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La taxe sur le tabac en question

9 juin 2014

Suttyhudeo Tengur, président de l’Association for the Protection of the Environment and Consumers, et Deowan Mohee de l’association VISA

Selon l’OMS, une hausse de la taxe sur le tabac aurait l’avantage de faire baisser la consommation du tabac chez les jeunes et les pauvres. Qu’en pensez-vous ?

Suttyhudeo Tengur : Selon mon avis de non-fumeur, l’éducation des jeunes passe d’abord par les parents. C’est à la maison, dès leur tendre enfance, que les jeunes apprendront les habitudes culturelles qui influenceront leur vie une fois adultes. Si les parents sont fumeurs, le danger que l’enfant opte pour la cigarette est plus évident. Si c’est seulement le père, l’influence est toujours là. Mais si les parents sont des non-fumeurs, les risques d’influence seront moindres. Là encore, tout dépendra des fréquentations des jeunes et de l’influence de leurs pairs sur eux.

L’augmentation de la taxe sur le tabac aura, certes, un impact sur la consommation, mais de là à déduire que cette taxe sera dissuasive pour les fumeurs, je ne le pense pas. Il faut aussi une campagne agressive sur les effets du tabac sur la santé, un peu à la manière de la police concernant les accidents de la route.

Deowan Mohee : À VISA, nous sommes tout à fait pour l’augmentation de la taxe sur le tabac. Selon nous, cela pourrait aider non seulement à faire diminuer la consommation de la cigarette, mais aidera aussi à faire reculer les maladies non transmissibles à Maurice, comme la tension artérielle, le diabète et les troubles liés au cœur.

Malgré les différentes campagnes menées, la consommation de tabac chez les jeunes est toujours alarmante. Qu’est-ce qui cloche, selon vous ?

Suttyhudeo Tengur : Nous avons un problème de société. Avec l’évolution rapide et l’informatique, qui nous prennent par la gorge, les jeunes essaient de trouver une forme de loisirs. Et le plus simple, c’est la cigarette qui restera leur compagnon pendant des années et dont il sera, en fin de compte, difficile de se défaire.

Deowan Mohee : Selon des études menées par l’université de Waterloo, au Canada, et par l’institut de la Santé, à Pamplemousses, la cigarette reste affordable à Maurice. Augmenter la taxe aiderait, selon VISA, à faire diminuer la consommation car la dépense pèsera ainsi sur le budget des consommateurs.

Comment faire reculer la tendance ?

Suttyhudeo Tengur : Si les autorités bannissent le tabac sous toutes ses formes, il y aura toujours des risques pour la recherche d’alternatives. Et ce ne sera pas la solution idéale. Ce ne sera pas surprenant, dans une telle conjoncture, que les différentes drogues dominent le marché. Nous n’avons pas beaucoup de solutions si ce n’est de mener une campagne agressive auprès des parents, à la maison, à l’école et au travail. C’est fort intéressant de noter que les fumeurs respectent les lois et ne fument plus dans les lieux publics. Espérons que cette habitude prendra racine chez eux et qu’ils délaisseront le tabac pour de bon.

Deowan Mohee : Selon des études établies par de grandes organisations, il a été prouvé qu’augmenter la taxe sur le tabac aide à faire diminuer sa consommation. Ainsi, selon ces études, si on augmente la taxe par 10 % dans un pays développé, la consommation diminuera de 4 %. Cependant, si on augmente la taxe de 10 % dans un pays en voie de développement, la consommation diminuera de 8 %. Pour VISA, c’est une solution pour faire reculer la tendance de consommation. 

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