligne Alain Jeannot, président de l’association Prévention routière avant tout (PRAT).
Publicité