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James Ramasawmy condamné à 50 ans de prison - Mirella, la mère d’Eléana Gentil : «La zistis inn fer me sa kondanasion-la pa ase»

12 octobre 2021

Mirella Gentil estime que la peine de prison infligée à James Ramasawmy est insuffisante.

Un soulagement en demi-teinte. Voilà comment on pourrait résumer l’état d’esprit de Mirella, la mère d’Eléana Gentil, après la sentence prononcée contre l’assassin de sa fille, James Ramasawmy, condamné à 50 ans de prison. Le couperet est tombé aux assises, le vendredi 8 octobre. Ce jeune homme de 32 ans avait plaidé coupable pour le viol et l’assassinat de cette fillette de 11 ans lors de la première audience de son procès il y a quelques semaines. Ce, alors qu’il avait toujours juré, pendant les six dernières années, n’avoir rien à voir avec ce terrible drame qui avait secoué la Résidence Anoska en 2015.

 

Depuis que la sentence a été prononcée, Mirella oscille entre sentiment d’avoir obtenu justice et insatisfaction. «Mo soulaze inpe parski Bondie inn fer mwa trouv le koupab. Monn byin atann. Monn fer boukou laprier. Mo ti panse mo pa pou gagn lazistis. Lazistis inn fer me sa kondanasion-la pa ase. Pour moi, James Ramasawmy mérite une peine plus lourde, je trouve que celle-ci n’est pas suffisante. Ce qu’il a fait est trop grave. Mo ankor touzour pe soufer. Mo zanfan ti bizin ek mwa zordi si li pa ti tir so lavi», regrette Mirella. Elle poursuit, avec douleur : «Certes, il a plaidé coupable mais il n’a toujours pas donné de détails sur ce qui lui est passé par la tête et sur ce qu’il a fait subir à ma fille ce soir-là. Je veux également savoir ce qui l’a poussé à plaider coupable six ans après les faits.»

 

«Mo ti estim li»

 

Eléana, la fille aînée de Mirella, a connu une fin atroce en avril 2015. Portée disparue après une fête dans son voisinage, elle avait été retrouvée morte plusieurs jours plus tard, en état de décomposition avancé, dans un buisson à Nouvelle-France. L’enquête avait révélé qu’elle a été agressée sexuellement et qu’elle avait ensuite succombé à une fracture du crâne.

 

À l’époque, James Ramasawmy avait participé aux battues aux côtés des proches de la fillette et des policiers afin de la retrouver. Mirella ne comprend toujours pas comment il a pu commettre un tel acte. «Mo ti estim li kouma enn kouzin. Mo tifi ousi ti korek ek li. Mo pa pou kapav pardonn li zame pou seki linn fer mo tifi. Linn tortir mo zanfan avan linn touy li. Kouma linn kapav fer sa ? Ti bizin aplik lapenn de mor pou li. Monn get li dan la kour kan ziz inn donn li so santans. Li paret pena okenn regre. Mo swet li bon kouraz ek so konsians aster», lâche Mirella.

 

De plus, elle est toujours persuadée que James Ramasawmy n’a pu commettre cet acte horrible seul : «Mo ankor touzour krwar ki li pa tousel dan sa case-la. Mo poz mo mem kestion kouma linn fer pou sarie lekor mo tifi depi Anoska ziska lamonte Lapeyre kot inn gagn so lekor. Li inposib li ti tousel. Si ti ena konplis ek li, mo konsey li koze aster. Li bizin ouver so labous ek rakonte kinn arive sa swar-la. So bann fami ousi panse li pa tousel.»

 

Preuves scientifiques

 

La police avait arrêté un premier suspect, deux jours après la découverte macabre. Il s’agissait d’Arnaud Boodram, un professeur de danse déjà fiché à la police pour un cas d’abus allégué sur une fillette de 12 ans. Le suspect était en liberté conditionnelle au moment des faits. L’enquête policière avait toutefois pris une autre tournure lorsque les résultats des examens scientifiques étaient tombés. L’ADN de James Ramasawmy avait été retrouvé sur les sous-vêtements d’Eléana. De la chair lui appartenant avait aussi été retrouvé sous les ongles de la fillette.

 

Il avait alors été arrêté tandis que le premier suspect avait été relâché. À l’époque, l’habitant de Résidence Mon-Bois, qui se trouve à côté de Résidence Anoska, avait nié les faits. Il avait également nié toute culpabilité durant l’enquête préliminaire. Mais contre toute attente, il a plaidé coupable au début de son procès en Cour d’assises.

 

«Mo ti gagn enn sok mo mem kan mo finn aprann ki la polis ti aret James pou lamor mo tifi. Ti fer test ADN ek 43 dimounn ki ti dan fet sa swar kot mo tifi disparet-la. Se koumsa mem ki bann CID inn kone ki sanla sa», confie Mirella qui n’arrête pas de pleurer sa douce Eléana dont elle était très proche. Cette dernière allait fêter ses 18 ans, le 19 février prochain, si s jeune vie ne lui avait pas été arrachée si brutalement.

 

«J’aurais dû avoir une grande demoiselle à mes côtés pour s’occuper de moi. J’en profite pour remercier la police pour le travail formidable abattu dans cette affaire. Je tiens également à remercier le judiciaire qui a pris en considération le côté atroce et barbare de l’acte commis. Eléana ne méritait pas cette mort horrible, surtout de la part d’un ami de la famille à qui elle faisait confiance. Le juge a d’ailleurs pris cet élément en considération dans son jugement avant de prononcer la sentence», avance Mirella qui continue son long chemin du deuil en espérant un jour trouver l’apaisement.

 


 

Steven Obeegadoo sollicité

 

La mère d’Eléana Gentil vit toujours dans des conditions très difficiles. Mirella a un fils de 20 ans qui vit avec elle et deux filles de 11 et 8 ans qui habitent à Cotteau Raffin, chez leur arrière-grand-mère. «Sa de-la res ek zot gramer bizayel parski lanvironman pa korek ditou dan Anoska. Ziska ler mo pena enn lakaz pou mwa. Mo enn skwater. Mo pena swa. Monn bizin kit mo bann zanfan laba akoz mo nepli ena konfians dan personn zordi. Mo profite pou fer enn lapel minis Obeegadoo ki depite landrwa ek osi okip lozman. Mo demann li fer  enn demars pou mo gagn enn lakaz si posib kot mo pou kapav an sekirite ek mo bann zanfan. Mo stress pou fini zour ki mo pou nepli skwater.»


Jean Marie Gangaram

 


 

James Ramasawmy, soutenu par ses proches jusqu’au bout

 

Comment un homme qui menait, en apparence, une vie sans histoires a pu en arriver là ? Ceux l’ayant côtoyé sont nombreux à s’interroger. Aîné d’une fratrie de deux enfants, il a grandi à Lapeyrousse, Curepipe, avant de s’installer à Cité Anoska. Après le Certificate of Primary Education, il a arrêté l’école et a enchaîné les petits boulots, avant de choisir la maçonnerie comme métier. Son seul petit plaisir connu était de prendre quelques verres avec ses amis et sa famille, jusqu’à ce qu’il rencontre sa compagne. Qu’est-ce qui a bien pu le pousser à agir ainsi ?

 

Malgré la tournure des événements, son entourage l’a soutenu tout au long du procès. Depuis l’arrestation de James Ramasawmy, survenue trois mois après le viol et le meurtre d’Eléana Gentil, les membres de sa famille n’ont cessé de clamer son innocence dans cette affaire. Lorsque les résultats des tests ADN étaient tombés, à l’époque, sa compagne Véronique avait été la première à le défendre, bien que toutes les preuves l’incriminaient. «Il m’est impossible de croire que mon mari est un monstre. C’est un mari aimant et, surtout, un père très affectueux», avait-elle déclaré ; le couple a une fille qui est aujourd’hui âgée de 6 ans. Véronique pensait même qu’on avait peut-être voulu le piéger pour lui faire porter le chapeau.

 

Il en était de même pour Brian, le frère de James Ramasawmy, qui insistait sur le fait que son frère n’avait rien d’un tueur ou d’un violeur d’enfant. «Il serait incapable de faire du mal à un innocent. Et il n’avait aucune raison de commettre un tel acte, car il venait de commencer une nouvelle vie», avait-il soutenu. À l’époque, l’accusé n’avait pas encore reconnu les faits. Mais il a fini par plaider coupable du viol et du meurtre de la fillette lors de son procès aux assises. Ce qui n’a pas fait changer d’avis à son frère. Dans une déclaration à la presse à la sortie du tribunal, juste après que la sentence a été prononcée, Brian a affirmé : «Ziska ler mo enkor krwar dan linosans mo frer. Le judiciaire a tranché, je ne peux pas me prononcer sur le verdict qu’on lui a infligé.»

 

Elodie Dalloo

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